C h a p i t r e   G é n é r a l B o l o g n e   '9 8
Ordre des Prêcheurs
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 Gouvernement et collaboration

La collaboration dans l'Ordre en Amérique Latine et aux Caraïbes

 

I Introduction

Depuis 30 ans, l'Ordre, en Amérique Latine, réalise consciemment différentes activités et projets de coopération et de collaboration régionales, dans le cadre d'un processus continu, parfois difficile et mouvementé mais ferme et irréversible, proche de la réalité et des conditions sociales et ecclésiales. L'attitude de compréhension et d'encouragement des différents Maîtres de l'Ordre, comme de ses socius pour la région concernée, ont joué un rôle fondamental pour celui-ci (le processus).

II La signification des termes "coopération" et "collaboration"

Même si dans le langage ordinaire, on utilise comme synonyme les mots de "coopération" et de "collaboration", il existe une différence sémantique substantielle entre les deux qui a des répercussions importantes pour notre style de vie et notre forme de gouvernement. Nominalement, l'expression "coopération" signifie simplement "oeuvrer ensemble avec d'autres personnes pour un but". Ce mot a donc davantage le sens d'aider, d'apporter, de contribuer à ce que les autres réalisent pour la pleine réussite d'une entreprise. La "collaboration", par contre, signifie "travailler avec d'autres à une même tâche". Ce mot implique le fait de projeter, de décider et d'exécuter ensemble une même entreprise. Il est synonyme de s'allier ou de s'associer avec d'autres pour réaliser, en union, une même mission. Même si nos Constitutions parlent de ces deux formes d'appui pour se référer à ces différentes situations (LCO, Chapitre XIV, art. VII, n° 390-395), nous préférons parler plutôt de "collaboration". Comme communauté universelle de frères, que travaillent ensemble à une même mission, la collaboration est quelque chose de fondamental dans notre Ordre. C'est d'aussi que jaillit notre spiritualité dominicaine et c'est un des défis et un des buts à poursuivre les plus importants que nous donne le monde de la culture post-moderne.

III De l'isolement à la collaboration

En 1973 a jailli, à Bogota, la Conférence Interprovinciale de l'Amérique Latine (CIDAL) à la fois par la fusion de deux organisations régionales qui avaient émergé après le Concile, et par la disponibilité de nos Supérieurs Majeurs de mettre en pratique les Constitutions de 1968. Ce fut alors le Maître de l'Ordre, fr. Aniceto Fernández qui les associa l'une à l'autre, pour mettre les bases à une meilleure coopération et collaboration dans la région en tenant compte de l'esprit et des orientations du Concile Eucuménique Vatican II et des nouvelles Constitutions.

Ce fut le Maître de l'Ordre, fr. Vincent de Couesnongle qui obligea tous les Supérieurs Majeurs et les Définiteurs du sous-continent à se rassembler, en 1977 à Amecameca, à Mexico, pour la célébration de la IVe Assemblée du CIDAL. En vue de leur participation au Chapitre Général de Quezon City, il parvint ainsi à applanir et surpasser les différences naturelles et parfois accompagnée de forte animosité que créaient les différentes réceptions, dans l'Ordre, du Concile Oecuménique et des conclusions de la deuxième conférence épiscopale de l'Amérique latine. Dès alors, le CIDAL a été célébré régulièrement tous les trois ans, partant d'une attitude de méconnaissance, d'isolement et même de méfiance et d'apparente irréductibilité des positions, provoquées entre autres choses par la situation du sous-continent et les répercussions de ces deux événements dans la société et dans l'Eglise, pour avancer vers une attitude de compréhension, de disposition au dialogue et de recherche de communion. A partir d'une réalité de fractionnement, même si, grâce à Dieu, il ne s'agit pas d'une division, vers une réalité de collaboration qui promet un meilleur avenir pour l'Ordre en Amérique Latine.

Nous ne devons pas oublier que même si l'Amérique Latine est considérée du dehors comme une unité géo-politique, elle est cependant une énorme mosaïque d'histoires, de cultures, d'identités et de réalités politiques. Même si l'Ordre eut aussi, en général, une origine historique similaire, les réalités des Provinces mères l'influencèrent de manière différente dans sa configuration interne. Il y avait donc entre les Dominicains d'Amérique Latine des différences très marquées parfois de nationalité, de mentalité, de génération et de formes de comprendre et de vivre le carisme dominicain.

Par un regard rétrospectif, la réalisation ponctuelle, tous les trois ans, des Assemblées du CIDAL, cela apparaît comme un catalisateur opportun et convenable de toute cette richesse, propulsée aussi par le carisme missionnaire du fr. Damián Byrne et de ses Socius pour l'Amérique Latine. Toutes les assemblées ont eu comme axe un thème central et brûlant, en tenant compte des réalités religieuses et sociales du sous-continent, confrontées avec les orientations générales de l'Ordre, de la Conférence épiscopale latino-américaine et des documents des Conférences des Religieux. Ces discussions servirent pour entrer dans le sujet principal : la mission de l'Ordre dans un sous-continent dépendant politiquement et économiquement du grand capital, dans des sociétés stratifiées sur la base de privilèges toujours plus grands pour un minorité, et d'une marginalisation et d'une exclusion des grandes majorités.

IV Les activités promotrices du CIDAL

Avec patience et avec des efforts, des rencontres de Supérieurs Majeurs au niveau national, zônal et régional furent organisées progressivement; rencontres de frères qui travaillent dans le même domaine: régents d'études, formateurs, directeurs de collèges, aumôniers universitaires, paroisses, etc. On y insista sur le thème de la Justice et de la Paix, en créant des promoteurs de zône et en organisant des ateliers et des séminaires. A la fin du CIDAL de Caracas (1980), une équipe de réflexion théologique fut aussi crée. On promut aussi l'organisation de Rencontres des Historiens de l'Ordre en Amérique Latine et aux Caraïbes, de cours sur l'Eglise et les réalités du sous-continent et la création postérieur d'un Institut d'Etudes Supérieures que permettra aux membres de la famille dominicaine de se former à l'interdisciplinarité entre la théologie et les réalités de l'Amérique Latine. La Revue CIDAL et les Dossiers reliées·.

Plusieurs entités de l'Ordre en Amérique Latine et aux Caraïbes commencèrent pour leur propre compte diverses activités de collaboration avec d'autres entités sourtout dans le domaine de la formation et de l'apostolat.

Les colloques théologiques ont déjà une longue trajectoire dans l'histoire de l'Ordre en Amérique latine. Le VIe congrès international des Historiens de l'Ordre est prévue pour le mois de septembre prochain et est organisé à San Juan de Puerto Rico.

La collaboration actuelle dans l'Ordre en Amérique latine est le fruit de toutes ces années d'efforts et de conscientisation collective. C'est au sein même du CIDAL que la politique d'intégration de l'Ordre dans nos différents pays et son incarnation progressive dans nos différentes réalité ont été accueillies, discutées et promues pour parvenir à la formation de quelques Vice-Provinces et Provinces plus fortes et robustes qui puissent mieux répondre aux divers défis apostoliques et à leurs besoins de promotion vocationnelle, de formation et de gouvernement. Ici aussi, on a accueilli et promut les initiatives communes de collaboration comme par exemple le noviciat de Trinidad-Tobago pour les entités des Caraïbes, le cours de Cusco, au Pérou, sur les Eglises et les réalités latino-américaines, la formation institutionnelle en commun avec la Province de Saint-Jean-Baptiste et le Vicariat de Sainte Rose de la Province d'Espagne au Pérou et l'Institut Pedro de Córdoba. L'élaboration d'une seule Ratio Formationis Particularis et d'une seule Ratio Estudiorum Regionalis dans le cône Sud mérite une mention spéciale rédigée par les Régents d'Etudes et acceptée en principe par toutes les entités de la zône.

V Nouvelles propositions de collaboration

Dernièrement les institutions d'Amérique Latine représentées au CIDAL ont envisagé les projets suivants de collaboration :

a) Intensifier, consolider et amplifier les projets actuels dans les différents domaines : gouvernement, formation, études, économie ...
b) Le domaine de la recherche et de la réflexion théologique vécues au niveau interdisciplinaire.
c) Le dialogue inter-religieux et inter-culturel, avec les grands défis de l'inculturation de l'Evangile, la théologie indienne, les autonomies de ses peuples et les droits des collectivités.
d) La Justice et la Paix orientées dans le sens des droits de l'homme et de la dignité de la personne.
e) La défense de la vie et de l'écologie.
f) La communication humaine à travers les moyens contemporains de communication.
g) La présence spécialisée et coordonnée des frères dans les organismes et les instances de décision économique, politique et culturelle.

VI. - Notre esprit de collaboration

Il est indispensable qu'au cours de ce Chapitre nous continuons à planifier et à concrétiser la collaboration dans l'Ordre aux différents niveaux.

Toutes ces actions ont été progressivement accomplies en tenant plus ou moins compte des critères de collaboration décrits par le Chapitre Général de Caleruega : critères évangéliques de communion fraternelle, apostoliques et d'organisation (ACG, Caleruega, 19975, 71).

Conclusion

Il semble que l'Ordre ait perdu ces dernières années une bonne part de sa mobilité et de sa capacité à répondre aux projets communs. Il suffit de penser aux difficultés de collaboration éprouvées pour la formation d'équipes à destination des lieux choisis spécialement par le Maître de l'Ordre.

Nous croyons que le Chapitre de Bologne doit faire une analyse objective aussi bien des réussites que des difficultés dans la collaboration.

Peut-être ces difficultés sont-elles dues entre autres aux raisons suivantes :

1. Le manque de formation communautaire pour travailler en équipe.
2. Le manque de formation pour la disponibilité dans la collaboration.
3. Le fait de se limiter à son propre horizon.
4. Un style démocratique qui se contente de délibérer, en traitant de petites affaires, avec le souhait de ne rien changer sur le fond.
5. Le confort dans notre vie et dans notre mission.
6. Le manque de clarté dans nos projets.

Nous croyons que le Chapitre de Bologne doit ordonner aux entités de se former à cet esprit de collaboration et de disposer d'un certain nombre de frères en formation qui se préparent petit à petit pour collaborer au-delà des leurs frontières.

Nous croyons que le Chapitre doit ordonner aux Chapitres Provinciaux que dans la planification d'un projet de vie commune et de mission soit insérée la collaboration dans des projets continentaux ou de l'Ordre en général en veillant à la compétence et à l'envoi de frères pour de tels projets.

Nous croyons qu'il est nécessaire de définir avec clarté des projets communs, au moins un par continent, pour parvenir concrètement à la création d'équipes de travail.

En Amérique Latine, par exemple, il est urgent de renforcer et d'assurer notre présence actuelle sur les territoires de mission au Mexique, Guatemala et Pérou. Il est aussi urgent de répondre au défi d'une nouvelle évangélisation de Cuba. Nous avons également à renforcer à nous tous en union avec la Famille Dominicaine l'Institut Pedro de Cordoba au Chili.
 

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