QUELQUES FIGURES EMBLEMATIQUES

Saint MARTIN

St Martin naît en 336 dans la Hongrie d'aujourd'hui et devient militaire comme son père. Il devint catéchumène lors de son séjour en France. C'est pendant ce temps, à Amiens (France) qu'il rencontre le pauvre transi de froid avec qui il partage son manteau; ce geste le rendra célèbre et fera de lui un modèle de la charité. Son biographe raconte que dans une vision Jésus aurait dit " Martin qui n'est encore que catéchumène m'a couvert de ce vêtement et réalise concrètement ma parole: " chaque fois que vous avez fait quelque chose pour l'un de ces petits, c'est pour moi que vous l'avez fait ".

Il est baptisé en 354 à Amiens (France) et voyage à travers l'Europe. Il revient en Gaule (France) et fonde le premier monastère de Gaule en 360 à Ligugé sous les conseils d'Hilaire de Poitiers. Là il vivra très pauvrement mais aura un très grand rayonnement. Ce premier monastère de France grandira en nombre et en réputation de sainteté grâce à Martin. Martin est un grand contemplatif mais il sait aussi faire partager sa passion pour la prière.

De nombreux miracles de guérisons lui sont imputés, manifestant à la fois son amour pour les petits, les victimes et sa vie spirituelle intense. Il apparaît comme un saint pour ses contemporains qui vont le " kidnapper " hors de son monastère pour en faire l'évêque de la ville de Tours (France) en 371 contre l'avis des autres évêques a qui il apparaît comme un étrange moine inculte. Il créée alors le monastère de Marmoutier près de Tours qui sera lui aussi très florissant et fonde tout un ordre qui évangélise la région. Martin lui même sait être persuasif et parler aux gens simples pour les arracher au paganisme. Il sait aussi parler aux grands de son temps pour les appeler à suivre l'Evangile qu'ils soient nobles ou prélats de l'Eglise.

Il meurt en 397, modèle à la fois de la vie contemplative, de la charité et de l'évangélisation. Sa vie sera rendue populaire par son biographe Sulpice Sévère.

GANDHI

Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2.10.1869 sur la côte occidentale de l'Inde. Il appartient à une caste de marchands mais sa famille a déjà exercé des fonctions politiques régionales. Elevé dans la tradition hindoue, il se marie à douze ans et cinq ans plus tard il part pour l'Angleterre étudier le droit. En 1891 il s'installe comme avocat à Bombay puis émigre de 1893 à 1914 en Afrique du Sud. Il fonde en 1894 le Congrès Indien du Natal pour défendre la minorité indienne d'Afrique du Sud humiliée et ostracisée.

C'est à cette période qu'il étudie la Bhagavad Gîta mais aussi l'Evangile (surtout le sermon sur la Montagne) et devient un adepte de la non-violence, démarche religieuse et politique. Il utilise les techniques non-violentes pour faire aboutir des revendications dès 1906.

La recherche spirituelle de Gandhi le conduit à la fois à la non-violence et au service des plus humbles de la société; il ne sépare pas les dimensions spirituelles des dimensions sociales et en cela son engagement est une source de méditation profonde pour la démarche Justice et Paix.

La non-violence de Gandhi, la technique du satyagraha, n'est pas le pacifisme ou une attitude passive résignée devant l'ennemi mais une attitude active d'amour, de résistance face à l'injustice, d'opposition au mal, de désobéissance aux lois mauvaises et iniques mais tout cela en n'utilisant pas la violence. Le satyagraha fait appel à une grande force d'âme pour échapper au piège de la vengeance, au cycle de la violence.

Gandhi, après avoir lutté selon ces principes en Afrique du Sud, retourne en Inde en 1914, conscient qu'il a une mission : répandre la vérité et la non violence dans l'humanité en les substituant dans toutes les démarches de la vie à la violence et au mensonge.

En Inde, Gandhi s'engage à une lutte contre la colonisation britannique en vue de l'indépendance du pays qui est à la fois politique et spirituelle. Il fonde son premier ashram en 1915 et commence ses voyages pour sensibiliser les indiens en particulier les plus pauvres dont il prend conscience de la force. Gandhi lance des campagnes de désobéissance face à des lois coloniales injustes, puis des campagnes de non-coopération... toutes ces actions étant non-violentes mais déséquilibrantes pour l'économie et l'administration coloniales. Les campagnes les plus célèbres furent celle du sel contre le monopole anglais et celle des textiles importés. Dans cette dernière action, Gandhi se fit l'apôtre du " khadi ": la filature au rouet du coton local.

Gandhi participera activement aux négociations qui conduiront à doter l'Inde d'une constitution plus favorable puis à l'Indépendance (1947), n'hésitant pas à risquer sa vie dans des jeûnes à mort. Dans ce combat il aura cependant des incompréhensions avec les leaders politiques qui ne peuvent cependant pas se passer de son appui tellement il est populaire et aimé par les pauvres gens, même si ces derniers n'arrivent pas à se passer de la violence.

Gandhi se préoccupe de la coexistence pacifique entre la communauté musulmane et hindoue. Il échouera (Partition entre l'Inde et le Pakistan) mais cherchera sans cesse des moyens pour localement réussir à réconcilier les communautés, pour obtenir des trêves dans la violence oui l'arrêt des massacres. Gandhi s'attachera aussi à lutter contre la ségrégation religieuse dont étaient victimes les Intouchables (qu'il appelle les harijans, les enfants de Dieu) et à leur obtenir des droits politiques et une meilleure reconnaissance sociale.

Gandhi mourra assassiné le 30 janvier 1948.

Le message que nous laisse Gandhi est à la fois la force de la non-violence, l'articulation politique et spiritualité mais aussi la diversité des moyens pour lutter contre l'injustice: le jeûne, la non-coopération, les marches silencieuses, les grèves...

" Je ne pourrais pas vivre une vie religieuse sans m'identifier avec l'ensemble de l'humanité et cela je ne pouvais le faire sans me mêler à la politique. Si je m'occupe de politique c'est tout simplement parce qu'aujourd'hui la politique s'enroule autour de nous comme les replis d'un serpent dont on ne peut se dégager quelque mal qu'on se donne "

O. ROMERO

O. Romero est né au Salvador en 1917 et devient prêtre en 1942. il est ordonné évêque en 1970 et est fait archevêque de San Salvador en 1977. Mgr Romero avait plutôt une image de conservateur, peu ouvert aux aspiration du peuple et très introverti. Cette situation va changer radicalement sous la pression des faits. Tout bascule dans la vie de Mgr Romero après l'assassinat de son ami le Père Rutilio Grande qui faisait suite à de nombreux autres assassinats de prêtres. Oscar Romero a été rejoint par les situations d'injustice et de violence; ce sont elles qui l'ont provoqué à trouver sa voie.

O. Romero organisera alors la vie de son diocèse dans le sens des enseignements de Jean Paul II qui fait de l'option préférentielle pour les pauvres une des priorités de l'évangélisation (Medellin, Puebla...). Il se montrera très attentif à la foi que cherchent à vivre les gens simples du pays et aux expériences des communautés de base qu'il soutient. dans cette action il aura à travailler seul n'ayant guère d'appui parmi les autres évêques du pays.

Son sens de l'évangélisation l'amènera à chercher une parole qui permette d'inculturer le christianisme dans la réalité sociale et politique de son pays marqué par la pauvreté, la dictature et la violence des nantis. C'est dans ce cadre que ses prédications radiodiffusées, qui comprenaient aussi une chronique de l'actualité du pays et de l'Eglise locale, dans sa cathédrale auront un grand retentissement car la parole de l'archevêque est forte pour dénoncer les violences et les injustices. Sa radicalité s'appuie fermement sur l'Evangile et en particulier sur le respect de la dignité de la personne humaine.

" l'Eglise maintient et défend l'éternelle vérité révélée par Dieu: l'homme est l'image de Dieu et par l'oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ il a été libéré de l'esclavage du péché et promu à la dignité de fils de Dieu, libre protagoniste de son destin et participant de la gloire éternelle de Dieu. Voilà la vérité sur l'homme que défend l'Eglise, quels que soient les systèmes ou les conjonctures politiques des peuples " (1.1.1980)

Mgr Romero devra sans cesse essayer de situer le christianisme par rapport à la vie politique tant pour dénoncer la corruption, le manque de démocratie, le non-respect des droits de l'homme que pour mettre en garde les chrétiens qui confondent trop vite Evangile et action politicienne en particulier dans des groupes violents. L'Evangile a à voir avec la vie politique mais elle engage aussi à des comportements spécifiques.

"...C'est la raison pour laquelle le processus de libération de notre patrie doit être assuré. L'Eglise ne l'abandonne pas, elle continuera à l'accompagner mais avec la voix authentique de l'Evangile, de la transcendance, du Christ. Elle continuera d'exiger de tous les libérateurs de l'histoire que, s'ils veulent être forts et efficaces, ils mettent leur confiance en Jésus-Christ, le grand libérateur et ne s'en écartent en rien " (1980).

La violence des tenants du pouvoir (politiciens, grands propriétaires, militaires, milices nationalistes) sera dénoncée sans relâche par Mgr Roméro tout comme le sera celle des militants révolutionnaires qui disent oeuvrer pour une plus grande justice. Mgr Roméro a bien conscience de la voie étroite sur laquelle il marche mais il le fait avec la conviction que l'Evangile est à la fois une source de plus grande justice sociale mais aussi source de paix.

" Non à la violence a été son (celui de l'Eglise) cri impartial devant toute main qui se lève contre un homme quel qu'il soit et contre tout ce qui fait de la violence un acte de péché qui souille le monde. Ce cri de dénonciation et de résistance n'a jamais inspiré à l'Eglise la passion de la vengeance et du ressentiment... La voix de l'Eglise a été ici l'écho d'un amour fraternel qui à partir de la foi en la vérité révélée par Dieu a inspiré la doctrine sociale... " (1978)

Il meurt assassiné au cours de la messe qu'il célébrait le 24 mars 1980 après avoir reçu de nombreuses menaces. Il est considéré dans toute l'Amérique latine comme un saint martyre.

H. DUNANT

Henri Dunant naît en 1828 à Genève dans une famille protestante et se dévoue dès sa jeunesse à l'action sociale auprès des malheureux. Préoccupé d'oecuménisme, il fonde en 1855 l' " Alliance universelle des unions chrétiennes de jeunes gens ". Après des opérations économiques qui tourneront mal et dont Dunant aura à souffrir toute sa vie, il assiste à la bataille de Solférino en 1859, bataille qui fut une véritable boucherie et qui le traumatisera jusqu'à la fin de ses jours. Sur le champ de bataille il organise les premières infirmeries. Il publiera après cette bataille un appel aux bonnes volontés pour créer des sociétés de secours qui auraient pour but, en temps de guerre, de porter secours aux blessés.

Avec G. Moynier, il rassemblera en 1863 à Genève un congrès composé de représentants de 16 pays qui recommande la création de " Sociétés nationales de secours " et demande aux gouvernements de leur accorder appui et protection. En 1864 sera signée la " Convention de Genève pour l'amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne "; ces derniers doivent être soignés sans distinction de nationalité affirme la convention. C'est là le début de la Croix Rouge dont l'action va peu à peu s'étendre à toutes les catégories de victimes civiles et militaires, par temps de guerre ou de paix: prisonniers, sans abri, réfugiés, victimes de séismes... Des sociétés nationales de la Croix Rouge se créent partout dans le monde: on en compte aujourd'hui 125 dont certaines appelées du Croissant rouge ou du Lion et du Soleil rouges pour respecter les opinions religieuses: la Croix Rouge n'ayant aucune affiliation ou préférence religieuse (la croix ne fait que renvoyer à l'emblème national suisse et pas au christianisme).

H. Dunant se donne totalement à l'oeuvre de la Croix Rouge négligeant ses affaires. et vivant très pauvrement. Il reçoit en 1901 le premier prix Nobel de la paix et meurt en 1910.

La Croix Rouge lui survit et intervient sur tous les fronts où des hommes et des femmes sont victimes, bénéficiant du mandat de la part des gouvernements signataires des accords de Genève pour agir dans ce sens. Son intervention doit cependant être approuvée par les gouvernements ce qui constitue une faiblesse face à laquelle se sont créées les organisations humanitaires qui prônent quant à elles le droit d'ingérence.



Annexes
Justice et Paix et le droit
Curie | J&P
© 26 Janvier 1999
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