Les prophètes
Réponses au
jeu du " Vrai ou faux "
1. Faux. Le prophète est quelqu'un qui parle du
passé et du présent. S'il ou si elle parle du futur
c'est pour montrer qu'il est aux mains de Dieu. La pertinence
des paroles du proph'e8te apparaissent plus tard et n'est souvent
pas évidente aux gens de son temps.
2. Faux. Le vrai prophète est généralement
à contre courant de sa culture. Il proclame la ruine quand
le peuple vit dans une fausse béatitude, oubliant Dieu
et comptant seulement sur lui-même et ses " arrangements "
politiques. Quand la vie est difficile à cause des erreurs
mais que le peuple se repent, le prophète présente
les choses de manière positive et rend espoir.
3. Vrai. Dieu seul choisit ceux et celles qui parlent
en son nom.
4. Faux. Si le prophète critique les chefs et
les princes c'est parce qu'ils ne suivent pas la Loi de Dieu
et sont de mauvais " bergers ". Il s'en prend
aux personnes et pas au système (la monarchie ou le Temple).
Il ou elle est le défenseur des pauvres et des humiliés
mais ne les organise pas politiquement. Il ou elle rappelle aux
puissants leurs responsabilités vis à vis des petits.
5. Vrai. Voir par exemple Hulda (2 R 22,4)
6. Faux. Au contraire le prophète est menacé,
contesté et parfois tué parce qu'il dérange
l'ordre établi.
7. Vrai. Le phénomène prophétique
n'est pas unique à Israël mais il prend avec ce peuple
des caractéristiques particulières à cause
de l'Alliance.
8. Faux. Le prophète parle souvent de ses défauts,
de son péché ou de son impureté.
9. Faux. Moïse est considéré comme
un prophète car il a " vu "
Dieu et fut son porte-parole.
10. Faux. Le prophète ne dénonce pas véritablement
le culte mais le culte faux, superficiel. Le peuple a souvent
transformé le culte rendu à Dieu en une sorte de
magie ou de rituel païen. Le prophète est généralement
traditionnel et veut l'intégrité du culte.
11. Vrai. Certains prophètes ont raconté
comment ils ont été choisis par Dieu mais pas tous.
12. Vrai. Leurs paroles commencent ou se terminent toutes
par " ainsi parle Yahweh, votre Dieu ".
13. Faux. Il ne voulait pas être prophète,
préférant être un berger et s'occuper de
ses sycomores. Mais Dieu ne le laissa pas.
14. Faux. Un des plus grands prophètes, Isaïe,
était probablement un aristocrate. Les plus anciens prophètes
(Nathan, Elie) semblent avoir eu un accès direct aux rois.
15. Faux. Nous n'avons pas de textes d'Elie, Nathan ou
Elisée. Nous avons seulement des textes de leurs disciples.
Les paroles des maîtres ont souvent été amendées
et changées pour être adaptées aux circonstances.
Quelques éléments
complémentaires sur les prophètes
du 8° siècle ( par M. C'f4té)
Le problème auquel devaient faire
face les prophètes de ce temps était la fausse
adoration du Dieu vrai.
La nouveauté radicale de leur
message est que l'élection divine n'exclue pas la possibilité
d'être rejeté. Les prêtres et le peuple pensaient
avant eux que le pouvoir de Dieu était de leur côté
et que Dieu se faisait le défenseur de leurs valeurs,
de leurs intérêts et de leurs styles
de vie. Vivre avec Dieu signifie désormais, pour les prophètes,
le chercher dans son coeur et vivre dans la droiture de Dieu
en relation avec les autres (les humains et la terre). Alors
le Dieu invisible devient visible à travers la création
et les créatures.
Les temps sont graves. Le jugement de
Dieu est comme suspendu au dessus d'Israël. En politique,
en matière de finances ou de religion, on ne peut plus
compter faire comme d'habitude. Les gens sentent qu'ils ont un
certain " contrôle " sur Dieu (Amos
5,14 ; Michée 3,11 ; Isaïe 7,14). Mais
la manière dont Dieu voit le futur n'est pas la notre.
Dieu interpelle notre présent et il n'y a pas de possibilité
de fuir . Le choc d'une possible catastrophe est la manière
dont Dieu use pour infliger une divine thérapie aux humains.
Le problème est présenté comme si les humains
souffraient d'une forme d'amnésie (oubliant Dieu ou se
détournant de lui) et de schizophrénie (en divisant
sa vie : d'un côté la religion de l'autre la
vie socio-économique). La seule manière de soigner
ces maladies est un acte chirurgical radical : terrifier
le peuple avec un verdict de mort.
En tant que messager de Dieu, le prophète
a pour fonction de rendre efficace, dans le présent, le
choc eschatologique que prépare Dieu pour le futur afin
qu'Israël retrouve son identité et sa vocation et
ainsi repasse de la mort à la vie.
Pour le prophète la pauvreté
et l'injustice qui existent de son temps ne sont pas normales ;
elles sont vues comme le résultat de l'orgueil de certains
au détriment de la majorité des autres, réduits
à la misère. Dieu a créé le monde
pour tous et veut que tous partagent ; quelque chose doit
être dit et fait pour rétablir cette vérité
. Il doit y avoir une conversion, un changement assez radical
de style de vie qui ne soit plus celui de l'urbain prospère
mais plutôt celui du nomade vivant de manière précaire
dans le désert, la place où Dieu a d'abord fait
alliance avec son peuple.
Le message du prophète c'est qu'il
faut chercher Dieu (sortir de l'amnésie) et pratiquer
la justice (sortir de la schizophrénie), mais aussi qu'il
faut développer une plus grande perception spirituelle
(de l'attention, du discernement et de la disponibilité
par rapport à Dieu) et une sensibilité morale (sensibilité
à l'injustice et à l'iniquité qui sont contraires
au projet de Dieu ; solidarité à avoir avec
le peuple de Dieu tout entier et pas seulement avec l'élite).
Se retourner vers Dieu , ce qui semble presque impossible (comment
peut-on accepter de changer de style de vie ?) , requiert
une ouverture aux dons de Dieu, car Dieu est un dieu qui prend
soin de nous, un Dieu de compassion. C'est pourquoi les prophètes
ne sont pas des personnes du désespoir mais de l'espérance.
Faire justice aux pauvres (à tout
le peuple) est la condition pour bénéficier de
la justice de la part de Dieu. Les prophètes sont des
" révolutionnaires sociaux " parce
qu'ils sont fondamentalement des " conservateurs religieux ".
Un texte du fr. Chrys
McVey, Multan (Pakistan)
" Nous voulons être des
prophètes dans ce pays largement musulman : être
une communauté de frères et de soeurs dont le mode
de penser différent inquiète et interroge notre
société, notre culture et notre église.
Nous croyons qu'être une minorité est le don que
nous apportons au Pakistan et à l'Eglise universelle.
Si le futur de l'Eglise universelle est d'être une minorité
, alors être une minorité et la façon de
vivre de cette minorité pourront être utiles. Notre
" être " et notre travail sont notre
cadeau à l'Eglise. Nous voulons être impuissants,
vulnérables et compatissants : une communauté
qui incarne les blessures de ceux qui ont souffert parce qu'ils
étaient des pauvres, les blessures des balayeurs, des
femmes, des travailleurs exploités. Nous voulons être
où nous sommes utiles : au " désert "
où personne ne veut être, à la " périphérie "
avec les marginaux et les impuissants, à la " frontière "
accueillant le nouveau, le différent, l'autre. "
(IDI, Juin 1993)
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