D’où sommes-nous?

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Commentaire du fr Jacques Marcotte, o.p.
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D’où sommes-nous?
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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13,22-30

On a parlé beaucoup, ces dernières années, d’identité québécoise et d’une charte des valeurs québécoises : c’est un sujet épineux, souvent une source de dispute chez nos politiciens. Qui est le vrai québécois, la vraie québécoise ?  Selon quels critères pouvons-nous en juger ? La difficulté de nous entendre sur le sujet ne doit pas nous empêcher d’être de bons citoyens dans une société que nous aimons et de laquelle nous sommes partie prenante par l’histoire, le territoire, la langue, la religion et les liens familiaux.

Nous souhaitons, bien sûr, que personne ne soit exclu ou ne souffre de rejet ou de discrimination à cause d’une foi différente et de certaines valeurs religieuses ou culturelles distinctes. Nous espérons en arriver à la définition la plus large possible de notre appartenance collective, sachant bien qu’ils s’excluent eux-mêmes ceux et celles qui ternissent l’image du Québec, en n’acceptant pas les valeurs de respect et de justice qui fondent notre société.

L’Évangile aborde, en ce dimanche, la question de notre appartenance au Royaume de Dieu.  Une question posée à Jésus donne d’abord à penser que le salut éternel serait le fait d’une minorité. « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés? »  La réponse de Jésus est prudente. Il ne se prononce pas sur le nombre, mais il nous parle plutôt des conditions requises pour entrer dans le salut de Dieu. Qu’il faut d’abord le vouloir.  Que ce qui est certain,  c’est que Dieu a les bras grand ouverts, qu’il souhaite sauver tout le monde, qu’il veut rassembler le plus grand nombre possible d’hommes et de femmes pour en faire ses amis et leur donner place au festin dans son royaume.

Toutefois le Seigneur nous met en garde contre une certaine présomption de notre part, où nous prendrions pour acquis que notre salut est assuré.  Ce serait nous méprendre. Il n’y a pas de places réservées dans le Royaume des cieux. Chacun, chacune doit envisager d’y entrer par la porte étroite. Une façon de nous dire qu’il faut nous y prendre de bonne heure. Qu’il y a un effort à fournir. Qu’il nous faut prendre le chemin trop peu fréquenté de l’amour, du don de soi et du service; le difficile chemin d’un engagement généreux pour la miséricorde et le pardon. Qui perd sa vie, la gagne. C’est la porte étroite de la croix, c’est le Christ lui-même et son mystère pascal.

Vous aurez des surprises, nous dit Jésus. Des gens qu’on disait loin, sont plus proches qu’on pense. Ils ont à cœur leurs frères et sœurs, ils pratiquent la solidarité et la justice, ils vivent les valeurs de l’Esprit que leur dicte une conscience droite. Ils font le bien. Ils accomplissent la volonté de Dieu dans les circonstances qui sont les leurs. Alors que d’autres, officiellement en règle et membres de l’Église, tout en étant instruits de la Parole et nourris des sacrements, font obstruction à la miséricorde, pratiquent l’injustice et l’oppression. Ils ne sont pas dans l’esprit du  Royaume. Le Christ ne peut les reconnaître.

Qu’en est-il de nous ?  Le Seigneur pourra-t-il nous reconnaître à la fin?  Il faut y réfléchir sérieusement et nous convertir pendant qu’il en est encore le temps, profitant du fait que le Seigneur lui-même nous corrige et nous fait la leçon. Les épreuves sur notre route, il permet qu’elles nous arrivent pour nous purifier, nous ramener sur le bon chemin. Acceptons volontiers le secours de ces remontrances. Elles sont notre chance. Elles nous mènent à la conversion qui fait que le Seigneur de miséricorde peut enfin nous reconnaître comme ses amis et nous faire entrer déjà dans la joie de son Royaume.

 

(18 aout 2016)