| C h a p i t r e G é n é r a l | B o l o g n e '9 8 |
| Ordre des Prêcheurs |
le 31 mai 1998,
jour de la Pentecôte,
Note de la Commission De missione ordinis
pour le Chapitre général de Bologne
Table des matières
I. La mission dans son contexte
Le monde comme il va
Le christianisme en situation
II. La vérité de l'autre
L'autre qui nous précède
L'Evangile est pour le monde
Au fondement de la mission
III. Une prédication en dialogue
Les conditions du dialogue
Une attitude spirituelle
Les risques
IV. Perspectives dominicaines
Le temps de sortir
Où porter la parole?
Une stupéfiante liberté
Composition de la commission "de missione ordinis" :
Asie : fr. Miguel Angel San Roman, de Taïpeh (Taiwan) ; fr. Efren O Rivera, de Manille (Philippines) ; fr. Paulson Deepak Kannampuzha, de Nagpur (Inde) ; fr. Chrys McVey, de Multan (Pakistan). Afrique : fr. Roger Gaïse, de Kinshasa ; fr. Sibdé Semporé, d'Abidjan ; fr. Roger Houngbedji, d'Abidjan ; fr. Emilio Platti, de Leuven (Belgique), qui est souvent au Caire. Amérique : fr. Jorge Scampini, de Buenos-Aires ; fr. Donald Goergen, de St Louis (Missouri) ; fr. Scott Steinkerchner, de River Forest (Illinois). Europe : fr. Ricardo de Luis Carballada, d'Espagne, actuellement à Düsseldorf ; fr. Santo Pagnotta, de Potenza (Italie) ; fr. Antoine Lion, d'Eveux (France). Les ff. Jean-Jacques Pérennès et Guido Vergauwen, assistants du Maître de l'Ordre, travaillent avec la commission.
Novitas ...
Le fr. Marie-Dominique Chenu notait avec quelle fréquence les hommes du XIIIe siècle recouraient à ce mot pour désigner leur temps : "Beaucoup disaient alors que Novitas, c'était la catastrophe. Mais à côté de cela, quel élan, quelle recherche, quelle ferveur pour la nouveauté !". La Vie de saint Dominique, comme les débuts de l'Ordre des Prêcheurs sont placés sous le signe du "nouveau". L'humanité de notre fin de siècle connaît de si fortes mutations que cette Novitas pourrait aussi caractériser ce temps-ci - par delà les séductions super-ficielles d'un New Age à la mode.
Le fr. Timothy a demandé à la nouvelle Commission "De missione ordinis" de prendre pour but de ses réflexions : "être libre pour la mission" et par là de contribuer à donner à celle-ci un dynamisme nouveau. Nous n'avons pas craint de nous avancer dans des domaines neufs de la réflexion théologique. Le propos qui suit est-il présomptueux? Il repose du moins sur le constat d'une convergence d'idées entre seize frères venus de diverses parties de la planète, d'âges et de fonctions très variés.
Ils livrent ici des réflexions inabouties, ouvertes, soumises à la discussion. Il a fallu des siècles pour définir qui est le Christ, il nous faut bien quelques années pour saisir les enjeux de temps aussi nouveaux ! Nous pensons que si les questions soulevées ne sont pas toutes clarifiées, une entière clarté n'est pas requise pour agir. Après tout, Amos ne maîtrisait aucune analyse politique : il savait que le peuple souffrait, cela lui suffit pour lancer un cri prophétique.
Novitas... Ces temps nouveaux nous invitent à repenser la mission et, pour ce faire, à clarifier le contexte de celle-ci (I), puis à poser de façon nouvelle la question de l'autre (II) et à revoir nos conceptions du dialogue (III). Il reste alors à dégager des implications pour un Ordre résolument engagé à la suite de Jésus Christ dans la prédication du Royaume (IV).
I. La mission dans son contexte
1.1. Le monde comme il va
Notre Ordre, comme l'Eglise entière, est au service de l'Evangile. Et l'Evangile est pour le monde. Risquons-nous donc à dégager quelques traits marquants du monde dans lequel l'Evangile poursuit aujourd'hui sa course.
1.1.1. La mondialisation.
L'économie internationale et les communications ceinturant le globe ont interconnecté l'humanité. Un temps mondial s'est instauré. La Toile d'Internet, les antennes paraboliques proliférant sur les toits du Tiers Monde en sont des témoins, tout comme les effets à travers la planète des récents effondrements des marchés financiers d'Extrême-Orient.
Nous avons appris que le battement d'aile d'un papillon de Nouvelle Guinée peut déclencher la tempête sur New York un mois plus tard. Bref, plus que jamais, ce monde parcouru par le flux des images et celui des capitaux se découvre un.
Disséminé à travers le monde, notre Ordre contribue-t-il à accompagner cette mondialisation sur des chemins de paix ?
1.1.2. La fragmentation.
Globalement unifié, ce monde nous apparaît pourtant, plus que jamais, fissuré, fracturé. Le fr. Pierre Claverie parlait de "lignes de fracture". Ces lignes ne sont pas seulement géographiques - elles peuvent l'être dans des zones frontières chaudes -, mais sociales, culturelles, religieuses, économiques : entre Nord et Sud, Islam et Occident, pays riches et pauvres, groupes riches et pauvres dans les pays de l'Ouest... Presque partout, elles séparent ceux qui ont du pouvoir de ceux qui en sont privés, car immenses sont les masses sans pouvoir.
Nombre de frères ont fait le choix d'être du côté de ces femmes et ces hommes sans pouvoir. Certains de nous mobilisent toutes les ressources possibles pour être à leur service, améliorer, voire changer leur condition. D'autres entendent partager pleinement la condition des hommes sans pouvoir.
Quelle place tiennent ces frères dans nos Provinces ? Sont-ils des marginaux ou occupent-ils le centre de la vie dominicaine ?
1.1.3. La violence.
Ce monde est aussi celui de la dissémination de la violence : sa médiatisation généralisée la rend plus que jamais présente chaque jour en nos consciences.
C'est un monde de sanglants affrontements ethniques (Rwanda, Burundi, Sierra Leone, Sri Lanka), nationalistes (Bosnie, Azerbaïdjan) et religieux (Afghanistan, Inde, Irlande, Algérie). C'est aussi la violence politique sur les Etats faibles (Cuba, Irak), la violence urbaine chronique (Washington, Karachi, Lagos), la violence gratuite des banlieues occidentales (Strasbourg, Birmingham), la violence des armes incontrôlées (ces enfants américains qui tuent des professeurs ou d'autres élèves dans leurs propres écoles, sans nulle raison), la violence sociale sur les plus démunis (enfants exploités, femmes dominées, réfugiés refoulés, minorités par-quées, sidéens exclus...). Avions-nous jamais été aussi vivement affrontés aux réalités de la différence, prenant conscience de la dureté des forces qui lui résistent ou des incapacités à vivre avec elle ? Nous sommes dans un temps de repli sur des identités primaires, de haine de l'autre et de culte du même.
Comment notre prédication affronte-t-elle cette culture de violence ?
1.1.4. La création.
Or ce monde est aussi prodigieusement créatif. Les cultures s'entrecroisent, la recherche scientifique se joue à l'échelle mondiale, les arts plastiques, les arts de la scène et la littérature, en dépit des aplatissements commerciaux, circulent sur la planète. Multiples sont aussi les lieux de création où s'inventent de nou-velles formes de solidarité (vitalité du monde associatif...), de relations entre les cultures et les peuples, d'exigences démocratiques. Les lignes de fracture peuvent être aussi des lieux de création d'humanité nouvelle.
Ici encore, des frères - les mêmes ? - sont partie prenante de ces forces de création. Ils y travaillent comme d'autres, avec d'autres venus souvent d'horizons bien différents. Là encore, quelle place, quelle attention reçoivent-ils dans nos Provinces ?
1.2. Le christianisme en situation
Le christianisme vit dans ce contexte. S'il a lié une part de son destin à la civili-sation qui a unifié techniquement la planète, il connaît les ambiguïtés de cette histoire.
1.2.1. Minorité.
Presque partout, il doit apprendre à vivre en situation de pluralisme culturel et religieux, à être une forme de vie et de pensée parmi d'autres. Dans les pays où il était en situation dominante, le christianisme s'est trouvé destitué de sa posi-tion de force ou, à tout le moins, de son monopole : les musulmans parmi les Italiens sont les plus nombreux après les catholiques.
Là où les chrétiens se trouvent réellement en minorité - cela se joue sur le rap-port au pouvoir et pas seulement sur une question de nombre -, ils le vivent parfois comme un défi, voire comme une chance. N'ayant plus de maîtrise de la société, ils n'ont pas à défendre des biens ou des privilèges. Une grâce de la remise en liberté peut advenir dans ces situations.
Certains couvents, certaines Provinces, connaissent cet état depuis toujours. D'autres le découvrent. Quelle en est la répercussion sur nos existences dominicaines ?
1.2.2. Conflits.
Ici ou là, le christianisme se trouve situé de part et d'autre de lignes de fracture. Il est alors inévitablement l'objet de tensions internes : heurts des Eglises ortho-doxes et uniates en Europe orientale, tensions diverses dans le catholicisme... Malgré lui, il est aussi parfois en situation de compétition avec d'autres forces religieuses : concurrence des sectes en Amérique latine ; rivalités avec les missionnaires musulmans en Afrique noire... On ne saurait l'oublier.
Nos Provinces connaissent-elles de ces situations conflictuelles ? Si oui, les regardent-elles en face ?
1.2.3. Désuétude.
Il est apparu que, même dans les pays où la tradition chrétienne est forte, une part du discours chrétien est devenue inintelligible. Des termes essentiels du langage de la foi ont perdu toute signification pour nos concitoyens. Dans ses "Lettres de prison", Bonhoeffer disait déjà que des mots comme 'rédemption' ou 'salut' avaient perdu leur sens et qu'il leur fallait renaître "dans la prière et le combat pour la justice".
L'Evangile appelle des expressions nouvelles. De fait, nous Prêcheurs, avons-nous quelque chose de neuf, de différent à dire ? Nos mots renaissent-ils dans la prière, le combat pour la justice et dans la prise de risques ? Cette situation est en tout cas une provocation à inventer de nouvelles voies d'expression du mystère de l'homme et du mystère de Dieu.
II La vérité de l'autre
Nous avons toujours parlé de l'Ordre comme celui de frères, serviteurs de la vérité et mendiants auprès des autres. Ne devrions-nous pas nous reconnaître comme serviteurs des autres et mendiants de la vérité ?
Ce retournement appelle des commentaires. Il faut d'abord clarifier cette relation nouvelle à l'autre (§ 2.1.), la comprendre dans la lumière de l'Evangile (§ 2.2.) et esquisser les grands traits d'une théologie de la mission (§ 2.3.).
2.1. L'autre qui nous précède
Quand nous disons "l'autre", nous visons à la fois des personnes, saisies par ce en quoi elles diffèrent de nous-mêmes - tout homme, fût-ce le plus proche prochain, nous est en ce sens irréductiblement autre - et aussi des sociétés, des cultures, des religions qui ne sont pas nôtres. Cette double dimension de la relation entre les personnes et du rapport avec les dimensions sociales de l'existence humaine restera en arrière-fond du propos que nous tenons ici.
2.1.1. L'enjeu éthique de la rencontre.
Etre humain, c'est fondamentalement être en relation avec d'autres humains. Nous n'allons vers notre pleine humanité que socialement, dans nos relations avec d'autres. De même, nous n'allons vers la vérité de Dieu que par la rencon-tre avec les autres (1Jn 4, 7-21).
L'horizon est d'unir les hommes par des liens plus forts que toutes les divisions de notre humanité fracturée entre nations, classes, cultures, religions. Devenant serviteur de ceux qui sont marginalisés, j'atteste un lien plus solide que les forces de l'exclusion sociale. Si en ma propre vie je détruis ces forces de séparation, alors je suis en marche vers la vérité à laquelle nous aspirons. Voilà en quoi, serviteurs des autres, nous sommes mendiants de la vérité, une vérité qui ne nous vient que dans ce service, en vue d'une humanité tout entière solidaire.
La dimension éthique de la rencontre repose sur ce qui me lie à l'autre, par delà toute division. Affirmer ce lien, c'est dire que les droits de l'autre me précèdent, sans aucun préalable. Ils interpellent ma responsabilité, quel que soit le contexte ou ma façon de comprendre notre relation.
2.1.2. Souffrances et responsabilités.
Au fondement de cette responsabilité envers autrui est notre foi dans l'amour inconditionnel du Père pour chaque homme. Etre croyant, c'est participer à l'amour de Dieu, qui nous rend responsables devant les souffrances de l'autre, même quand nous ne sommes pour rien dans ces souffrances. Jésus s'est manifesté comme Messie en se faisant responsable des souffrances de son peuple : il a conduit sa vie devant celles-ci et sa mort est la conséquence de cette solidarité à laquelle il ne s'est pas dérobé. La vie qu'il a vécue et qu'il annonce appelle tout homme à une telle responsabilité. En ce sens, croire en Jésus (cf. Jn 3,16) n'est pas affirmer une doctrine, c'est reconnaître cet appel à être responsable devant les souffrances de l'autre. Le salut, ou le jugement, ne se joue pas sur la proclamation d'un contenu dogmatique, mais en assumant, ou non, cette responsabilité pour les souffrances des autres (Mt 25,31).
2.1.3. Humanité plurielle.
C'est ainsi que se pose la question de la vérité. Nous ne pouvons tenir la notion d'une vérité prédéterminée et toute bouclée d'avance, dont nous serions les détenteurs et les porteurs vers d'autres qui n'auraient qu'à la recevoir telle que nous la délivrons. Pour autant, la conception opposée d'une vérité que nous recevrions dans un pur surgissement venu d'ailleurs, n'est pas plus recevable.
La vérité émerge de la rencontre dans son contexte. Elle vient en plénitude de cette découverte de l'autre en sa vérité propre. Je dois recevoir de lui avant, si cela est possible, d'aller avec lui vers "la vérité tout entière", vers laquelle nous avons la promesse d'être conduits par le Paraclet (Jn 16,13). Cette recherche de la vérité ne dispense pas chacun d'un travail passionné et parfois douloureux.
Un fondement théologique et spirituel de cette attitude fut donné, avec concision et force, par le fr. Pierre Claverie, dans un texte publié en janvier 1996, six mois avant sa mort.
"Il n'y a d'humanité que plurielle. Dès que nous prétendons - dans l'Eglise catholique, nous en avons la triste expérience au cours de notre histoire - posséder la vérité ou parler au nom de l'humanité, nous tombons dans le totalitarisme et dans l'exclusion. Nul ne possède la vérité, chacun la recher-che. Il y a certainement des vérités objectives, mais qui nous dépassent tous et auxquelles on ne peut accéder que dans un long cheminement et en recomposant peu à peu cette vérité-là, en glanant, dans les autres cultures, dans les autres types d'humanité, ce que les autres aussi ont acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.
Je suis croyant, je crois qu'il y a un Dieu, mais je n'ai pas la prétention de posséder ce Dieu-là, ni par le Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu. On ne possède pas la vérité et j'ai besoin de la vérité des autres. C'est l'expérience que je fais aujourd'hui avec des milliers d'Algériens dans le partage d'une existence et des questions que nous nous posons tous."
2.2. L'Evangile est pour le monde
Nous avons appris à penser que l'unique médiation du Christ n'implique pas nécessairement pour tout homme l'unique médiation de son Eglise. Autrement dit, si Jésus appartient bien à une histoire, la nôtre, Christ est, lui, la récapitulation de toutes les histoires.
2.2.1. L'Eglise et le Christ.
Quelle est alors la place de l'Eglise? Elle est le lieu où l'Evangile de Jésus Christ est reçu, reconnu, confessé, célébré, vécu. Les chrétiens trouvent là aide, joie, force, et, par le moyen des sacrements, de la vie fraternelle et de la liturgie, ils ont des chemins d'accès auprès du Père. Mais l'Eglise ne peut conserver pour elle ce trésor. Elle est au service de l'Evangile et l'Evangile est pour le monde. Les chrétiens n'ont-ils pas souvent voulu garder le Christ pour eux ? Connaissant Jésus, en qui le Verbe s'est fait chair, ils ont souvent cru détenir la clef du seul chemin vers le Père. Les Eglises ont énoncé et défini tout ce qu'il fallait et tout ce qu'on pouvait dire de Dieu. Ce faisant, elles ont gardé celui-ci pour elles. Or, il fait partie de l'héritage de l'humanité, qui peut le rejoindre par d'autres voies que les nôtres.
2.2.2. Les semences et les arbres.
On semble retrouver ici une conception théologique qui remonte à Justin, celle des "semences du Verbe" qui se trouvent en tout homme. Cette théologie a permis une conception des "préparations évangéliques" que le regard croyant peut discerner en germe dans ce qui se vit de juste sans référence explicite à Jésus Christ.
La remarque d'une Indienne d'Amérique latine fait bouger cette théologie : ce ne sont pas seulement des graines qu'on découvre parfois ailleurs, mais aussi des fleurs, des fruits, des arbres. Nous n'avons pas seulement à reconnaître ce qui pourrait devenir chrétien, mais ce qui s'épanouit selon d'autres virtualités de la vie, individuelle ou collective, que celles qu'a vécu le christianisme.
2.2.3. La priorité pour les souffrants.
La vie même de Jésus et sa parole ne conduisent pas à regarder indifféremment la diversité des situations. Au premier plan se trouvent ces lieux d'humanité où la fraternité que le Père veut pour les hommes est mise à mal. Notre mission nous porte là où des hommes sont exclus et exposés à la violence et à la mort.
Nous n'y sommes pas envoyés de notre propre autorité, mais du fait de la misère des autres : leur souffrance ébranle pour nous l'ordre du monde ; elle nous convoque à bâtir un monde nouveau où l'amour fraternel se fera réalité.
2.3. Au fondement de la mission
2.3.1. La mission et la prophétie de l'autre.
D'abord, faisons ce constat, humblement : l'Ordre existe depuis des siècles, certains de nous y ont vécu des décennies, pourtant nous avons toujours à apprendre ce qu'est la mission. Constat d'insuffisance? Certes, et Paul en avait déjà conscience : "Qui est à la hauteur d'une telle tâche?" (2 Co 2,16). C'est aussi que la mission ne peut être définie une fois pour toutes et que, si elle est relation entre l'Evangile et le monde, elle ne peut que changer quand le monde, et la vision du monde, changent.
La vérité se cherche ensemble et se construit ensemble. Le Prêcheur ne va pas vers l'autre seulement pour proclamer l'Evangile, mais pour reconnaître l'Esprit à l'oeuvre chez celui qu'il rencontre. Le Prêcheur lui-même reçoit l'Evangile dans cette rencontre. Annoncer l'Evangile, c'est aussi le chercher et le révéler, à l'écoute de la prophétie de l'autre, qui se dit par ce que Dieu fait en lui.
La mission dominicaine est de recevoir les provocations du monde d'aujour-d'hui, dans ses fractures comme dans ses capacités de création, comme un lieu où la vérité provoque la réponse qui se forme en nous.
2.3.2. Un fondement trinitaire.
Notre compréhension de la mission a son origine dans la vie de Dieu Trinité. Le Fils et le Saint Esprit sont envoyés pour communiquer l'amour du Père à toute créature. Cette mission renvoie à l'éternelle provenance (processio) du Fils à partir du Père, et du Saint Esprit à partir du Père et du Fils. Comme participation à la mission divine, notre mission n'a d'autre but que de conduire toute la création vers la communion de la vie divine.
Dans le domaine de la création, la mission implique un changement de lieu, une séparation entre celui qui envoie et l'envoyé et, dès lors, une transfor-mation. La mission d'une personne divine, elle, se fait - comme le dit Thomas d'Aquin - sans séparation. Quand Jésus envoie ses disciples, ils doivent s'éloigner de lui et, à leur retour, lui raconter tout ce qu'ils ont fait (Lc 9,10). Mais quand le Fils est envoyé dans le monde par le Père, il reste uni à lui dans tout ce qu'il pense, dit et fait. Si nous vivons dans la mission du Fils, il ne nous envoie pas loin de lui mais nous laisse être en lui et avec lui, là où il est (Jn 17,24).
Cette mission "sans séparation" devient la vocation des croyants grâce à l'Esprit Saint, que le Ressuscité envoie. Les disciples découvrent cette vocation de façon douloureuse, comme le revers de leur expérience du retrait de Jésus dans sa forme terrestre et familière. Le Ressuscité se soustrait à Marie Madeleine, qui le cherche au tombeau vide et qui veut le retenir ; mais il l'envoie à ses frères, porteuse du message de la résurrection : apostolorum apostola. Quand les disciples d'Emmaüs reconnaissent Jésus dans la fraction du pain, il se soustrait à eux, non pas pour se retirer dans une absence, mais pour cette nouvelle présence qu'est la mission dans l'Esprit Saint. Ils apprennent à le reconnaître dans leur coeur brûlant, dans la fraction du pain et l'Eucharistie, dans leurs conversations et leur prédication aux frères et aux soeurs, dans la communion avec ceux qui ont rencontré le Ressuscité, bref : dans la communauté de l'Eglise.
Ainsi se vérifie la parole de Jésus : "Il vaut mieux pour vous que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous; mais si je pars, je vous l'enverrai" (Jn 16,7). Appelés dans l'Esprit Saint, nous devenons un avec Jésus Christ dans sa mission permanente pour le salut de toute la création. La mission, c'est le repos dans le mouvement de Dieu et le mouvement de faire participer toute créature, sa souffrance et sa solitude, au repos de Dieu manifesté dans la compassion du Fils et la proximité de l'Esprit.
III. Une prédication en dialogue
3.1. Les conditions du dialogue
3.1.1. Le don des oreilles.
Un maître mot est ici celui de dialogue. Il convient d'en explorer les dimensions. Pour qu'un dialogue soit vrai, il faut et avoir quelque chose à dire et désirer recevoir quelque chose de l'autre. Les partenaires, placés en situation d'égalité, se tiennent devant la vérité et approfondissent leur propre part de cette vérité. Ils ne se rapprocheront pas forcément l'un de l'autre, mais ils se rapprocheront de Dieu.
Laissons un vieux théologien irlandais résumer cela : "A la Pentecôte, l'Esprit a fait à l'Eglise le don des langues et cela est admirable. Je ne suis pas entière-ment sûr qu'il lui ait fait aussi le don des oreilles...".
3.1.2. Le dialogue impossible.
Pas d'illusion : un tel dialogue n'est pas toujours possible aujourd'hui. Un groupe en survie (par exemple, les Coptes d'Egypte) ne peut être en dialogue avec qui le menace. Lorsque monte le fondamentalisme (aux Philippines, par exemple), les possibilités sont en recul. Parfois, faute d'interlocuteurs, ou parce que nous avons longtemps méprisé l'autre, les voies semblent bouchées : avec les religions traditionnelles d'Afrique, par exemple. Dans d'autres cas encore, l'Eglise n'y semble pas prête (Chine...). Mais tout est possible pour Dieu, même le pardon !...
3.1.3. Au delà du dialogue...
...il y a l'action ensemble, qui peut se déployer sans que le langage l'ait précé-dée. Ainsi un oecuménisme entre catholiques et protestants se vit-il dans de nombreuses actions caritatives ou sociales, se souciant peu des complexités du dialogue des théologiens. Chrétiens et musulmans peuvent aussi se retrouver pour tenir ensemble un centre d'aide pour femmes en difficultés au Pakistan, ou bâtir de concert la mosquée du village 'Paradis' au Bénin, pour prendre deux exemples où nos frères jouent un rôle essentiel.
Le dialogue avec qui est autre que nous est aujourd'hui une exigence. S'y fermer, demeurer dans les enceintes des croyants avec lesquels nous partageons notre foi, serait la mort, pour l'Ordre entier comme pour chaque communauté.
3.2. Le dialogue, une attitude spirituelle
Plutôt que de chercher des règles générales, il convient de parler d'une "attitude dialogale", voire d'une "spiritualité dialogale", d'où le juste dialogue peut émerger. C'est dessiner là comme une attitude fondamentale du Prêcheur, à la racine de la mission d'aujourd'hui. On en propose ici quelques traits :
- a) le dialogue suppose de se mettre au service de l'autre. Il se déploie dans la situation où l'autre peut être un maître pour nous. C'est retourner la posture où l'on pense posséder quelque chose que l'on doit transmettre à qui ne l'a pas ;
- b) comme le dit Mgr Kenneth Cragg : "Notre premier devoir quand nous approchons un autre peuple, une autre culture, une autre religion, c'est de retirer nos chaussures de nos pieds. Car le lieu dont nous approchons est saint. Sinon nous risquons de fouler aux pieds les trésors d'autres hommes. Plus profon-dément, nous ne pouvons oublier que Dieu est là, avant que nous soyons arrivés". L'Evangile nous le demandait déjà : "Quand vous entrez dans une maison, dites Shalom" (Lc 10,5) ;
- c) là où c'est possible, une amitié ou bien une sympathie pour une autre culture (ou pour des figures nouvelles de sa propre culture) peut naître du dialogue et fonder celui-ci sur un socle de commune humanité ;
- d) la réciprocité n'est pas une condition du dialogue. Si celui-ci n'est pas retourné, ou s'il est refusé, cela ne doit pas dissuader de le chercher encore. Si l'autre se ferme, on peut rester soi-même ouvert et s'efforcer de créer un nouveau contexte pour la relation, une atmosphère plus respirable. A moins que le refus soit clairement signifié. "Dans ce cas votre paix reviendra sur vous..." (Lc 10,6) ;
- e) il est, en revanche, essentiel de se préparer à être transformé par l'autre, "altéré" c'est-à-dire : fait autre. Les brèches que nous ouvrons dans les murailles sont à double sens et nous sommes prêts à recevoir ce qui, de l'autre, passera vers nous. Il s'agit de partir de chez soi, aller ailleurs, et revenir vers soi, transformé ;
- f) là est peut-être le paradoxe final de l'attitude du prêcheur d'aujourd'hui : être pleinement ouvert et, en même temps, vouloir fermement attester ce que nous tenons de vérité ; se mettre sans réserves à l'écoute de l'autre, tout en lui manifestant que nous avons quelque chose à lui dire. Croire qu'on n'a pas le dernier mot sur Dieu, sans perdre sa propre foi et sans se perdre...
Alors le dialogue pourra devenir une forme de la prédication de ce temps.
3.3. Les risques du dialogue
3.3.1. Le risque, une valeur dominicaine.
Entrer dans l'attitude ainsi évoquée conduit à prendre des risques : saint Dominique avait déjà pris les siens. C'est d'ailleurs là, sans monopole aucun, une forte valeur dominicaine. Risque de sortir des espaces connus et clos ; risque d'écouter l'autre et d'entrer dans des aventures dont on ne sait où elles conduisent. Certains de nos frères et de nos soeurs risquent aujourd'hui leur vie même. Ils tiennent, dans la région des Grands Lacs, dans le Chiapas, dans le centre du Brésil et dans d'autres terres de violence. Certains s'exposent dans des lieux de détresses insurmontables. Ce ne sont pas de tels lieux qui man-quent et cela pourrait être rappelé à ceux qui ne trouvent pas leur voie dans l'Ordre. "Si quelqu'un s'ennuie, le Pakistan est un bon lieu pour en guérir", dit le fr. Chrys McVey.
L'éveil à cette dimension constitutive de l'existence dominicaine est-il partout assuré dans la formation initiale des frères?
3.3.2. Les risques de l'amour.
Selon le fr. Herbert McCabe : "Si tu n'aimes pas, tu es mort ; si tu aimes, tu es tué". La vie et la mort de Jésus, la vie et la mort de notre frère Pierre Claverie, l'attestent. Le salut vient de l'amour. Aimer, c'est accepter d'être vulnérable et d'être blessé. On connaît l'histoire de l'homme qui meurt et veut entrer au ciel. L'ange de la porte lui dit : "Où sont tes blessures ? - Mes blessures ?, répond-il. Je n'ai aucune blessure". Et l'ange, le regardant tristement : "N'y avait-il donc rien qui méritait que tu te battes ?".
Même sans violence physique, habiter deux cultures est aussi un risque ; or c'est une exigence du dialogue tel que nous l'avons dit. Il s'agit d'être pleinement de la culture forgée par la tradition de l'Eglise et de l'Ordre et d'être pleinement ailleurs. Saint Dominique a vécu cela : il se tenait in medio ecclesiae et aussi par delà les frontières. Ce chanoine était hanté par le désir d'être auprès des Cumans.
Notre capacité à prendre des risques signifiera parfois des incompréhensions, voire des tensions, au sein même de l'Eglise. Au chapitre général de Rome, il fut rendu hommage aux frères Schillebeeckx, Congar et Chenu pour avoir été fidè-les à la foi et à l'Eglise "malgré les difficultés". L'enjeu pour le frère prêcheur est de prendre au sérieux des questions nouvelles au nom de sa fidélité à la mission confiée par Jésus à son Eglise. Il devra parfois explorer des voies théologiques nouvelles et penser en chrétien ce qui n'a pas été pensé encore.
IV. Perspectives dominicaines
4.1. Le temps de sortir
4.1.1. L'Ordre et l'Eglise.
Des missions d'Eglise nous sont confiées et une partie d'entre nous les assument et les assumeront, dans un esprit authentiquement dominicain. Nous savons aussi que la plupart de nos couvents ont constitué autour d'eux des commu-nautés de chrétiens : auprès d'eux doit être assuré le service de la Parole.
Pour autant, toutes les tâches de l'Eglise ne doivent pas nécessairement être nôtres. "Faire ce que tout le monde fait, cela n'est pas dominicain", dit le fr. Edward Schillebeeckx. Sans présomption, il s'agit de faire ce que d'autres ne font pas. Nous ne saurions oublier en effet que nous sommes envoyés à ceux qui vivent hors des limites visibles de l'Eglise. L'Ordre est sans cesse appelé à déplacer ainsi le centre de gravité de sa mission et à veiller à ce que celle-ci, collectivement, ne soit pas absorbée uniquement par les milieux chrétiens.
4.1.2. Un ordre en mouvement.
C'est donc le temps de sortir, d'aller dehors. Car entrer dans une culture, rece-voir la prophétie de l'autre, c'est sortir de chez soi et de soi. Bien sûr, ce n'est pas seulement une question de nombre : il ne s'agit pas de calculer le nombre des frères qui sont dehors ou qui sont dedans, ni la part en chacun de nous qui est tournée vers le dehors : il se pourrait qu'un critère quantitatif ait néanmoins quelque pertinence.
Etre dominicain, c'est être en mouvement et non dans la stabilité d'un ordo, ou plutôt : nous sommes un ordre ordonné au mouvement. Sommes-nous des frères assurés et stables, ou bien mouvants ? Mobilités géographiques, vers d'autres terres ; sociales, vers des fractions de nos propres mondes qui ne nous sont pas le plus accessibles ; intellectuelles aussi, car nos vieilles théologies et ecclésio-logies ne nous équipent pas assez face à de nouveaux défis. Sans audace intellectuelle, nous n'en sortirons pas.
4.1.3. Au delà d'Avila.
Ne serait-il pas temps de pousser plus loin les avancées du chapitre général d'Avila ? Celui-ci a désigné des frontières pour l'Ordre (ce fut parfois interprété de façon statique : "Tel frère est, ou n'est pas, aux frontières" ; or, il s'agissait d'un dynamisme). Mais sommes-nous appelés à nous tenir aux frontières, ou bien à les franchir, à passer au delà ? Toute frontière est faite pour être franchie, elle est passage - le même mot que Pâques !
4.2. Où porter la parole ?
4.2.1. Les religions et les cultures.
On parle souvent du dialogue interreligieux : certains de nos frères y sont résolument engagés et c'est là une tâche vraie de la mission d'aujourd'hui. L'expérience montre que ce dialogue est avant tout une rencontre entre des croyants avant de l'être entre des religions ; entre des sujets et non entre des systèmes.
Mais le dialogue ne peut s'en tenir là. Il mérite d'être entrepris avec tout homme qui nous est différent, même si nous ne partageons pas le socle commun de quelque appartenance religieuse. De chacun, je peux recevoir une part de vérité sur ce qu'est être un homme. Charles Péguy parlait d'un de ses amis comme "un athée ruisselant de la Parole de Dieu".
Cette rencontre d'autres mondes peut se faire hors de chez soi, ou parmi les étrangers qui sont dans nos propres pays, ou aussi dans des formes de culture qui émergent au sein même des nôtres (Internet, culture des jeunes, acteurs de l'économie, chercheurs, travailleurs sociaux, artistes...).
4.2.2. Fractures et réconciliation.
Il faut ici revenir aux "lignes de fracture". En de tels lieux (géographiques, sociaux, culturels, religieux...), la communion entre les hommes est défaite. La tâche n'est-elle pas de porter la réconciliation en Christ là où le monde est brisé? La "parole de réconciliation" est une forte dimension de notre prédication. Et quand nulle parole n'est possible, se tenir là peut être par soi seul un message. Divers témoignages montrent l'importance de seulement "être là".
On peut ici encore évoquer le fr. Pierre Claverie, à propos de l'Algérie. Cinq semaines avant sa mort, il prêchait à Prouilhe :
"Nous sommes là comme au chevet d'un ami, d'un frère malade, en silence, en lui serrant la main, en lui épongeant le front. A cause de Jésus parce que c'est lui qui souffre là, dans cette violence qui n'épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d'innocents. Comme Marie sa mère, et saint Jean, nous sommes là, au pied de la croix où Jésus meurt, abandonné des siens et raillé par la foule. N'est-il pas essentiel pour le chrétien d'être présent dans les lieux de souffrance, dans les lieux de déréliction, d'abandon ? Où serait l'Eglise de Jésus Christ, elle-même Corps du Christ, si elle n'était pas là d'abord ? Je crois qu'elle meurt de n'être pas assez proche de son Seigneur."
4.3. Une stupéfiante liberté
Les défis qui nous sont lancés sont nouveaux, mais nous y ferons face avec les vieilles ressources de l'Ordre. Comment puisons-nous en elles la force d'être libres pour notre mission ? Nous en avons les moyens : ce serait pécher contre l'Esprit que de ne pas faire face.
4.3.1. Libertés pour la mission.
Nous sommes voués à la mission de l'Ordre. C'est là le sens du voeu d'obéissan-ce fait au Maître de l'Ordre. Il nous arrive de l'oublier. Ne serait-il pas bon de nous le rappeler plus souvent à nous-mêmes et à nos frères ?
On a décrit saint Dominique comme un homme d'une stupéfiante liberté. Qu'y avait-il donc en lui qui saisissait ses contemporains de stupeur et qui nous bouleverse toujours aujourd'hui ? Ne serait-ce pas, justement, cette liberté que tout à la fois nous admirons et que nous redoutons ? Nous nous émerveillons de l'audace de notre fondateur, mais il se pourrait bien que, en fait, nous soyons du côté de ses frères qui en appelaient à la prudence face à son impétuosité.
Mettre en jeu une telle liberté aujourd'hui veut dire :
- d'une part, acquérir la liberté intérieure. La pauvreté est ici une condition : si nous n'avons rien, nous n'avons rien à protéger ou à défendre. Connaissons-nous le dénuement qui rend libre ? C'est aussi l'absence de pouvoir : qui en est dépourvu n'a rien à protéger. C'est encore la liberté du frère itinérant, désencombré de toute lourdeur ;
- d'autre part, rester libres envers les institutions, surtout les nôtres. Le christianisme est un grand créateur d'institutions. Celles-ci peuvent nous ligoter. S'il n'y a pas ici de règle générale, tant sont diverses les situations de l'Ordre, nous pouvons néanmoins nous interroger sur ce que suscite le service des communautés chrétiennes : celles-ci ne sont-elles pas parfois un écran autour des couvents, qui ne permettrait pas aux frères de gagner aussi d'autres horizons ?
4.3.2. Hors des entraves.
L'impression vient que quelques-uns de nous sont enchaînés à des lieux, des institutions, des contrats, des champs de travail. Ne serait-il pas temps d'entreprendre dans les communautés et pour chaque frère une évaluation prudentielle et sans complaisance de leurs engagements actuels et, le cas échéant, de sacrifier avec générosité ceux qui, si bons soient-ils, entravent la liberté de relancer l'apostolat de nos provinces et de nos couvents ?
Quand Abram fut appelé à partir, il ne faisait rien de mal : il vivait dans son pays, comme chacun. Mais c'est ailleurs qu'il était convoqué par Dieu.
La question est ainsi lancée à chaque frère et à chaque communauté: de quoi nous faut-il nous libérer ? par quels moyens nous rendre plus disponibles pour la mission ?
4.3.3. Un dernier mot : la folie.
"Qui n'entend pas la musique croit que les danseurs sont fous". Quand dépé-rissent les formes d'une vieille culture, la culture nouvelle est toujours créée par des poignées de gens qui n'ont pas peur de perdre leurs repères et de prendre des risques. Les autres les croient présomptueux et fous.
Les gens pensaient que Jésus "avait perdu la tête" (Mc 3,21) tant ses comporte-ments étaient loin de la norme, excentriques. Si nous avons à être "pleinement quelque part et pleinement ailleurs", il nous faut peut-être nous trouver plus hors des normes, loin des convenances et des calmes équilibres. Que faisons-nous qui laisse penser à d'autres que nous avons perdu la tête ?
Si nous vivons ce que nous prêchons, si notre vie est en vérité un service de l'Evangile qui nous pousse sur les routes au delà des frontières, alors quelque brin de folie évangélique, joyeusement, nous habitera".
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