Dominicains en dialogue avec leur histoire pour relancer une présence ouverte au futur

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Le 10 décembre 2016, lors de l’énième terrible attentat meurtrier à Istanbul, nous étions en pleines célébrations du Jubilée des 800 ans de l’Ordre
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Dominicains en dialogue avec leur histoire pour relancer une présence ouverte au futur.
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Nous avons voulu marquer de façon particulière le souvenir de la présence historique des Dominicains, qui remonte aux premières années de vie de l’Ordre, quand cette ville s’appelait encore Constantinople. Combien de fois, dans ces 800 ans d’histoire, les frères et sœurs dominicains ont du se confronter à des tournants historiques dramatiques mêlés à des moments de réjouissance et fortement symboliques! Les croisades, les disputes entre l’Eglise de Rome et les Eglises orientales, la fin des byzantins et l’arrivée des ottomans jusqu’au drame des deux grandes Guerres Mondiales… Faire mémoire de tous ça, par l’intermédiaire d’une étude fouillée et des ressources d’archives, n’est pas seulement entretenir le souvenir d’une histoire révolue mais exprime la volonté de retrouver les aspects caractérisant un charisme : le sens d’une mission qui n’est pas restauration d’un ordre perdu ou d’une hégémonie unilatérale !

Du 8 au 11 décembre les journées on été bien remplies, avec une journée d’études organisée au théâtre de la Casa d’Italia (le centre Culturel Italien d’Istanbul), une soirée concert et vernissage d’exposition et un week-end caractérisé par un moment de prière et une célébration eucharistique solennelle, le tout avec une réponse de publique qui est allée au-delà de toute attente.

         Lo Colloque de la première journée s’adressait tout particulièrement aux étudiants et aux passionnés d’histoire civile, sociale et des arts. La présence des Dominicains sur les rives du Bosphore et, plus en général, en Asie Mineure et au Proche Orient (ne sont pas manquées les excursions à Jérusalem, en Egypte et dans les sites archéologique les plus réputés de la Jordanie et de la Syrie), a été le fil rouge pour revisiter le sens d’un travail rigoureux, bien qu’avec de moyens extrêmement pauvres par rapport aux actuels, qui n’a pourtant jamais négligé la rencontre et l’écoute des personnes et d’une histoire incarnée dans la vie des gens. C’est surtout la vie au fil des siècles de la petite ville cosmopolite de Pera-Galata qui a fait objet d’une analyse riche et originale : les Dominicains dans le panorama complexe et diversifié des églises latines du treizième siècle, les contrastes mais aussi l’interaction entre culture latine et gréco-byzantine, l’évolution urbanistique et architecturale des quartiers qui accompagne et détermine, en partie, les changements au cœur des communautés humaines.

         Avec le concert du vendredi 9, organisé lui-aussi en partenariat avec le Centre Culturel Italien, le dialogue avec l’histoire a pris la forme artistique des partitions immortelles de Johann Sebastian Bach dans trois des ses Suites pour violoncelle seul. Une heure dix d’interprétation époustouflante du maestro italien Roberto Trainini, performance pour les gourmets dans l’église de Saints Pierre et Paul bondé par un publique très attentif qui a gardé un silence presque religieux témoignant d’une rare compétence musicale.

Le véritable défi a été, par la suite, permettre à plus de 150 personnes de profiter du vernissage de l’exposition intitulée : «Dominicains à Constantinople/Istanbul et en Asie Mineur», proposée dans le contexte très intime de la salle adjacente à l’église, où elle continuera à être à disposition des visiteurs, sous réservation préalable, jusqu’à la fin du mois de février. Six panneaux plus trois bannières verticales concernant : Saint Dominique et les fondations de l’Ordre des Prêcheurs, les Saints dominicains de la riche iconographie de l’église, les Eglises latines à Constantinople, l’Eglise des Saints Pierre et Paul à l’époque ottomane et dans le projet de Gaspare Fossati, architecte de l’église actuelle, les Dominicains et les mémoires historiques des monuments byzantins et latins, l’histoire de l’image de la Vierge « Odighitria », les documents de l’archive et l’histoire de la communauté installé à Pera/Galata et la bibliothèque des Dominicains avec ses visiteurs illustres. Mais les pièces les plus importantes, venant de l’archive du couvent, sont dans trois vitrines d’exposition, contenant des manuscrits, des dessins d’architecture, des livres et des objets, et une sélection de photos historiques en noir et blanc, témoignage de visages, célébrations, rencontres et activités…

La visite devient passionnante du moment où elle est prétexte pour un échange de souvenirs, pour des questions ponctuelles, pour un partage d’expériences.  

On parlait de visites illustres au couvent dans sa longue histoire. La célébration du troisième dimanche de l’avent, qui clôturait les jours du Jubilé, a rassemblé autour de l’autel de l’Eglise de Sen Pierre et Paul les trois évêques latins de Turquie : Mons. Lorenzo, qui présidait l’eucharistie, Mons Ruben, vicaire apostolique d’Istanbul et Mons Paolo, Vicaire Apostolique d’Anatolie. Il s’agissait sans doute d’une première historique, célébrée aussi par la présence de Madame le Consul général italien Federica Ferrari Bravo et, surtout, des paroissiens des deux paroisses actuellement desservies par les Dominicain d’Istanbul : Sen Piyer à Galata et Meryem Ana Rosario Kilisesi à Bakırköy.

Une fois de plus, l’impression que dans ces journées très réussies ce qui a été vraiment important c’était de se réapproprier d’une histoire du passé, soigneusement gardée et donc jamais perdue, qui mérite d’être racontée et d’avantage étudiée, parce qu’elle est aussi notre histoire à nous aujourd’hui et elle doit nous inspirer dans les choix courageux du futur.

 

                                                                                                Hermine Ride

 

(21 decembre 2016)