Couronnement

Subtitle: 
Homélie prononcée par le frère Benoît Ente, le mercredi 15 août 2012 en la fête de l'Assomption
Picture: 
Body: 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc, chapitre 1, versets 39 à 56

Les JO de Londres viennent de se terminer et chacun a pu admirer les exploits sportifs où les médailles récompensent un parcours parfois difficile. Aujourd'hui nous célébrons le couronnement d'un parcours d'un autre ordre. Un parcours où ce ne sont ni les muscles ni les exercices physiques qui comptent, mais la foi, l'espérance et l'Amour. L'Assomption célèbre le couronnement d'une vie qui s'est ouverte à la grâce comme une rose s'ouvre pour répandre son parfum. L’Immaculée Marie mère de Dieu a été élevée corps et âme dans la gloire de Dieu. En ce jour de fête, je vous propose de méditer ensemble sur ce qu'a été la vie terrestre de notre mère du Ciel.

Le temps de la joie

Reprenons l'histoire depuis le début, c'est-à-dire avant la naissance de Jésus. Tout commence par une rencontre intime entre Marie et le Seigneur. Un cœur à cœur, seule avec ce Dieu bon et sauveur en qui elle croit de tout son cœur. Un moment fécond où Dieu lui-même vient la visiter à travers l'ange Gabriel. Marie est déjà remplie de foi, d'amour et d'espérance. Tellement remplie, qu'elle accueille avec docilité, simplement, les paroles de l'Ange. Il lui annonce une naissance prochaine de son Sein virginal. La naissance d'un Roi Sauveur. Et il ajoute « Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. ».

Alors le coeur à coeur avec Dieu évolue en coeur à coeur avec une autre femme. Cette fois, c'est Marie qui joue le rôle de l'ange. C'est elle qui vient en visite. C'est elle qui vient saluer sa cousine. Et là stupeur, elle reçoit une confirmation des paroles de l'ange « d'une voix forte » précise l’Évangile. « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » lui dit Élisabeth. Elle va même jusqu'à appeler « Seigneur » l'enfant de Marie, qui n'est pas encore né ! Dans ce moment d'exaltation, elles comprennent ces deux femmes que, dans le secret de leurs existences cachées et pauvres, dans le bonheur de leur complicité, dans le mystère de l'enfant qui se forme dans le ventre de Marie, Dieu est en train de préparer un monde nouveau sans haine ni violence, sans maladie ni famine. Elles comprennent ces femmes, que les puissances du mal, trop préoccupées par leurs intérêts et leur richesse, sont impuissantes devant ce Dieu qui se fait homme au milieu des petits.

Alors comme un couronnement de leur rencontre, vient le temps du chant. Marie chante son Magnificat, le débordement de joie qui secoue son cœur. Elle chante ce Dieu Sauveur, fidèle et plein d'Amour. Le cantique de Marie est si beau, qu'il est repris chaque soir par des hommes et des femmes du monde entier.

Le temps de l'épreuve

Avançons quelques années plus tard. L'enfant grandit puis quitte le foyer familial, porté par une mystérieuse mission. Marie ne comprend pas tout. Mais elle reconnaît la relation unique intime que Jésus vit avec Dieu. Elle le comprend d'autant mieux qu'elle en a déjà une expérience. Dans les paroles et les gestes de son Fils, elle retrouve ce Dieu sauveur qui guérit et soulage les détresses des hommes. Elle retrouve ce Dieu proche, attentif aux pauvres et défenseur des opprimés. Elle croit en son Fils non d'abord parce qu'il s'agit de son Fils, mais parce qu'elle reconnaît en Lui le Dieu de Vie Celui qui lui a parlé un jour au travers de l'ange Gabriel.

Alors Marie écoute et accepte les choix de Jésus. Elle accepte qu'Il se rende disponible entièrement et de plus en plus à ce petit peuple d'Israël. Elle accepte qu'Il délaisse la maison familiale pour partir de villages en villages travailler aux œuvres de Dieu. Elle accepte que son Fils prenne des risques et mette sa vie en danger face aux autorités religieuses. Elle accepte tout cela parce qu'elle croit en Lui, elle espère en Lui, parce qu'elle l'aime.

Alors, quand Jésus décide de se jeter dans la gueule du loup. Quand il monte à Jérusalem pour la Pâques et que l'étau se referme sur lui. Quand le ciel s'obscurcit au dessus de la croix, Marie ne se contente plus d'accepter les choix de son Fils, elle les porte de toutes ses forces. Au pied de la croix, elle ne chancelle pas, elle se tient debout. Par sa foi sans faille, elle mène avec son Seigneur le combat de l'Amour. Arrivé à ce degré de communion, Jésus à bout de force, lui confie son disciple bien aimé.

Le temps de la gloire

En réalité, frères et sœurs, la Résurrection n'a pas dû beaucoup étonner Marie. Car, au fond d'elle-même, elle savait que ce combat sur la croix avait été victorieux. Elle le savait en vertu de l'amour qui l'unit avec Jésus. Un amour qui, pendant le temps des premiers chrétiens continue de grandir. Marie persévère dans la prière nous dit discrètement Luc. Nous supposons sans mal qu'elle entraîne dans sa prière les disciples encore tremblant.

Ensuite, l’Écriture ne nous dit plus rien sur la vie de Marie. Mais nous en savons assez pour comprendre à quel point elle aimait son Fils. Entre Marie et Jésus, dès le début, le lien de sang est transfiguré en un lien autre, un lien de confiance et de communion dans la mission du Père. Or la mort ne pouvait briser ce lien car l'Amour est éternel.

C'est ce même Amour qui a élevé Marie dans la gloire céleste, Il l'a comme aimantée auprès de Celui qui était son tout. Corps et âme nous dit-on. Mystère d'un Amour entre une créature et son créateur qui rejaillit en pluie de grâce pour l'humanité. Mystère des miracles grands et petits donc chacun garde le secret souvenir.

Conclusion

Ce récit frères et sœurs n'est pas un conte de fée, mais il est une invitation à entrer dans la danse. A accueillir la grâce comme Marie en nous attachant simplement à ce Fils bien aimé, Lui qui nous révèle le véritable visage Père, Lui qui nous attire avec Lui dans la gloire céleste.