2. INTRODUIRE A JUSTICE
ET PAIX
Entraîner dans une discussion sur Justice
et Paix, tant dans le cadre de la formation initiale que continue,
dans une retraite ou une session, commence bien souvent par la
narration d'histoires très concrètes et vraies
dans lesquelles les membres de la famille dominicaine sont partie
prenante. Partir d'un témoignage est
souvent très suggestif mais plus particulièrement
pour les plus jeunes qui sont très réticents aux
discours tout faits dans lesquels ils ne veulent pas entrer .
Ce témoignage peut être
direct ; il peut aussi se faire par la médiation
d'un article ou encore d'une vidéo. L'utilisation des
nouveaux moyens de communication peut favoriser l'intérêt
pour Justice et Paix.
Demander à un frère ou
une soeur de donner son témoignage n'est nullement faire
de son expérience un modèle de ce qu'il convient
de faire ou de la manière dont il faut vivre pour s'engager
dans Justice et Paix. Il y a de très nombreuses manières
de vivre et de mettre en oeuvre cet appel et aucune n'est, en
soi, meilleure que d'autres ; cette diversité nous
semble être un point important pour ne pas faire de
Justice et Paix un nouveau domaine sectaire et normatif.
Un témoignage, histoire d'une
vie ou d'une expérience, a un double effet direct :
- il montre la créativité
des frères et des soeurs et par là est un él'e9ment
de légitime fierté pour notre Ordre tout entier
qui fait pièce à d'inévitables déceptions
ou découragements ;
- il montre qu'il est possible
d'agir et que cela rend heureux ce qui contribue à
rendre un peu d'espérance là où on est trop
facilement enclin à croire que tout est définitivement
verrouillé.
Partir d'un témoignage est une
manière vivante d'introduire à Justice et Paix
mais on ne peut pas en rester à des histoires particulières
aussi belles et émouvantes fussent-elles ; il faut
discuter et analyser les témoignages ; il faut les
mettre en perspective. Ces histoires ne peuvent être seulement
un recueil de faits concernant un projet ; elles doivent
montrer comment l'action pour la Justice et la Paix, pour les
droits de l'homme ou la sauvegarde de la création a transformé
la manière de prier, de célébrer, de lire
la Bible ou de faire de la théologie pour le frère,
la soeur ou la communauté qui fait le témoignage.
Ces dimensions théologiques ou spirituelles
doivent être valorisées car c'est bien souvent à
partir d'elles que le débat avec les membres de la famille
dominicaine engagés dans d'autres domaines pourra être
fertile, même s'il est parfois conflictuel. Ce sont aussi
ces dimensions qui insèrent l'action non seulement dans
le champ d'un travail social mais véritablement dans la
perspective Justice et Paix.
Les histoires les
plus efficaces pour la réflexion sur la Justice et la
Paix ne sont pas les plus extraordinaires mais bien souvent,
au contraire, les plus ordinaires et surtout celles où
la mise en valeur de Justice et Paix commence par une
vie de communauté qui respecte chacun et chacune
et imagine un " vivre ensemble " qui procure
le bonheur de tous et de toutes. C'est bien souvent la vie commune
qui est le premier des lieux où il faut s'engager à
faire régner la justice et la paix, à développer
le respect des personnes et créer des solidarités ;
ceci est d'autant plus vrai dans les communautés où
vivent des personnes âgées ou malades.
Ces histoires, celles vécues dans
l'Ordre dans son entier (comme celles que nous reproduisons dans
ce cahier) ou les histoires de votre province ou de vos relations,
peuvent susciter des réactions positives ou négatives.
Elles sont des prétextes à un dialogue et, pour
que celui-ci soit constructif, il faudra veiller à éviter
la trop grande particularité du contexte pour faire apparaître
les enjeux profonds par rapport:
- aux invitations pressantes que nous
lance la Parole de Dieu,
- à notre tradition dominicaine,
- aux textes de l'Ordre tant dans les
Constitutions que dans les chapitres généraux.
La mise en parallèle entre
ces expériences vécues et les textes de l'Ordre
peut être un outil très simple pour faire saisir
l'importance de l'action et la possibilité de prendre
au sérieux les textes de l'Ordre qui ne sont pas de simples
recommandations littéraires.
On pourra
ainsi donner une importance particulière aux " frontières "
définies à Avila ou aux propositions d'animations
et d'actions contenues dans les actes du chapitre général
des frères à Mexico au chapitre sur la prédication.
A Mexico, les frères capitulaires affirmaient :
" Devant les défis
actuels, notre Ordre réaffirme son option pour les pauvres,
la justice et la paix (Rome 234, Avila 45 et 46). Chaque frère
, chaque communauté et chaque province doivent assumer
la défense du pauvre et de celui qui souffre....Il ne
s'agit pas là seulement d'une règle morale mais
de notre foi même au Dieu de Jésus Christ (Quezon
City 19,6 ; Rome 234B). C'est ainsi que nous sommes destinés
à prêcher la justice avec vérité.
Nos chapitres généraux
nous ont soumis une réflexion valable et éclairante
sur le sujet de la justice et de la paix (Quezon City 19-27 ;
Walberberg 17B,3 et 23-25 ; Rome 234-254 ; Avila 45-66 ;
Oakland 68,89-99) "
On trouvera une fiche en annexe de ce
cahier proposant certains textes des Maîtres de l'Ordre
et des chapitres généraux des frères et
des soeurs.
On peut aussi faire des parallèles
avec les LCO 131-134 des constitutions des frères :
" Notre apostolat dans
le domaine social doit être et apparaître comme un
authentique service des hommes, confirmé par les efforts
et les biens engagés pour eux, et surtout marqué
de la pleine liberté e9vangélique, en particulier
dans son indépendance à l'égard de tout
parti " (LCO 134)
Les soeurs peuvent trouver dans leurs
constitutions de nombreux éléments pour effectuer
un tel travail et ainsi mettre en valeur, à l'intérieur
de leur charisme, la place centrale de Justice et Paix, de la
solidarité avec les moins favorisés. Un exemple
parmi d'autres peut nous aider:
Constitutions 93 à 99 des Soeurs
Dominicaines de la Reine du Saint Rosaire (Mexique): " parce que
l'amour que nous partageons n'est pas seulement verbal mais quelque
chose de réel et d'effectif, les besoins des jeunes, des
pauvres et de ceux qui souffrent réclament notre intérêt
de manière primordiale. Leur angoisse nous oblige à
nous dépouiller avec le Christ pour alléger leurs
souffrances...
Nous montrerons notre intérêt
pour la communauté internationale en oeuvrant pour la
justice. Par notre exemple chrétien et notre enseignement
nous essaierons d'encourager l'émergence de leader-responsables
parmi ceux que nous servons... " et elles ajoutent dans leurs statuts apostoliques
18 et 43 " La finalité de notre mission
éducative est une évangélisation libératrice.
Conscientes de la situation de péché dans laquelle
nous vivons tant au niveau individuel qu'au niveau des structures
sociales, nous favoriserons à travers elle la conversion
personnelle et collective que requiert l'Evangile... Par notre
consécration religieuse nous nous engageons à vivre
de manière prophétique avec les plus pauvres et
à lutter pour la vie, la justice et la paix "
Chaque responsable de la promotion de Justice et Paix
dans sa province ou sa congrégation a sa manière de faire
et d'animer une réflexion qui correspond à sa personnalité
et au public auquel il s'adresse mais ces histoires concrètes
et réelles peuvent être un bon outil pour lancer des frères
et des soeurs qui n'ont pas encore une très grande expérience
dans l'apostolat et la prédication dominicaine.
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