Préface Auguri

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Des artistes contemporains pour célébrer le huit-centième anniversaire de l’Ordre des Prêcheurs, en ce lieu vénérable de Sainte Sabine qui fut donné à Dominique aux temps des commencements ! En leur exprimant ici ma très grande reconnaissance d’avoir accepté cette invitation, je veux aussi les remercier de nous aider, par leurs œuvres, à accueillir les visiteurs dans cette maison de la prédication.

La tradition et la règle des Frères prêcheurs les invitent à savoir « reconnaître l’Esprit agissant au milieu du Peuple de Dieu et discerner les trésors cachés sous les diverses formes de la culture humaine, par lesquelles la nature de l’homme est pleinement manifestée et qui ouvrent des voies nouvelles à la vérité » (LCO 99 § II). Cette exposition du Jubilé s’inscrit dans ce désir de recherche, avec d’autres, et spécialement en dialogue avec la création artistique, de ces chemins nouveaux « ad veritatem ».

Au long de son histoire, l’Ordre a manifesté un lien très fort avec la création artistique. Qu’on pense à des œuvres fameuses comme La dernière Cène à Milan, ou à la chapelle du Plateau d’Assy. Qu’on évoque l’œuvre magistrale de Fra Angelico, ou celle de Kim en Jong, qui est présent dans cette exposition à travers des vitraux dans le cloître. Qu’on pense aux frères du siècle passé dans l’aventure de l’Art sacré, ou à ceux du « nouveau monde » lorsqu’ils ont constitué un patrimoine artistique tellement foisonnant en dialogue avec les cultures qu’ils découvraient. Mais qu’on pense aussi aux poètes et aux sculpteurs, aux écrivains et aux musiciens que l’Ordre a soutenu dans le déploiement de leur don et de leur art – même si ce ne fut pas toujours immédiat ni facile ! Oui, l’Ordre a un lien avec l’art qui lui est quasi vital, probablement parce qu’il a un lien vital avec la recherche des chemins vers la vérité.

Mais ce lien vital n’est pas un « titre de gloire » pour l’Ordre ! il me semble plutôt qu’il doit être un rappel de la nécessaire humilité de toute quête de la vérité. Les œuvres qui sont ici présentées, par la fulgurance de leurs intuitions, l’acuité des questions qu’elles invitent à poser, et la mystérieuse harmonie qu’elles établissent entre elles et avec le lieu qu’elles habitent, indiquent combien les chemins de l’art conduisent l’humain au plus authentique de lui-même. En ce lieu où s’éprouve un désir de sagesse et d’harmonie irréductible à la seule quête rationnelle de la vérité. Un lieu où l’humain apprend à scruter le passage de l’Esprit, comme un « fin murmure d’une brise légère ».

Une maison de la prédication n’est pas d’abord une maison où l’on parle à propos de Dieu. Elle voudrait être plutôt une maison où l’on apprend à se taire pour guetter ce « passage », écouter une Parole adressée à l’humanité, qui invite à entrer en conversation avec elle sans qu’on puisse jamais en épuiser le mystère. Durant toutes ces semaines à Sainte Sabine, ces œuvres d’art rappelleront, au cœur de la prédication, l’exigence de cette recherche en dialogue de nouvelles voies vers la vérité. Bien au-delà de tout « message » que l’artiste serait supposé vouloir transmettre, comme bien au-delà de ce que le prêcheur voudrait exprimer de la Parole de Dieu, la vérité nous rend libres à la mesure où nous accueillons son mystère.

Fr Bruno Cadoré OP
Maître de l’Ordre des Prêcheurs