LA TETE DE L'AUTRE

Un des enjeux symboliques et culturels qui constituent la démarche Justice et Paix se manifeste souvent à travers la représentation que nous avons de l'autre, sur les a-priori qui nous ont été inculqués dans l'éducation, dans la vie familiale. Ces représentations que nous collons sur l'autre déterminent nos comportements, notre agressivité ou notre désir de collaborer et d'avoir des relations fraternelles. Ce problème des images que nous associons à l'autre, ces étiquettes qu'on prend l'habitude d'accepter, sont à l'origine du racisme, des conflits quotidiens, des tensions multiples...

Le mécanisme fonctionne de la même manière pour les rapports hommes/femmes, clercs/laïcs, supérieurs/inférieurs... nous devons y être attentifs!

Dans les grands pays multi-culturels et multi-religieux comme l'Inde un travail sur les représentations est particulièrement important, c'est pourquoi nos frères de Nagpur ont mis en place une démarche pédagogique sur ce thème. Cette démarche est mise en oeuvre à travers une vidéo et un kit pédagogique. Pour en savoir plus on peut contacter Prakash Lohale ou Reetha Mechery les responsables régionaux Justice et Paix pour l'Asie (cf cahier n°1). Les Adrian Dominican Sisters ont, elles aussi, organisé des séminaires sur les mêmes thèmes dans le cadre d'un de leur programme " diversité culturelle " (contact: Toni Harris, cahier n°1)

Voici quelques éléments produits par les frères qui peuvent être repris, transformés, inculturés... dans une animation de groupe:

1. Homme/ Femme

L'exercice dure environ 30 minutes et consiste à affecter individuellement à un des genres un certain nombre de traits caractéristiques parmi lesquels:

agressivité, patience, vulgarité, générosité, jalousie, courage, pardon, ponctualité, intelligence, sensibilité; logique, mesquinerie, arrivisme, carriérisme, commérage, chamaillerie, émotivité, dépendance, bruyant, vantardise.

Un classement est fait à partir de l'opinion de chacun. Puis une discussion est lancée.

L'animateur peut interroger le groupe pour savoir pourquoi telle valeur est attribuée à tel genre? D'où vient ce stéréotype? Quelle est la valeur de celui-ci? Est-ce que ces stéréotypes déterminent nos comportements? Comment réagissons-nous face à eux? Est-ce que nous ne nous comportons pas comme la société l'attend de nous? Est-ce que nos stéréotypes ne nous servent pas pour juger les autres? Pensez vous que ces stéréotypes sont positifs ou non? Comment est-ce que la famille, les média, l'école produisent et renforcent ces stéréotypes?

2. La tête de l'autre

Cet exercice dure environ 45 minutes. On donne à des petits groupes de 5-6 participants des caricatures représentant des visages.

Chaque groupe doit déterminer ce qu'il croit être l'appartenance communautaire (ethnique, tribale, religieuse...), ce que le personnage pense, quelles sont ses caractéristiques morales et sociales. Un délégué de chaque groupe rend compte en assemblée plénière.

Une discussion s'engage sur les opinions où les sous-groupes ont été unanimes. Pourquoi? Quels ont été les critères de décision? On réfléchit alors sur les effets comportementaux induits pour chacun face aux stéréotypes et sur les processus qui les font émerger. Le groupe est invité à reconnaître les côtés positifs et négatifs de tels stéréotypes.

A partir de ces deux exercices une réflexion plus profonde peut être proposée à partir des éléments suivants:

  • Si nous acceptons le fait que les stéréotypes ne sont pas une représentation complète de la vérité et que souvent ils sont utilisés par la propagande raciale, on peut faire mémoire d'une personne que nous rencontrons souvent et se dire: mes stéréotypes que j'ai sur elle sont-ils justifiés par l'expérience personnelle? Réagissez-vous souvent à partir de ces stéréotypes? Favorisez-vous un comportement harmonieux ou pas? Communiquez-vous mieux?
  • Vérifiez-vous les faits avant de devenir vous-mêmes la proie de la rumeur face à l'information concernant une communauté particulière? Etes-vous capables de dénoncer aux autres le fonctionnement par stéréotypes?
  • Etes-vous capable de dialogue et de collaboration avec quelqu'un d'une autre communauté que la votre? L'inviteriez-vous à dîner? Accepteriez-vous que vos enfants deviennent les amis de ses enfants?

3. Le dilemme du prisonnier

(il existe de nombreuses variantes de ce jeu)

Cet exercice dure environ une heure. Constituez deux groupes de participants et expliquez la règle du jeu: l'objectifs de ce jeu est de gagner autant d'argent que vous le pouvez sans blesser ou aider l'autre groupe. La manière de gagner de l'argent réside dans la combinaison de cartes que chaque groupe jouera. Les combinaisons possibles sont les suivantes:

A. S'il y a deux groupes:

cartes jouées argent gagné
équipe A équipe B équipe A équipe B
X X -2 -2
Y X 0 +5
X Y +5 0
Y Y +3 +3

B. S'il y a quatre groupes :

 4X chaque équipe perd 1000  1Y ceux qui ont joué X gagnent 1000; ceux
 3X qui jouent Y perdent 3000  2Y ceux qui jouent X gagnent 2000 et ceux
 2X qui ont joué Y perdent 2000  3Y ceux qui jouent X perdent 3000 et ceux
 1X qui jouent Y gagnent 1000  4Y chacun gagne 1000

On donne à chaque équipe une carte X et une carte Y et les grilles de rétribution. Le jeu aura dix tours (mais on ne le dit pas aux équipes). L'animateur note le score à chaque tour.

Avant le 6° tour l'animateur invite un délégué par équipe à une table de négociation (5 minutes de négociation). Avant le 8° tour une nouvelle négociation est proposée. Mais après celle-ci l'animateur annonce que tous les scores du jeu seront doublés. On arrête à la fin du 10° tour.

Une discussion est alors proposée et chaque groupe est invité à expliquer comment il a joué. L'animateur au vu des résultats fait apparaître les motivations des groupes: gagner et laisser les autres gagner aussi, gagner au détriment des autres, entraîner les autres à la perte avec soi...Les groupes avaient-ils confiance dans les autres? Pourquoi?...

La discussion porte ensuite sur le fonctionnement interne de chaque groupe: sur le leader faiseur d'opinion, sur la démocratie interne, sur les rejets...

A partir de là l'animateur peut faire apparaître des applications dans la société: la confiance dans les autres groupes, le rôle des leaders, le vécu de l'exclusion quant à la parole et à la décision, sur la nécessité du dialogue entre groupes...Ce qui est nécessaire c'est une situation où chacun gagne.

4. Les carrés cassés

Cet exercice dure 30 minutes environ et vise à développer le sens de la coopération. On constitue des groupes de 5 participants (dont un observateur par groupe) à qui sont remis une enveloppe contenant des pièces de 5 carrés coupés selon une des formes suivantes:

L'animateur explique la tache de chacun: former des carrés de taille égale. La tache ne sera pas accomplie tant que chacun n'aura pas réalisé son carré. On ne doit pas parler dans le groupe; on peut donner des pièces du puzzle aux membres de son groupe mais on ne peut pas prendre ou demander des pièces aux autres pour soi.

Les observateurs doivent noter: comment chacun commence son travail? au bout de combien de temps un travail coopératif apparaît-il? qui est demandeur sans être offreur? comment est géré le succès ou l'échec dans le groupe? y a-t-il eu des tricheries?... Après le jeu l'animateur fait réfléchir sur ce qui a été expérimenté par chacun pendant le jeu.

Le jeu conduisait à reconnaître l'interdépendance mutuelle pour réaliser le carré comme c'est le cas dans la société. Y a-t-il eu des jugements d'incapacité? des refus de coopérer... Sans une volonté de faire ensemble, on échoue.

A partir de là on peut faire réfléchir sur le comportement de chacun, de chaque communauté, de chaque pays... par rapport aux autres.

La coopération est possible à condition que:

  • chacun comprenne la totalité du problème
  • chacun soit attentif aux problèmes des autres et recherche à voir comment il peut contribuer à les résoudre
  • chacun accepte d'être aidé par les autres sans se sentir infériorisé mais en comprenant que la coopération est un système du " donner et du recevoir "
  • chacun recherche le meilleur pour tous et accorde sa confiance aux autres
  • les groupes soient convaincus que la recherche en commun de solution est plus efficace que le combat individuel pour gagner.



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