Des textes fondateurs
En ce qui concerne les frères,
mais les interpellations qu'il contient concerne toutes les branches
de la famille dominicaine, le texte majeur est le chapitre
3 des Actes du Chapitre Général de Avila.
Voici un extrait concernant les
questions fondamentales que nous pouvons nous poser
en tant que membres de l'Ordre dominicain:
" 1. Les pauvres:
Ceci nous invite à nous interroger
personnellement et communautairement sur notre style de vie:
quels sont , dans notre vie, les signes de rupture par rapport
aux modes de vie de la société de consommation?
Sur nos engagements apostoliques et nos insertions de travail:
au profit de et avec quelles catégories de la population
travaillons-nous de façon prédominante ? Sur nos
solidarités concrètes: quels sont nos gestes de
partage avec les pauvres? le soutien efficace que nous leur apportons
quand ils s'organisent eux-mêmes pour vivre mieux ou défendre
leurs droits? Sur nos prises de position implicites ou explicites:
dans quelles circonstances prenons-nous publiquement parti pour
défendre le droit des pauvres (prisonniers politiques,
paysans spoliés, immigrés , chômeurs, etc.)
contre les gouvernements, les législations, les groupes
sociaux, les institutions, etc. qui les oppriment?
2. La justice :
A partir de là nous avons à
nous poser certaines questions: dans quelle mesure sommes-nous
soucieux de justice à l'intérieur même de
nos communautés et provinces, entre nous, dans nos relations
avec les autres membres de la famille dominicaine, avec nos collaborateurs
ou employés? Avons-nous vraiment le souci de contribuer
à changer les structures économiques et sociales,
les législations, en nous plaçant du point de vie
des pauvres et des groupes marginalisés et de leurs besoins?
Avons-nous le courage de dénoncer sans détour les
situations humaines inacceptables et ceux qui participent à
leur maintien ? Soutenons-nous effectivement les groupes et organisations
porteurs des luttes sociales, économiques ou politiques
des défavorisés? "
Avila nous éveillait aussi aux
problèmes de la paix, de la guerre, du nucléaire
et de la violence.
Justice et paix et une manière
de vivre la compassion et le voeu de pauvreté.
Les frères au Chapitre de Walberberg, au chapitre 2 (17
A 2 et3), écrivaient:
" Prédication et pauvreté:
Dans notre Ordre comme dans la
vie de St Dominique, la prédication et la pauvreté
sont intimement liées. La pauvreté n'est pas seulement
une abnégation de soi mais aussi un témoignage,
un moyen au service de la crédibilité de notre
prédication, un signe de son authenticité et de
sa sincérité....
Dans un tel monde si nous semblons être
davantage les alliés du riche que du pauvre, notre prédication
n'est pas digne de foi. Comment pourrions-nous libérer
le riche de la domination de l'argent et des autres biens matériels
si nous même ne vivons pas avec sobriété
et simplicité (LCO 31,1) ? et comment pourrions-nous espérer
que le pauvre accueille notre prédication avec sérieux
si nous même ne sommes pas proches de son mode de vie (LCO
31,2) ? Il est très important que, dans notre Ordre, la
pauvreté soit et apparaisse comme un signe spécifique
éminent de la prédication des frères.
Prédication et compassion:
Conformément à l'esprit
de St Dominique , notre prédication doit se fonder sur
la compassion, une profonde compassion à l'égard
de ceux qui souffrent spécialement de l'égoïsme
et de lote injustice des autres. Seule la compassion peut nous
apporter la bonté et nous donner la possibilité
d'apercevoir les signes des temps. Seule la compassion peut,
dans notre prédication, nous conduire à l'humilité
qui nous prépare à écouter et à parler,
à accueillir et à offrir, à subir et à
exercer de l'influence, à être évangélisé
et à évangéliser.
Cette espèce de compassion et
d'humilité ne peut provenir que d'une profonde union avec
Dieu en Jésus Christ. Nous sommes unis à Dieu quand
nous imitons la compassion du Christ et son humble service.... "
A Oakland, l'articulation entre
Justice et Paix et les études dans l'Ordre a
été bien mise en valeur:
" Notre étude procède
de notre vie commune dans l'Ordre mais elle a aussi pour fin
la manifestation de l'unité du genre humain dans le Christ.
Il existe de ce fait un lien essentiel entre étude fructueuse
et la recherche d'un monde de justice et de paix, d'un monde
dans lequel les hommes et les femmes jouissent de condition d'existence
qui soient à la mesure de leur dignité d'enfants
de Dieu. C'est faire acte de justice que d'intervenir pour dire
la vérité "
A Mexico, Justice et Paix a été
clairement inscrite dans la formation initiale de toute
vie dominicaine:
" 1. La justice et la paix
constituent une dimension de base de la formation de tout prédicateur.
2. Tout dominicain doit reconnaître
dans le pauvre et dans celui qui souffre le visage de Dieu et
ressentir la compassion que notre père St Dominique avait
apprise à la suite de notre Seigneur Jésus Christ.
Ainsi la réflexion théologique se nourrira de miséricorde
et évitera de faire de la vie conventuelle un refuge devant
les défis et les exigences de la réalité.
3. Comme tout dominicain, les frères
en formation doivent devenir conscients des conflits sociaux,
la misère et la marginalité auxquelles sont condamnés
tant d'hommes et de femmes et se laisser interpeller par ces
situations; aussi par l'injustice des structures de la société
où vivent tant de gens. Ils pourront ainsi devenir, comme
prêcheurs, les authentiques bâtisseurs de la justice
et de la paix. De leur côté les formateurs doivent
offrir aux frères en formation une telle préparation
humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale qui réponde
au défi en question.
4. La réflexion théologique
dominicaine doit se nourrir de la parole de Dieu vivante dans
notre engagement auprès des pauvres. L'option en faveur
des pauvres ne représente pas seulement un comportement
moral. Il faut voir les pauvres comme l'image de Dieu qui se
révèle à nous; elle constitue un élément
fondamental de notre foi.
5. Les frères en formation doivent
garder un contact personnel avec la réalité de
la pauvreté, de la souffrance et de l'injustice. Aussi
nous demandons qu'ils soient présents dans les milieux
populaires et marginalisés et qu'ils collaborent avec
ceux qui y travaillent.
6. Nous demandons à nos frères,
tant les formateurs que les formandi, qu'ils soient particulièrement
attentifs à la situation de marginalité et de discrimination
dans laquelle vivent les femmes à l'intérieur de
luote Eglise et de notre société sans oublier la
même situation dans les groupes ethniques, culturels, religieux
et immigrants et aussi chez les noirs, les indiens et les métis
dans plusieurs de nos sociétés. "
Le statut de promoteur
de Justice et Paix a été institué pour la
première fois par le Chapitre général de
Rome n° 236 " Nous recommandons que dans toutes
les provinces, le chapitre provincial ou le prieur provincial
avec son conseil instituent un promoteur ou une commission de
Justice et Paix et déterminent leurs fonctions ".
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© 26 Janvier 1999
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