je voudrais vous rappeler les éléments essentiels que nous avons dégagés au cours de cette brève histoire. En premier les éléments que nous révèle l’histoire et en second ce que nous pourrions faire pour redonner plus de goût au Rosaire, s’il en est besoin.
Premièrement, nous avons observé que Rosaire est issu d’une histoire riche qui est celle de toute l’Eglise. Il est donc difficile de lui dresser un portrait net et figé. Au contraire, son visage est complexe et surtout il est vivant. Cela signifie que sous l’appellation « Rosaire » se trouvent plusieurs réalités qui sont les suivantes : - Le Rosaire issu de la tradition de prière de l’AVE MARIA – la prière des pénitents, qui est répété comme une litanie, tout comme font les orthodoxes avec la Prière à Jésus. C’est le « Rosaire-Chapelet » dirait-on aujourd’hui. Et loin d’être méprisable cette tradition est vénérable parce qu’elle est la première tradition de prière mariale et que sa fécondité spirituelle demeure. C’est la prière du danger, la prière du pénitent, la prière de la nuit en attendant que se lève le jour. - Le Rosaire issu de la tradition de la méditation de la Vie de Jésus, qui a donné la méditation des Mystères. Cette tradition est celle qui est mise en valeur dans les Equipes du Rosaire, où il s’agit de « lire l’Evangile avec Marie ». De fait cette manière d’appréhender le Rosaire nous met en contact avec les Ecritures, nous incite à nous laisser transformer par elles et à en devenir porteur à notre tour. Il y a de ce point du vue une très ancienne fibre catéchétique dans le Rosaire. - Le Rosaire issu de la tradition liturgique de l’Eglise, qui est l’écho du Psautier de Notre Dame, lui-même écho de la liturgie des heures de l’Eglise, à la suite du Peuple d’Israël. C’est le Rosaire des Confréries qui se réunit à l’heure des Vêpres, par exemple, par ce qu’il fait office de liturgie. De ce fait, il a nécessairement lieu dans une chapelle ou une Eglise. Il est, lui aussi, le « Rosaire-chapelet », mais avec la notion de groupe de prière car l’office liturgique n’est pas une œuvre personnelle mais œuvre de toute l’Eglise, toute la communauté. o Je voudrais rappeler à ce sujet ce que disais Léon XIII dans son Encyclique Augustissimae Virginis de 1897 : « De même que les prêtres, par la récitation de l’office divin, adressent à Dieu des supplications publiques et permanentes, partant très efficaces, de même la prière que font les associés en récitant le Rosaire ou le « Psautier de la Vierge », comme l’ont appelé plusieurs Pontifes Romains, est, en quelque sorte publique, permanente et commune ».
En second lieu et ce sera le mot de la fin, quelles sont les pistes à explorer pour revivifier notre bon vieux Rosaire ? J’en méditerais sept :
1. Peut-être d’abord en réarticulant convenablement les trois traditions qui le composent sans en rejeter aucune : intercession, méditation et célébration.
2. En réaffirmant sans cesse la valeur et la puissance de la prière, dans la certitude qu’elle est réellement efficace selon le bon vouloir et à la discrétion du Seigneur. Et que de ce fait la prière du Rosaire n’est jamais une activité vaine.
3. La répétition quasi mécanique des prières n’est pas une activité païenne quand le cœur de celui qui les dit est tourné vers le Seigneur. Au contraire, la litanie des AVE est comme l’appel de Bartimée qui crie vers le Seigneur tant que celui-ci ne l’a pas entendu. Cette manière de concevoir le Rosaire nous rend proche de tous les pécheurs et de tous les souffrants. Et elle peut être salutaire pour nous-même quand nous accomplissons notre Pâque.
4. La méditation de la vie de Jésus est de toujours dans l’Eglise, puisqu’elle est au cœur de notre foi en Lui. Cela signifie que nous pouvons puiser dans un immense trésor de commentaires patristiques pour nourrir notre propre méditation des Mystères. Le potentiel catéchétique du Rosaire, pour nous même et à l’égard d’autrui, est certainement à mettre davantage en valeur.
5. D’autre part, on remarquera que la fixation des Mystères du Rosaire s’est faite en même temps que s’est répandu l’usage de l’imprimerie : à l’origine l’illustration des Mystères accompagnait l’activité méditative des confréries. A notre époque où les possibilités médiatiques se sont considérablement développées et où l’image s’est vulgarisée, n’y-a-t-il pas une nouvelle chance à exploiter pour la méditation des Mystères ?
6. La tradition liturgique du Rosaire a été complètement occultée ou oubliée. Pourtant c’est elle qui devait structurer le rituel des anciennes confréries du Rosaire. Tout un travail de redécouverte pourrait être mené dans ce domaine et nous conduire à une pratique renouvelée.
7. Alors que nos églises sont vides, la tradition liturgique du Rosaire pourrait être remise à l’honneur, quitte à ce que la célébration ressemble plus à une veillée qu’à la récitation d’un chapelet. On peut s’inspirer du déroulement d’un office des vêpres ou des lectures, en remplaçant un psaume par une dizaine, par exemple. On peut se réunir de manière régulière mais aussi lors des grandes occasions de la vie de l’Eglise ou même de la vie tout court ou encore de la vie sociale du village ou du quartier auxquels nous appartenons.
Il y aurait certainement encore beaucoup de choses à dire sur le Rosaire. Mais il est bon de terminer maintenant. En espérant que vous aurez appris quelque chose et que l’une ou l’autre idée puisse porter du fruit en vous, nous pouvons nous confier les uns les autres au Seigneur Jésus et à Marie sa Mère. Je vous invite à de dire ensemble la Salutation Angélique : Je vous salue, Marie…

