Donner sa vie, c’est avant tout vivre

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Donner sa vie, c’est avant tout vivre
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Homélie du frère Jean-Charles Rigot, Dimanche 10 mai 2014, 6e dimanche de Pâques.

Dites-moi, que faites-vous ici ? Pourquoi êtes-vous venus dans cette oratoire ? D’ailleurs, pourquoi y revenez-vous dimanche après dimanche ? Voire même jour après jour pour certains ?

N’avez-vous pas vu les panneaux « vigipirate » sur les portes ? C’est dangereux ici. Certes, bien moins qu’en Irak ou en Syrie. N’avez pas entendu aussi ? Le christianisme, c’est dépassé. C’est une morale d’un autre âge. N’avez pas lu ? Les chrétiens défendent une société d’un autre âge.

J’ai vu, j’ai entendu, j’ai même lu et vous aussi certainement. Et vous êtes là, et moi aussi !

Pourquoi ? Parce que le plus grand danger pour nous ici, ce n’est pas de perdre nos vies, mais de trouver LA vie. Parce ce n’est ni une morale, ni un modèle de société que nous défendons, mais une rencontre avec un Dieu qui nous attends. Une rencontre amoureuse même ! Et il faudrait être bien insensible pour refuser un tel rendez-vous !

Même si nous sommes là ce matin, ça ne nous a pas toujours empêché d’être sourd à la voix du Seigneur. Mais ça ne l’a pas empêché non plus de continuer à nous appeler, à nous chercher inlassablement. Parce qu’il y a de l’inquiétude, de l’angoisse dans la voix de Dieu quand il crie « Adam, où es-tu ? », quand il appelle depuis le buisson ardent « Moïse, Moïse » ou dans le secret du temple : « Samuel, Samuel » ou encore dans cette oratoire : « Louise, Louise ». Il y a de l’inquiétude et de l’angoisse chez Dieu parce qu’il ne connaît pas notre réponse, et qu’elle lui importe, cette réponse.

En effet, Dieu ne nous aime pas tous, comme on pourrait aimer les chiens, les chats, les chevaux. Je les aime tous parce que c’est sympa. Mais ça reste au final assez théorique. L’amour de Dieu, lui, il est concret, réel et surtout personnel. Il ne nous aime pas tous, parce qu’il nous aime chacun. Il nous appelle chacun par notre nom dès le jour de notre baptême, il nous parle notre propre langue, il est attentif à chacun. Et chacun, nous devrions savoir affirmer : « Je suis le préféré de Dieu ». Cet incroyable amour de Dieu pour nous fait de nous des amis : choisis personnellement, aimés pour qui il est, irremplaçable entre tous. Et il a donné sa Vie pour nous.

Et il la donne encore et encore, à chaque eucharistie, à chaque fois que nous recevons son pardon, à chaque fois que nous demandons son aide sacramentelle ou que nous nous mettons à l’écoute de sa Parole. Il nous comble de sa Vie, de son Amour, de sa Joie, dès que nous en avons besoin, dès que nous la lui demandons, dès que nous creusons en nous le désir de le retrouver, de l’accueillir.

Parce qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.Et la réponse qu’il attends de nous ? C’est de donner aussi notre vie pour ceux qu’on aime, à son exemple. En effet, en ayant été choisi et établi, notre privilège n’est pas de laisser dorer la pilule à la douce chaleur de l’amour divin, mais de la transmettre, de la porter à tous ceux et celles qui en sont dépourvus, de révéler à chacun de ceux qui ne le savent pas encore qu’ils sont aimés de Dieu. Le T-shirt « Jésus t’aime » est peut-être un bon début, mais il ne suffit pas. Il nous faut découvrir avec chacun, dans sa propre vie, les signes de la tendresse de Dieu.

Donner sa vie, pour certains de nos frères, ça ira jusque la mort. Nous l’avons vu encore récemment en Libye, en Syrie, en Irak dans bien d’autres endroits. Mais donner sa vie, c’est avant tout vivre. Vivre jour après jour pour aimer, et revenir sans cesse à la source de notre amour.

Louise, tu vas recevoir Jésus aujourd’hui pour la première fois. C’est un grand jour pour toi et pour chacun d’entre nous. Tu ne le verras pas peut-être pas tout de suite, mais beaucoup de choses changeront pour toi, si tu écoutes ce Dieu veut te dire, et si tu laisses son Amour en toi aimer ceux qui avec qui tu vis.

 

(13 mai 2015)