Des moines d’Egypte en pèlerinage à la Sainte-Baume

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Témoignage du fr JM Mérigoux op
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Que des moines venus des déserts d’Égypte aient pu se rendre à la Sainte-Baume pour y vénérer sainte Marie-Madeleine et y rencontrer les frères dominicains, cela tient presque du rêve ! Grande est en effet la distance entre le monastère de Saint Menas, près d’Alexandrie, et la Provence où sainte Marie-Madeleine, une sainte orientale, est vénérée depuis des siècles. Rares sont aussi, concrètement, les occasions de rencontres entre ces représentants de modes de vie et de traditions religieuses différentes.

Le petit groupe de pèlerins égyptiens était composé de Mgr Gregorios, l’évêque-supérieur du monastère égyptien, de quatre moines, dont le père Agnatyous Ava Mina, le curé de la paroisse copte-orthodoxe de Marseille1, et de cinq laïcs responsables de communautés coptes-orthodoxes en France.

En Égypte, pays massivement musulman, il y a, sur 80.000.000 d’habitants, 10/100 de chrétiens, dont la majorité, copte orthodoxe, possède plusieurs grands monastères, spécialement dans la région du Wadi Natroun, entre le Caire et Alexandrie, et, en Haute Egypte, près de la mer Rouge, ceux de Saint Antoine et de Saint Paul. Le monastère copte-orthodoxe de Saint Ménas a une grande place dans la chrétienté d’Egypte car il est placé sous le patronage de l’un des premiers martyrs d’Egypte, et parce qu’une centaine de moines y prient sans cesse le Seigneur dans la belle liturgie copte. C’est là aussi que se trouve le tombeau du patriarche des Coptes-orthodoxes Cyrille VI mort le 9 mars 1971 en odeur de sainteté2. La bibliothèque du monastère possède de nombreux manuscrits coptes parfaitement catalogués. Avec Sa Béatitude Antonios, cardinal Naguib, patriarche copte catholique et les évêques des autres rites catholiques, l’Eglise catholique d’Egypte, bien que minoritaire, a un rôle important dans le pays, du fait de ses nombreuses institutions scolaires, hospitalières et caritatives.

Le fameux monastère Saint Antoine ressemble beaucoup à la Sainte-Baume : c’est là que vécut le fondateur de la vie monastique, le grand saint Antoine, dont saint Athanase a écrit la vie3. Il est situé au pied d’une immense falaise rocheuse, au cœur de laquelle se trouve la grotte où vécut saint Antoine. Cette ressemblance n’a pas échappé à nos pèlerins. De la montagne coule une source qui fertilise les vergers où se trouvent les bâtiments du monastère. Les pèlerinages y sont incessants et l’hôtellerie ne désemplit pas de visiteurs et de pèlerins qui arrivent en bus ou en voitures.

Le 19 janvier 2012, fête de l’Epiphanie chez les Coptes orthodoxes, fut le jour de cette rencontre « historique » aux pieds de la grotte magdalénienne, une rencontre entre des ermites venus de la lointaine Egypte, vivant de la spiritualité monastique orientale, avec des Frères prêcheurs français, issus d’une forme occidentale de vie apostolique.

Au départ de Marseille, le groupe s’arrêta d’abord au couvent dominicain pour y prendre au passage le frère Jean-Marie Mérigoux qui devait servir d’interprète et de guide et aussi pour saluer le père prieur du couvent, le frère Denis Bissuel. Cette première étape fut, pour Mgr Gregorios, l’occasion d’entrer pour la première fois chez des Dominicains : visite de l’église, thé réconfortant, prises de photos, dons de papyrus, une belle rencontre fraternelle.
A l’arrivée des voitures à l’hôtellerie de la Sainte-Baume, les frères dominicains accueillirent très fraternellement les pèlerins. Comme en Égypte on n’a guère l’habitude de prendre des routes de montagne une bonne pause dans l’agréable salle commune du couvent fut la bienvenue !

C’est alors que le frère Pierre-Alain Malphèttes, traduit en arabe par le frère Jean-Marie, raconta à la petite assemblée l’histoire de la Sainte-Baume, de son pèlerinage magdalénien séculaire et il fit revivre les pages d’Evangile qui nous parlent de celle qui, au matin de Pâques, devint à la demande de Jésus ressuscité, apôtre des Apôtres : « Va trouver les frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».

Le frère Pierre-Alain montra bien comment, en ce lieu, depuis des siècles, les frères dominicains continuent l’apostolat même de Marie Madeleine : annonce de la Résurrection du Seigneur et invitation à la conversion. Le frère évoqua aussi la vie de deux dominicains très liés à la Sainte-Baume, les pères Etienne Vayssière4 et Joseph Perrin5, des grands maitres spirituels morts en odeur de sainteté, et qui reposent dans le petit cimetière de la Sainte-Baume.

Le frère Pierre-Alain conduisit ensuite en voiture l’évêque et deux moines aux pieds de l’escalier qui mène à la grotte, mais la santé de l’évêque ne lui permit pas de monter les marches. Le pèlerinage n’en fut pas moins réussi. Tous ces pèlerins furent très touchés de la manière dont le frère Pierre Alain sut témoigner de l’intensité de la vie spirituelle et apostolique qui est vécue par la communauté dominicaine en ce haut lieu du Christianisme.

Le jour de l’Epiphanie étant jour de jeûne chez les Coptes, les visiteurs ne purent s’arrêter pour le repas à l’hôtellerie ; ils rejoignirent directement Marseille pour célébrer le Baptême du Christ. Ces lieux magdaléniens ont beaucoup plu aux pèlerins et on peut s’attendre à ce que maintenant, bien des familles de cette paroisse égyptienne de Marseille fréquentent ce lieu évangélique et provençal et aussi à ce que l’on parle souvent de la Sainte-Baume  dans la vallée du Nil.

fr. Jean-Marie Mérigoux, op
Marseille

 

1 La Paroisse « Sainte Marie et Saint Mina » se trouve à Marseille 40 rue de Lyon, dans le 15e arrondissement.

2 L’actuel pape des Coptes orthodoxes est le patriarche d’Alexandrie, S.S. Chenouda III.

3 Voir : Athanase d’Alexandrie, Vie d’Antoine, « Sources chrétiennes », N° 400, Paris, le Cerf, 1994.

4 Voir : Marcelle Dalloni, Le Père Vayssière, éd. Alsatia, 1958.

5 Voir : Joseph Perrin, Comme un veilleur attend l’aurore, Paris, le Cerf, 1998