C h a p i t r e   G é n é r a l B o l o g n e   '9 8
Ordre des Prêcheurs

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14 juillet 1998

Frère Michel Van Aerde (Toulouse)

 

INTRODUCTION :

 

Inquiet, Louis XVI demande à La Fayette : " C'est une révolte ? " " Non, sire, c'est une révolution ! ".

" That's the question ! " : ce chapitre général, une révolte ou une révolution ?

J'appelle " révolte " un mouvement d'humeur, un grand rassemblement qui reste vélléitaire, immature, une espérance avortée.

J'appelle " révolution ", un acte qui transforme la réalité, une véritable conversion ! D'ailleurs en grec " Anastasis ", " résurrection " et " révolution ", c'est le même mot !

 

Frères, " citoyens ! ", je vous invite donc à passer de la révolte à la révolution ! Dans ce chapitre général, je vous invite à passer des textes exhortatifs au changement effectif de la réalité. Nous n'irons pas au prochain chapitre général, c'est trop cher, trop long et c'est du vent si l'on ne parvient pas ici à de véritables décisions.

 

Les sujets dont nous allons débattre aujourd'hui sont " la famille dominicaine " et la " maturité affective ". Ils peuvent être liés car la maturité affective se mesure dans la relation au différent, la femme et le laïc. A propos de la famille dominicaine, nous sommes tous d'accord. Un texte de plus serait une pollution mentale.

 

Nous savons que les frères n'ont pas le monopole du charisme dominicain et que l'Ordre ne travaille vraiment bien que là où la famille dominicaine entre en synergie. Il est en ainsi dans toutes les communautés nouvelles, en extension. Finis les discours, passons aux actes.

 

Qu'il n'y ait plus la noblesse, le clergé, le tiers état : les frères, les moniales, les laïcs ! Le 4 août abolissons les privilèges ! Il n'y a qu'un seul Ordre, l'Ordre des Prêcheurs et, comme le disait le frère Alberto, c'est ensemble que nous devons travailler comme à Prouilhe, aux premiers temps.

 

J'ai des propositions, je les ferai dans l'Assemblée afin de ne pas profiter maintenant du pouvoir d'être le seul à parler.

 

" De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace " et l'Ordre des prêcheurs correspondra enfin à sa véritable vocation !

 

 

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Lectures : Isaïe 7,1-9 ; Mt 11, 20-24

HOMELIE :

 

Nous l'avons entendu : Jésus n'a pas lu Guillaume d'Occam. Il n'est pas nominaliste, encore moins néo-libéral. Il ne s'adresse pas aux individus isolément. Il considère les villes, l'organisation publique, les Etats.

Il leur demande aux cités, aux institutions politiques, aux pays, de se convertir radicalement.

 

Comment ? Le frère Antoine Lion le disait : en finir avec le racisme et l'extrême droite en Europe, avec la violence au Chiapas, avec les querelles tribales, la " purification ethnique", l'exclusion économique de peuples entiers.

 

La conversion ne peut rester individuelle, elle doit s'incarner politiquement dans le corps social.

 

Elle nous concerne aujourd'hui précisément, en tant que provinciaux, en tant que Chapitre Général, en tant qu'Ordre institutionnalisé.

 

J'en ai parlé dans mon introduction, j'aimerais maintenant développer un second point de l'Evangile, celui de l'échec. Dans sa prédication, Jésus se heurte au refus.

 

 

 

St Dominique priait pour les pécheurs, il passait ses nuits en prière pour intercéder. Jésus, lui, vit le refus. Son expérience humaine et spirituelle est plus radicale encore.

Si je suis chrétien, si Jésus est mon maître, c'est tout spécialement dans sa manière souveraine de vivre l'échec.

Jésus pleure sur Jérusalem. Il est conscient de l'immensité du gâchis. Il voit que les villes du lac, Bethsaïde, Corazine et Capharnaüm s'enfoncent dans une logique de mort. Puisqu'il est la source de notre liberté, il n'a pas de solution miracle devant notre refus. Aucun garde fou, aucune police spirituelle, aucune " Sainte Inquisition ".

Le jeune homme riche avait " la vocation ", Jésus le laisse s'en aller. Il ne le retient pas. Les villes ont connu sa prédication, elles sont libres de se convertir ou non. Il n'insiste pas. Il est un moment où le prêcheur se tait.

 

Notre société ne connaît que le succès, elle méprise, refoule, oublie tous les perdants. Jésus, lui, nous enseigne à vivre avec maturité dans l'adversité, sans douter, sans remettre en cause les méthodes, sans prétendre que tout dépend de nous. Il faut renoncer à la culpabilité de la mégalomanie. La conversion de l'autre dépend avant tout de lui. La parole que nous avons prononcée ne nous appartient plus.

 

Je vous pose donc la question, non pas de l'ampleur de vos succès, les sectes en ont aussi, mais celle de la qualité de vos échecs. " Réjouissez-vous quand tout le monde dit du mal de vous, vos noms sont inscrits dans le Livre de la Vie ".

 

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