LA DIMENSION ECOLOGIQUE
Avec le développement intensif
des industries et l'urbanisation rapide, la croissance économique
a entraîné des déséquilibres profonds
qui compromettent la possibilité de reproduction des richesses.
La planète s'use et ne peut plus produire, sauf avec des
coûts de plus en plus élevés, autant qu'avant.
C'est là où le thème du développement
durable révèle sa pertinence: comment satisfaire
les besoins de tous les habitants de la planète (production)
sans détruire la base sur laquelle cette production se
réalise et comment le faire pour les générations
qui viennent.
L'analyse écologique est la prise
en compte des destructions que subit la planète
à cause des activités humaines. Ces destructions
ne sont pas toujours visibles à court terme car les phénomènes
e9cologiques se manifestent à l'issue de processus lents
et longs: dégradation des sols, usure de la fertilité,
réduction des variétés génétiques,
changement des climats...L'écologie nous invite à
avoir une approche sur le long terme.
L'économie traditionnelle est
plus sensible au court terme et au profit immédiat qu'à
une approche sur la longue durée. La crise écologique
résulte pour une part de cette conception économique
(pour une autre part, du manque de connaissance sur les effets
à long terme de certaines pratiques). L'approche écologiste
est une manière de faire une critique de l'économie
et par là d'imaginer de nouveaux objectifs et de nouvelles
normes à fixer pour l'activité de production.
Parmi les problèmes
écologiques les plus graves :
- la désertification due pour une
grande part à la déforestation et à une
mauvaise gestion des pâturages et des réserves en
eau
- la réduction de la qualité
de l'eau et de l'air avec des conséquences graves sur
la santé, problème de la couche d'ozone et des
rayonnements U.V.
- la dégradation des espaces urbains:
bidonvilles, quartiers insalubres
- la gestion des déchets ménagers,
industriels et nucléaires
- les risques liés aux grandes
unités industrielles en particulier chimiques (Bhopal)
et nucléaires (Tchernobyl)
- les pluies acides liées à
l'industrie et les risques de marée noire.
Mais la pauvreté et le
chômage sont les plus grandes des dégradations
induites par le système économique car elles affectent
directement la dignité de la personne. L'écologie
est donc bien plus qu'un problème de conservation du patrimoine
forestier ou de la flore et de la faune. C'est une manière
de remettre en cause un style de développement et ce n'est
donc pas un luxe pour pays riches.
L'écologie en insistant sur les
relations qu'entretiennent les vivants met en
valeur les liens qui existent entre toutes les formes de vie.
La destruction de la flore ou de la faune a des conséquences
sur la diversité génétique (et donc sur
la possibilité d'améliorer l'agriculture), sur
les climats, la qualité des sols... L'écologie
invite à nouer de meilleures relations entre l'espèce
humaine et les plantes, les animaux... eux aussi, mais d'une
manière particulière, créations de Dieu.
L'écologie nous invite aussi à
prendre conscience que tous les pays sont reliés les uns
aux autres, qu'il n'y a qu'une seule planète,
commune à tous les hommes et toutes les femmes
car les catastrophes écologiques qui se manifestent dans
un pays ont des conséquences sur tous les autres (par
exemple la destruction de la forêt amazonienne a des conséquences
sur toute la planète par ses effets sur le climat, sur
l'ozone...). La planète est embarquée dans une
aventure commune où les intérêts des uns
et des autres sont articulés. La survie des pays riches
est tout autant liée à celle des pays pauvres que
l'inverse.
La prise en compte de ces intérêts
communs à toute la planète, de cette dimension
écologique qui est inséparable du vrai développement,
a été particulièrement forte dans le rapport
Brundtland qu'avait demandé la Banque Mondiale. Ce rapport
mettait en relation le développement et l'environnement
et insistait sur le fait qu'il fallait rechercher un développement
durable c'est à dire non destructeur en matière
d'environnement.
La dimension écologique a été
au coeur de la conférence mondiale de Rio.
Au cours de cette conférence les thèmes de la bio-diversité,
du rapport entre production et nature, de l'évolution
des climats, de la gestion des forêts.. ont été
abordés. Les résultats pratiques ont cependant
été faibles et les politiques des différents
états n'ont pas beaucoup évolué mais la
conscience des enjeux écologiques a progressé.
La réflexion théologique
chrétienne sur
l'écologie est encore peu développée plus
particulièrement chez les catholiques. Les religions orientales
ont quant à elles un grand souci de la vie en général
et pas seulement des humains; elles sont -souvent à cause
de la réincarnation- sensibles à la continuité
qui existe entre les végétaux, les animaux et les
humains, à l'harmonie qui doit exister entre l'homme et
le cosmos...
La réflexion théologique
chrétienne sur l'écologie est nécessaire
en ce qu'elle permet de mieux situer les responsabilités
des humains dans l'avenir de la planète et dans
le projet de création que Dieu a pour l'humanité.
L'assemblée de Bâle, puis celle de Séoul,
ont permis de prendre conscience du rôle potentiel des
Eglises dans ce domaine et de préciser le sens de la Création
voulue par Dieu et du rôle qui est confié aux humains
dans cette oeuvre. La recherche théologique sur l'écologie
permet un débat oecuménique et cet aspect donne
un surcroît d'intérêt pour la question.
Jean Paul 2 dans l'encyclique Sollicitudo
Rei Socialis au chapitre 34 a fait progresser la réflexion
catholique en soulignant l'importance de prendre en compte les
liens entre les différentes formes de vie, la qualité
de la vie et le caractère limité des ressources
naturelles. Il conclut: " une juste conception
du développement ne peut faire abstraction de ces considérations
- relatives à l'usage des éléments de la
nature, au renouvellement des ressources et aux conséquences
d'une industrialisation désordonnée- qui proposent
encore une fois à notre conscience la dimension morale
par laquelle se distingue le développement ".
Jean Paul 2 reprend en les détaillant ces thèmes
dans son Message pour la Journée de la Paix en Janvier
1990 : " La paix avec Dieu créateur, la paix
avec toute la création ".
La réflexion théologique
sur l'écologie doit s'intéresser à la création,
à la place de l'homme dans celle-ci, à l'Alliance
entre Dieu et les vivants (y compris les animaux dans Gn 9),
à la loi du sabbat (Ex 20,8-9 et Lev 25) et du jubilé...
Elle doit faire découvrir les différentes positions
de l'homme dans le cosmos: dominateur, prédateur, en harmonie,
au centre, l'intendant, le jardinier...
Les grands textes qui fourniront des éléments de
réflexion sont: Gn 1-3, Gn 9; Is 40,12-31; Jb 38,1-40;
Ps 8, 24,104, 136; Pv 8,22-31 et dans le Nouveau Testament: Col
1,15-20; Rm 8,18-25; Ap 6, 16,21.
Il existe une abondante bibliographie,
mais on ne peut négliger le livre de J. Moltmann " Dieu
dans la création ", éd Cerf,1988.
DECLARATION DE RIO SUR
L'ENVIRONNEMENT ET
LE DEVELOPPEMENT
Juin 1994
(extraits)
principe 1
Les êtres humains sont au centre
des préoccupations relatives au développement durable.
Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie
avec la nature.
principe 3
Le droit au développement doit
être réalisé de façon à satisfaire
équitablement les besoins relatifs au développement
et à l'environnement des générations présentes
et futures.
principe 4
Pour parvenir à un développement
durable, la protection de l'environnement doit faire partie intégrante
du processus de développement et ne peut être considérée
isolément.
principe 5
Tous les Etats et tous les peuples doivent
coopérer à la tâche essentielle de l'élimination
de la pauvreté qui constitue une condition indispensable
du développement durable, afin de réduire les différences
de niveaux de vie et de mieux répondre aux besoins de
la majorité des peuples du monde.
principe 7
Les Etats doivent coopérer dans
un esprit de partenariat mondial en vue de conserver, de protéger
et de rétablir la santé et l'intégralité
de l'écosystème terrestre. Etant donné la
diversité des rôles joués dans la dégradation
de l'environnement mondial, les Etats ont des responsabilités
communes mais différenciées. Les pays développés
admettent la responsabilité qui leur incombe dans l'effort
international en faveur du développement durable, compte
tenu des pressions que leurs sociétés exercent
sur l'environnement mondial et des techniques et des ressources
financières dont ils disposent.
principe 8
Afin de parvenir à un développement
durable, à une meilleure qualité de vie pour tous
les peuples, les Etats devraient réduire et éliminer
les modes de production et de consommation non viables et promouvoir
des politiques démographiques appropriées.
principe 9
Les Etats devraient coopérer ou
intensifier le renforcement des capacités endogènes
en matière de développement durable en améliorant
la compréhension scientifique par des échanges
de connaissances scientifiques et techniques et en facilitant
la mise au point, l'adaptation, la diffusion et le transfert
de techniques, y compris de techniques nouvelles et novatrices.
principe 10
La meilleure façon de traiter
les questions d'environnement est d'assurer la participation
de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient.
Au niveau national, chaque individu doit avoir dûment accès
aux informations relatives à l'environnement que détiennent
les autorités publiques, y compris aux informations relatives
aux substances et activités dangereuses dans leurs collectivités,
et avoir la possibilité de participer aux processus de
prise de décision. les Etats doivent faciliter et encourager
la sensibilisation et la participation du public en mettant les
informations à la disposition de celui-ci. Un accès
effectif à des actions judiciaires et administratives,
notamment des réparations et des recours, doit être
assure.
principe 12
Les États devraient coopérer
pour promouvoir un système économique international
ouvert et favorable, propre à engendrer une croissance
économique et un développement durable dans tous
les pays, qui permettrait de mieux lutter contre les problèmes
de dégradation de l'environnement. Les mesures de politique
commerciale motivées par des considérations relatives
à l'environnement ne devraient pas un moyen de discrimination
arbitraire ou injustifiable. ni une restriction déguisée
aux échanges internationaux. Toute action unilatérale
visant à résoudre les grands problèmes écologiques
au-delà de la juridiction du pays importateur devrait
être évitée. Les mesures de lutte contre
les problèmes écologiques transfrontières
ou mondiaux devraient, autant que possible être fondées
sur un consensus international.
principe 14
Les États devraient concerter
efficacement leurs efforts pour encourager ou prévenir
les déplacements et les transferts dans d'autres États
de toutes activités et substances qui provoquent une grave
détérioration de l'environnement ou dont on a constate
qu'elles étaient nocives pour la santé de l'homme.
principe 15
Pour protéger l'environnement
des mesures de précaution doivent être largement
appliquées par les États selon leurs capacités.
En cas de risque de dommages graves ou irréversibles l'absence
de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte
pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives
visant à prévenir la dégradation de l'environnement.
principe 17
Une étude d'impact sur l'environnement,
en tant qu'instrument national, doit être entreprise dans
le cas des activités envisagées qui risquent d'avoir
des effets nocifs importants sur l'environnement et dépendent
de la décision d'une autorité nationale compétente.
principe 20
Les femmes ont un rôle vital dans
la gestion de l'environnement et le développement. Leur
pleine participation est donc essentielle à la réalisation
d'un développement durable.
principe 21
Il faut mobiliser la créativité,
les idéaux et le courage des jeunes du monde entier afin
de forger un partenariat mondial, de manière à
assurer un développement durable et à garantir
à chacun un avenir meilleur.
principe 22
Les populations et communautés
autochtones et les autres collectivités locales ont un
rôle vital à jouer dans la gestion de l'environnement
et le développement. du fait de leurs connaissances du
milieu et de leurs pratiques traditionnelles. Les Etats devraient
reconnaître leur identité, leur
culture et leurs intérêts, leur accorder tout l'appui
nécessaire et leur permettre de participer efficacement
à la réalisation d'un développement durable.
principe 24
La guerre exerce une action intrinsèquement
destructrice sur le développement durable. Les États
doivent donc respecter le droit international relatif à
la protection de l'environnement en temps de conflit armé
et participer à son développement selon que de
besoin.
principe 25
La paix, le développement et la
protection de l'environnement sont interdépendants et
indissociables.
Annexes
La guerre
et la violence
Quelques
éléments statistiques
Le marché
et la dette
Curie
| J&P
© 26 Janvier 1999
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