De l’utilité de la mise à jour du GPS pour décanter

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Deuxième dimanche d'Avent, Année C.
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Toute personne qui possède un GPS sait qu’elle doit régulièrement le mettre à jour pour intégrer toutes les modifications du réseau routier français. Par cette simple opération, parfois bien difficile à mettre en œuvre, elle constate alors la rapidité avec laquelle tout change. De nouveaux axes sont ainsi construits chaque année là où d’autres, au même moment, disparaissent. A Tours, c’est encore pire puisqu’une route praticable un jour ne l’est plus le lendemain. Bon, l’installation du tramway dans notre belle ville y est aussi pour beaucoup !

Mais revenons à l’Avent. Pendant ce Temps, nous sommes invités à nous mettre en route pour rejoindre l’enfant de la crèche. Sur ce chemin bien balisé, nous allons retrouver pour deux étapes consécutives la figure de Jean-Baptiste. Dimanche prochain, il sera une nouvelle fois au rendez-vous, dans son désert, pour nous invectiver et nous inviter à préparer les chemins du Seigneur (ce qui nous vaudra, au passage, et pour la vingtième année consécutive, le même chant à la messe !)

A la longue, on pourrait trouver cela un peu répétitif. De fait, nous savons bien maintenant où se cache l’enfant Jésus. Il est dans le placard, avec Marie, Joseph, les Mages, l’âne et le bœuf, juste à côté du sapin en plastique et des guirlandes. Pour le vrai, le Jésus historique, il nous suffit pour le trouver de taper « Bethléem » dans Google et, aussitôt, nous avons la carte et l’article de Wikipedia qui va avec.
S’il y a donc bien quelque chose d’immuable et d’un peu répétitif dans le temps de l’Avent, à commencer précisément par cette crèche, par ces chants et, plus largement, par l’ambiance de Noël, il y a aussi quelque chose qui change chaque année : moi .

Depuis l’an passé, nous ne sommes plus en effet les mêmes. Nous avons peut-être vécu le bouleversement d’une naissance, celui de la perte d’un proche, d’un parent ou d’un ami… Notre situation professionnelle a elle-aussi éventuellement évolué… La route qui nous mènera à l’enfant de la crèche cette année ne sera donc plus tout à fait la même que celle empruntée l’an passé. Pour ne pas alors rater la rencontre avec Celui qui vient, en nous égarant sur des chemins qui ne mènent désormais plus nulle part, nous sommes aujourd’hui invités, avec Jean-Baptiste, à remettre à jour notre GPS intérieur.

Pour rejoindre autrefois Jérusalem et Dieu qui régnait en son Temple, il fallait prendre son bâton de pèlerin et suivre les astres. Depuis l’incarnation, nous savons que Dieu s’est rapproché de nous au point de se faire l’un d’entre nous. Ce qui se jouait donc avant avec les pieds, dans une longue marche au travers du désert, se joue aujourd’hui d’une manière beaucoup plus intérieure. La Jérusalem à rejoindre où règne ce Dieu plus intime que l'intime de moi-même (interior intimo meo) se cache maintenant en nous. Alors, ouvrons la carte, branchons le GPS et cherchons la route qui nous conduira jusqu’à elle. Les questions posées par le Baptiste pourront nous y aider.

Quels sont les nouveaux sentiers que je vais devoir cette année déblayer pour pouvoir les emprunter sans dommage ? Quels sont les ravins (orgueil, pardons à donner…) qu’il va me falloir combler ? Quelle route intérieure vais-je devoir aplanir (découragement, colère, ressentiment..). ?

Vous avez encore trois semaines pour relire votre mode d’emploi et apprendre à y voir un peu plus clair. Bonne route !

Un homme a appris qu’un maître spirituel à la grande renommée de sagesse s’était retiré dans une cabane, au fond d’une forêt. Il décide d’aller à sa rencontre pour lui demander ce qu’il doit faire pour trouver son chemin et mener une vie juste. Le sage ne dit rien et se contente de disposer devant lui une vasque remplie d’eau boueuse. Il mélange l’eau et demande à son interlocuteur de regarder et de lui dire ce qu’il voit. De l’eau sale répond-il. Les deux hommes restent en silence l’un en face de l’autre pendant un long moment. Le sage redemande à l’homme une nouvelle foi de regarder dans la vasque. Avec le temps, la boue s’est déposée dans le fond et l’eau est désormais limpide. Elle fait miroir et l’homme voit son visage dans le reflet. Le sage conclut alors : « Apprends à réserver des moments de silence et de désert, et tu pourras voir les choses telles qu’elles sont et trouver alors ton chemin. »

Le fr. Thibaut du Pontavice, du couvent de Tours, est curé in solidum de la Paroisse Saint Maurice (Cathédrale de Tours) et gère comme il peut ce site.