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| Le niveau de vie représente la quantité de biens et de services qu'il est possible de se procurer en échange de son revenu; le genre de vie ou style de vie concerne la manière dont ces biens et services sont choisis, consommés ou non. Le genre de vie résulte d'une décision éthique, d'un choix de consommation et nous associe symboliquement et culturellement à tel ou tel groupe social que nous le voulions ou non. |
L'option d'une communauté pour Justice et Paix se manifeste le plus souvent par un genre de vie économe et par un style de vie simple. Le genre de vie économe consiste à minimiser les gaspillages, à favoriser le recyclage... Un tel choix repose sur des options écologiques mais aussi sur des proximités choisies avec les plus pauvres qui sont bien souvent contraints à pratiquer, par absence de revenus, ce genre de vie.
Le style de vie simple,
modeste est celui que recommandent les constitutions de la plupart
des congrégations de soeurs et celles des frères
(LCO 33,34 et37) ainsi que les chapitres généraux
des frères:
" Nos biens ne doivent pas faire écran entre nous et les plus nécessiteux. Notre compassion doit nous pousser à partager leurs luttes et leurs moyens de vivre " (Mexico, 66,B2b)
Les soeurs dominicaines insistent, elles aussi, dans leurs textes fondateurs, sur la cohérence qui doit exister entre notre manière de gérer nos biens et l'option pour la Justice et la Paix. Deux exemples parmi d'autres :
" L'administration économique des biens matériels doit être un exercice pratique de Justice et de pauvreté.... Les aumônes que nous recevons de la main des pauvres doivent nous conduire à une plus grande cohérence de notre vie avec celle de l'Evangile, vivant comme des pauvres... " (soeurs dominicaines de Saint Thomas au Mexique citant leur constitution n° 298)
" Les communautés doivent comparer leurs ressources avec celles des pauvres. Notre solidarité avec les pauvres doit être une réalité à travers nos privations personnelles qui sont une des formes de la compassion. Nous devons aussi faire preuve de justice avec nos employés (salaire juste, alimentation, vie digne, heures de travail réglementaires...) " (Soeurs missionnaires de St Dominique).
Le choix de vie simple,
en vue d'une plus grande proximité avec les pauvres, conduit
à des choix dans les investissements de la communauté
: tant dans ses locaux, que ses moyens de transport...
mais ceci n'exclue pas le bon goût ou la recherche d'une
plus grande efficacité. Il conduit aussi à des
choix en matière d'apostolat, de gestion de nos emplois
du temps, de nos réseaux de relations... Il y a là
des enjeux importants qui peuvent être décidés
au niveau des chapitres: les promoteurs et promotrices de Justice
et Paix ont en ce domaine un rôle d'initiateur fondamental.
" La réalité économique de la congrégation connue à travers les divers documents venant des provinces permet au chapitre général de réaliser la place de l'économie au coeur de tout ce que nous vivons, de prendre des décisions et de réfléchir à notre responsabilité d'aujourd'hui.
Devant le chômage, l'insécurité et la misère, le chapitre général se demande : comment concilier prudence responsable et risque évangélique ?
Notre relation à l'argent doit se traduire par :
Le chapitre général demande aux communautés et aux provinces de s'interroger sur la place qu'elles accordent à ces valeurs dans l'établissement de leurs budgets. Le chapitre général.. propose ces questions à la réflexion des provinces :
Une démarche très originale a été faite par certaines communautés et en particulier des soeurs aux USA : elle consiste à mettre en place des comités de surveillance éthique sur les placements de la congrégation.
Les Adrian Dominican Sisters ont créé en 1974 le PAB : Portfolio Advisory Board, chargé d'évaluer les investissements de la congrégation par rapport aux principes évangéliques. En 1978, un fonds complémentaire a été institué pour faire des prêts à faible taux d'intérêt au profit d'ONG intervenant auprès des pauvres en particulier les femmes, les minorités, les populations en grande précarité. 131 projets ont bénéficié de ce fonds depuis sa création. Un comité de soeurs compose le PAB et vérifie que les fonds profitent bien à l'accomplissement des objectifs prioritaires de la congrégation. Les soeurs participent aussi au ICCR (Interfaith Center for Corporate Responsability) un organisme commun à 200 associations religieuses oecuméniques aux USA; ICCR aide les congrégations à faire entendre leur point de vue dans les assemblées d'actionnaires des grandes sociétés dans lesquelles les congrégations ont investi. Ces points de vue visent à défendre les conditions de travail, au respect de l'environnement, à la mise en oeuvre pratiques sociales justes... Les soeurs ont aussi participé à des campagnes de boycott d'entreprises ayant des pratiques allant contre la justice et la paix.
Les Dominican Sisters of San Rafael ont créé en 1982 un " comité pour les investissements socialement justes " qui évalue la politique d'investissement de la congrégation. Elles ont aussi mis en place un fonds pour l'investissement alternatif (au profit d'ONG à caractère social) et un fonds d'aide pour aider les soeurs qui travaillent dans le domaine Justice et Paix, pour donner des bourses à des étudiants pauvres, pour soutenir des actions pour la Justice et la Paix, pour aider des projets locaux ou internationaux.
Nos pratiques éthiques impliquées par nos options Justice et Paix peuvent aussi être mobilisées dans le cadre de nos apostolats ou de notre présence à la société. Notre époque ressent cruellement le manque de réflexion éthique et désire avoir de nouveau quelques points de repères. Face à cette requête de " sens ", les chrétiens peuvent avoir un rôle actif en offrant au débat social quelques unes de leurs valeurs fondatrices; c'est là pour nous, frères et soeurs, un lieu pour notre engagement.
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Une démarche éthique peut être conduite de la manière suivante : 1. Repérer qu'il y a plusieurs choix possibles face à une situation ou une question, qu'il existe des espaces de liberté et des contraintes plus ou moins prégnantes et incontournables 2. Envisager les conséquences de chaque choix imaginable de la manière la plus exhaustive possible 3. Expliciter les valeurs qui supportent chaque choix possible et les conflits de valeurs entre les solutions 4. Prendre une décision qui sera issue de la hiérarchisation des valeurs qui sont apparues dans les phases précédentes. |
Parmi les champs
de la réflexion éthique, l'éthique
sociale peut mobiliser plus spécialement ceux
et celles qui développent un engagement pour la Justice
et la Paix. L'éthique sociale cherche à définir
des critères de jugement et de décision
sur les sujets concernant l'avenir d'une nation ou d'un groupe
social. L'éthique sociale nous invite à réfléchir
sur les dépenses militaires, sur la sécurité
nationale (et sur le nationalisme), sur les droits des travailleurs
(grèves, négociations), sur le chômage, les
politiques économiques, la solidarité publique,
la protection sociale... Tous ces champs de réflexion
doivent nous mobiliser tant pour la réflexion que pour
la mise en oeuvre d'actions.
La réflexion en matière d'éthique sociale, en particulier dans les pays en voie de développement, nous conduit de plus en plus à mettre en avant une éthique de la responsabilité. L'exemple de Songhai (cahier n°1) est significatif : il faut prêcher par l'exemple et montrer que des alternatives sont possibles en les mettant en oeuvre. Cet exemple est aussi significatif de l'urgence dans laquelle se trouvent tous les chrétiens du monde entier d'être des acteurs pour lutter contre le chômage, contre l'exclusion économique et sociale en offrant des structures créatrices d'emploi et d'activités rémunérées.
Dans des pays ayant vécu récemment des guerres civiles ou des situations révolutionnaires fortes, des frères et des soeurs sont amenés à être des ferments de réconciliation, de pardon... mais aussi de vérité. D'autres sont appelés, comme au Chiapas, à être des médiateurs... Ces situations sont particulièrement difficiles mais font redécouvrir la force de la miséricorde, le lieu où la justice et la paix se rencontrent. L'éthique sociale doit éclairer ces questions. Des formations à la médiation existent... les connaissons-nous?
La liturgie participe aussi à la " traduction " de Justice et Paix; elle est l'offrande à Dieu du travail de ceux et celles qui sont engagés pour un monde plus juste et plus fraternel, de leurs combats... Elle est aussi un des lieux d'enjeux pour Justice et Paix afin que la célébration de l'Eglise prenne en compte les soucis de ce temps et donc les véritables préoccupations des hommes et des femmes auxquels elle est députée pour annoncer la Bonne Nouvelle.
Il existe un très grand nombre d'exemples
à travers le monde car beaucoup de frères et de
soeurs engagés dans les combats contre les injustices
et la violence ont eu le souci de présenter au Seigneur
et aux communautés chrétiennes leurs espoirs et
leurs avancées. Le cahier n°5 traitera plus abondamment
de cette pratique liturgique et de son inculturation au service
de la promotion des hommes et des femmes et du refus de la violence.
Chuck travaille dans une paroisse de Chicago marquée par la violence entre gangs. Ces gangs enrôlent des jeunes adolescents qui n'hésitent pas à tuer, qui se droguent et vendent de la drogue. La violence est extrême et les meurtres très nombreux. Chuck et ses paroissiens ont décidé de réagir. Ils ont fait un appel, avec l'accord de la justice locale, pour récupérer les armes qui circulent dans le quartier en assurant l'impunité à ceux et celles qui les rendraient . Ils ont demandé à la police locale de mieux assurer la protection en particulier des jeunes. Ils ont organisé une campagne contre les dealers de drogue. Ils sont allés encore plus loin en mettant en place un centre d'accueil qui aide les jeunes volontaires à gérer la violence et à sortir de la spirale infernale de celle-ci et qui permet une assistance juridique pour les accusés ou les victimes.
De plus Chuck et ses amis célèbrent dans la rue, sur les lieux mêmes où ont lieu les assassinats, les messes de funérailles. Ces messes sur ces lieux symboliques sont autant d'appels à faire cesser la violence et à introduire de la compréhension entre les gens. La liturgie est un moment fort pour demander le pardon et se mettre en route sur un chemin de conversion et d'arrêt de la violence et de la mort. Ces événements liturgiques mobilisent le quartier et font réfléchir les gens sur le chaos dans lequel ils vivent... mais la violence des jeunes est un fléau qu'il est difficile d'arrêter si toute la vie de la communauté n'est pas profondément transformée.
Le combat pour la beauté, déjà
en oeuvre dans les pratiques liturgiques, est partie prenante
de la démarche Justice et Paix. Nous avions déjà
vu dans le cahier n°1 l'exemple du fr. J.P de Mexico et son
action auprès des enfants des rues. Il existe d'autres
actions de ce type entreprises par exemple par les Adrian Sisters
aux USA.... et l'analyse de l'oeuvre de Fra Angelico pourrait
montrer ses préoccupations pour des thèmes proches
de ceux esquissés dans ces cahiers : la place de la femme
par exemple.
Il est important de faire circuler les expériences de ce type dans l'Ordre tout entier car l'art est un support très important pour suggérer aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui l'existence d'un lieu de gratuité, un espace pour le sacré. L'art est de plus en plus, dans un monde qui a perdu la foi, une école de spiritualité à la fois par l'entrée dans l'expérience de création qu'il procure et dans l'expérimentation du beau.
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Le centre Ak'kutan a été créé à Vérapaz au Guatémala à partir de l'action d'évangélisation et de solidarité avec les pauvres que vivaient depuis 20 ans les frères et les soeurs dominicains dans cette région. L'événement déclencheur de cette création a été un colloque en 1988 organisé pour réfléchir à l'ethnocide dont étaient victimes les indigènes. L'ouverture du centre a été réalisée à la fin de 1991. Son premier travail a été d'écrire un livre témoignage sur la présence dominicaine dans la région afin de montrer comment la solidarité a été vécue concrètement avec les peuples indigènes. Depuis lors le centre a une maison d'édition qui édite de nombreux ouvrages destinés à un public varié présentant les cultures indigènes (quiche, pokomchi, achi, maya...), les recherches et moyens de présenter la foi dans les contextes locaux. Le centre a aussi une grande bibliothèque ouverte aux besoins pastoraux. Le centre Ak'kutan se spécialise sur les problèmes d'inculturation de la foi et de défense des cultures indigènes. Il se met au service de tous ceux et celles qui veulent faire ce type de recherche afin que la foi sont entendue dans la culture des pauvres; il est particulièrement au service des agents pastoraux des diocèses. Il développe aussi des recherches sur la théologie des Eglises particulières et sur les " semences du Verbe " répandues dans les cultures. Il rassemble des frères et des soeurs et cherche à mobiliser des laïcs. Il cherche aussi dans sa manière de vivre à prendre en compte la culture locale. Dans son travail sur l'inculturation, Ak'kutan a été amené à travailler sur la liturgie à partir des pratiques religieuses des peuples indigènes et à faire des propositions pour les célébrations chrétiennes (voir par exemple l'étude faite dans " Evangelio y culturas en Verapaz ", 1994). Tous les aspects de la culture des peuples maya (arts, récits, fêtes...) sont étudiés par Ak'kutan avec un souci de faire connaître cette culture et ses richesses et de la défendre face à la globalisation économique et culturelle qui caractérise notre modernité planétaire. Ces cultures sont un patrimoine de l'humanité et contribuent à la culture universelle, à l'humanisation. |