2. PLANIFIER
La
réflexion sur les étapes à venir, faite
dans la procédure d'évaluation, doit donner des
points de repères sur ce qu'il convient de faire dans
le futur mais plus généralement il s'agit de se
donner des " tableaux de bords " et de définir
des étapes à la fin desquelles de nouveaux objectifs
seront définis ou de nouvelles réalisations seront
tentées.
des étapes
Penser un projet requiert de réfléchir
de manière temporelle et progressive. C'est cette
prise en compte du temps qui fonde la planification; mais celle-ci
doit bien évidemment toujours être souple et susceptible
de transformation pour s'adapter. Entrer dans une démarche
de planification consiste à la fois à ne
pas vouloir faire tout et tout de suite et à rechercher
des moyens précis qui permettent d'atteindre
des objectifs clairement identifiés. La planification
est un outil de réalisme et donc une chance de plus pour
réussir.
L'art de la planification commence avec
celui de définir de manière claire des étapes
pour une action. Il faut décomposer ce qui est
un tout en plusieurs éléments qui s'enchaînent
logiquement les uns après les autres. Il convient de découper
des phases qui ont une logique interne et qui se clôturent
de manière évidente et qui, par le fait, peuvent
être évaluées.
L'identification des indicateurs indiquant
que la phase est terminée et qu'on peut passer à
la suivante est fondamentale mais difficile à réaliser.
Malgré cette complexité on aura intérêt
à faire cet effort en prenant par exemple comme indicateurs
soit le nombre de personnes touchées, soit le nombre de
contacts réalisés avec des médias ou des
sympathisants, soit les témoignages donnés par
des bénéficiaires ou des amis...
Un besoin constant : bien vérifier
que l'action correspond aux attentes des plus démunis
et que les projets se font avec eux et pas simplement pour eux.
Savons-nous écouter leurs paroles ? Sommes-nous attentifs
à ce qu'ils nous disent ? Sommes-nous assez vigilants
pour leur donner des responsabilités à la mesure
de leurs désirs et de leurs capacités ?
Nous devons toujours être attentifs
à ce que la logique de l'institution et de nos
habitudes ne l'emporte pas sur celle des attentes des
plus pauvres et de leurs vrais problèmes.
des moyens
La planification, outre l'analyse des
phases temporelles, est particulièrement attentive aux
moyens à mobiliser pour mettre en oeuvre un projet
et le faire fonctionner. Elle cherche à réunir
les moyens humains, juridiques et financiers qui permettront
d'atteindre les objectifs mais attention : les
problèmes de qualité sont aussi importants que
les problèmes de quantité. On peut aussi faire
beaucoup de choses sans financements importants; le manque de
moyens financiers ne peut jamais être une raison pour ne
rien tenter ou pour justifier l'attentisme.
Les moyens humains ont déjà
été abordés dans le cahier n°3... Reprenons
seulement les éléments les plus importants:
- la nécessité de savoir
qui fait quoi et quand ? (fonction de l'organigramme)
- la manière dont les décisions
sont prises et la participation de tous et de toutes favorisée.
- quelle est la place de la communauté
religieuse dans le projet... et celle des laïcs impliqués
dans l'action (bénéficiaires et bénévoles
ou salariés)
- quelle politique de formation initiale
et permanente est envisagée pour les différents
intervenants dans le projet ?
La mobilisation de
moyens juridiques doit essayer de résoudre
la question de l'indépendance et
de l'articulation d'un projet Justice et Paix par rapport à
la communauté, à la province ou la congrégation.
Faut-il une autonomie institutionnelle pour le projet ? Comment
assurer en même temps une certaine indépendance
et une préoccupation de la part de tous ?
Il est souhaitable que les projets ayant
une dimension Justice et Paix soient portés par les communautés
et les différentes instances de l'Ordre : il faut donc,
pour obtenir ce soutien, une information large et permanente
de tous et de toutes sur les actions conduites et développer
les possibilités de concertation afin qu'un grand nombre
se sentent solidaires. Mais le projet a aussi sa propre dynamique.
Le problème
du statut à donner au projet a pour objectif
d'assurer la possibilité de cette dynamique. On peut bien
évidemment considérer ce projet comme une activité
apostolique ordinaire de la communauté et ne pas choisir
de statut particulier. Cette solution a des avantages en particulier
celui de mieux assurer la prise en charge communautaire et de
" protéger " la dimension dominicaine
de l'action. Elle a aussi des inconvénients parmi lesquels
les plus importants sont la difficultés de faire participer
des non-dominicains à la gestion du projet et la confusion
des objectifs entre le projet et la communauté. Ces inconvénients
sont renforcés par l'évolution propre du projet
qui conduira à faire des bénéficiaires d'une
action des acteurs, des partenaires.
Il est donc souvent préférable,
si les législations nationales rendent ceci possible,
de distinguer un projet spécifique de la vie de la communauté
et de lui donner une personnalité juridique propre. Les
différents pays ont des lois particulières qui
concernent les associations, les rassemblements, la presse...
Il est donc souvent nécessaire de recourir à des
experts de ces domaines (juristes, avocats) pour faire des choix
de statuts.
Accion Verapaz
est une nouvelle association (ONG) créée en 1995
en Espagne par l'ensemble de la famille dominicaine pour agir
ensemble en matière de Justice et Paix. Un travail juridique
a été fait pour comparer les mérites d'une
fondation et d'une association; c'est cette dernière forme
qui a été retenue car plus souple et plus démocratique.
Cette ONG s'est dotée d'un
président et d'un permanent pour animer l'ensemble des
adhérents. Ces derniers peuvent être, sur une base
d'adhésion volontaire et d'une cotisation, des couvents,
des maisons, des provinces ou des individus.
L'association Accion Verapaz s'est
donnée neuf objectifs: sensibilisation sur les problèmes
des populations des pays en voie de développement, aide
à la définition de projets de développement
dans le sens de la promotion, favoriser la réflexion sur
le développement endogène, promouvoir les cultures
locales et la diversité culturelle, former techniquement
et humainement des agents de la solidarité et de la coopération,
soutenir des projets de développement du quart monde (les
exclus et marginaux dans les sociétés européennes),
rechercher des fonds pour soutenir ces opérations, collaborer
avec d'autres organismes partageant les mêmes options fondamentales
et prendre toutes les mesures pour arriver à réaliser
les objectifs.
On pourrait aussi signaler l'existence
de telles associations dans la famille franciscaine comme " Franciscans
International " qui suit les problèmes du Conseil
Economique et Social des Nations Unies à New York et qui
possède un statut lui permettant d'intervenir dans les
débats en y apportant deux soucis fondamentaux de l'esprit
franciscain: la médiation dans les conflits et la sauvegarde
de la création.
La planification
est aussi attentive à la mobilisation des moyens
financiers et à la séparation entre les
comptes de la communauté porteuse du projet (ou du frère
initiateur de l'action) et ceux du projet lui-même le plus
rapidement possible.
Le projet devra avoir ses propres sources
de financement , rechercher lui-même ses ressources. Les
fonds que la communauté, la province ou la congrégation
peuvent lui allouer ne sont que des subventions, semblables à
celles que peuvent accorder d'autres organismes et ne doivent
pas être utilisés avec moins de contrôle
et d'efficacité, même si des accords existent
entre le projet et telles ou telles institutions de l'Ordre.
La recherche de financements n'est pas
la partie la plus simple ni la plus valorisante d'une action
spécifique Justice et Paix. Cette activité prend
beaucoup de temps, d'imagination et d'énergie... mais
elle est incontournable et gage du sérieux de
la démarche. Des éléments pour
vous aider sont donnés en annexe de ce cahier mais il
vous faudra - courageusement - rechercher des sponsors diversifiés,
des sympathisants, des donateurs... sans perdre ni votre âme
ni votre liberté.
Au démarrage de votre projet il
vous faudra faire un budget prévisionnel non seulement
de vos investissements (une annexe de ce cahier vous permet d'apprivoiser
ce vocabulaire de la comptabilité) mais aussi du fonctionnement
probable des trois premières années. Il vous faudra
régulièrement faire une comparaison entre ce qui
était prévu et ce qui se réalise véritablement
et s'interroger sur les facteurs explicatifs des écarts.
Le tableau de bord récapitule
tous ces éléments de manière prospective:
les phases du projet, la mobilisation des fonds (si cela est
nécessaire), la vie de l'équipe, le statut juridique
et son évolution... Il convient de définir à
chaque étape les indicateurs qui vous permettent de passer
d'une phase à une autre. Une analyse des écarts
entre le réel et le prévisionnel vous conduira
à adopter des mesures d'ajustement pour atteindre vos
objectifs.
Un conseil: gardez vos archives
pour faire le point entre vos intuitions initiales et ce qui
est fait réellement. Le retour aux textes fondateurs peut
être un bon moyen, en équipe, pour se relancer,
pour ajuster et avancer.
Premier
Page | Evaluer | Celebrer
éléments
de gestion | exemples de liturgie
relectures
transversales des cahiers
éléments
de bibliographie
Curie
| J&P
© 26 Janvier 1999
e-mail |