Décès de frère Claude Geffré, op théologien de la rencontre des religions

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frère Claude Geffré, op
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Ce brillant théologien a formé des générations d’étudiants et participé au renouveau de la théologie après le concile Vatican II, laissant une œuvre aux accents prophétiques à l’heure du pluralisme religieux.

Il fut l’un des théologiens français de l’après concile les plus en vue. Claude Geffré s’est éteint jeudi 9 février à l’âge de 91 ans. Sa santé s’était fortement dégradée ces derniers mois.

Le nom de ce dominicain né à Niort (Deux-Sèvres), entré dans l’Ordre en 1948 et formé à l’école de saint Thomas d’Aquin, s’est très vite identifié à deux axes majeurs de la théologie contemporaine : le « tournant herméneutique » et le pluralisme religieux.

C’est en arrivant en 1965 à l’Institut catholique de Paris, en charge de la théologie fondamentale, qu’il repense sa « méthode » : après Vatican II, le théologien ne peut plus se concentrer sur la défense des dogmes, mais doit passer à « l’âge herméneutique », cette science de l’interprétation des textes.

Autrement dit, recueillir la signification de l’Écriture et la traduire dans le contexte contemporain. Il conçoit alors sa tâche comme « celle d’une sorte de médiateur entre la foi de l’Église et l’expérience historique des hommes et des femmes », écrit-il.

Pionnier du dialogue interreligieux

Sans transiger sur ce qui fait la spécificité du christianisme, Claude Geffré, en pionnier, cherche à concilier l’unique médiation du Christ avec le pluralisme des religions. Il va jusqu’à reconnaître dans les religions non chrétiennes, dont il prend très au sérieux « l’altérité » et « leur différence irréductible », d’authentiques « voies de salut ».

« Si beaucoup d’hommes et de femmes sont sauvés en Jésus-Christ, ce n’est pas en dépit de leur appartenance à telle tradition religieuse, mais en elle et à travers elle », avance celui qui par ailleurs fut directeur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem (1996-1999), membre de la Conférence mondiale des religions et du Groupe de recherche islamo-chrétien.

« Il a poussé aussi loin que possible les avancées de Vatican II sur le dialogue interreligieux, dans des accents d’une grande actualité aujourd’hui », évoque le frère Laurent Lemoine, sous-prieur du couvent Saint-Jacques à Paris où il vivait.

« Un prédicateur de talent et un grand priant »

Directeur de la prestigieuse collection « Cogitatio Fidei » aux éditions du Cerf, Claude Geffré écrit lui-même beaucoup : Le christianisme au risque de l’interprétation (1983), Passion de l’homme, passion de Dieu (1991), De Babel à Pentecôte (2006)… C’est sans doute cet ouvrage qui lui vaut la méfiance de Rome.

En 2006, la Congrégation pour l’Éducation catholique s’oppose au souhait de la Faculté de théologie de Kinshasa en RD-Congo de lui remettre un doctorat honoris causa pour l’ensemble de son œuvre. Sans toutefois donner d’explication.

Mais le dicastère aurait exprimé oralement des réserves sur le regard critique qu’il porte sur certains aspects de la déclaration Dominus Iesus publiée par le cardinal Ratzinger en 2000 condamnant « des théories relativistes qui justifient le pluralisme religieux ».

Claude Geffré en fut très blessé, n’ayant jamais bien compris ou à demi-mot. Mais ses dernières années, ce brillant professeur qui forma des générations d’étudiants fut surtout affecté de ne plus enseigner. Très présent à sa communauté et attentif jusqu’au bout à ce qui se passait dans l’Église, doté de solides amitiés, il était aussi, selon le frère Lemoine, « un prédicateur de talent et un grand priant ».

 

(10 février 2017)