Favoriser le dialogue inter-religieux

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Fr. Th.-M. Courau interviewé par le Journal Le Monde
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Issu d'une famille catholique où "devenir prêtre, c'est banal", investi dès le plus jeune âge dans la vie ecclésiastique, Thierry-Marie Courau a tout pour s'engager dans la religion. Lorsque, à 22 ans, il termine sa formation d'ingénieur, il envisage d'ailleurs de rentrer dans les ordres. C'est sans compter son départ pour le service militaire dans la marine, direction l'océan Indien.

Une année qui "joue un rôle de déconditionneur : est-ce que je ne suis pas conditionné par mes origines ?" Cette question l'amène à changer de voie : il sera responsable des travaux et trésorier dans le bâtiment, au sein du groupe SAE, qu'il quitte pour rejoindre la banque Indosuez, pour enfin créer une société de communication graphique. Sans oublier un passage en politique : "J'étais élu de Paris comme conseiller d'arrondissement pour le RPR. Ce qui m'intéressait, c'était d'être au service de la société."

C'est à ce moment, neuf ans après son retour de l'océan Indien, que la vocation religieuse fait son retour. De façon péremptoire : "En trois semaines, c'était décidé. Je me questionnais sur ma suractivité, ma situation de surpuissance. Je me suis brouillé avec un très bon ami, ça m'a déstabilisé." Il part réfléchir dans la nature. "Le seul fait d'avoir laissé émerger la question a fait comme une bouteille de champagne : une fois le bouchon enlevé, tout est parti. J'étais le premier surpris par cet appel." Le premier, mais pas le seul.

Lorsqu'il prend contact avec l'ordre des dominicains, on lui déconseille de franchir le pas. On lui demande s'il est conscient de tout ce qu'il quitte : vie politique, argent, vie affective. "Je n'ai jamais eu le sentiment de renoncer à quoi que ce soit", affirme vingt-deux ans plus tard l'actuel doyen du Theologicum de l'Institut catholique de Paris, ordonné en 1997.

Un poste qui fait figure de "lieu d'interface. J'applique tout ce que j'ai appris : marketing, management, mais aussi enseignement et recherche". Il comprend disposer d'un grand atout : "Pouvoir entrer en relation avec toutes les grandes religions dans le monde. " Il travaille ainsi avec l'Association française des managers de la diversité, au sein d'une commission sur la religion et la diversité. Et il crée, à 52 ans,en 2010, un MBA spécialisé diversité, dialogue & management.

Après un semestre d'études des différentes religions et de la laïcité, les étudiants du MBA effectuent un séjour dans une autre culture. "Un catholique bon ton va partir dans une famille musulmane, un musulman va partir dans un monastère chrétien." Suit un stage en entreprise, où les étudiants pourront apporter leur expérience de la diversité. "On commence aussi à proposer aux entreprises des modules sur des sujets particuliers, comme, par exemple, laïcité, droit et libertés religieuses, où le personnel peut se joindre aux étudiants, dit-il. C'est très intéressant pour un DRH qui veut savoir quel est le cadre légal dans lequel se pose la question de la religion dans les entreprises."