Grâce après grâce

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Grâce après grâce
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Avez-vous vu le film Demain ? … De mon côté, quand je suis allé voir ce film, il s’est passé quelque chose de rare au cinéma : les spectateurs à la fin se sont mis à applaudir, comme ça, spontanément. Chacun ressentait une joie qu’il avait envie de partager aux autres. Dans le film, une poignée d’artistes ont pris leur caméra pour faire le tour du monde en quête des initiatives porteuses d’avenir. Et devant nos yeux des hommes, des femmes de tous les continents qui innovent dans le domaine agricole ou économique et qui déjà construisent le monde de demain.

Le plus surprenant, ce n’est pas ce qu’ils font, mais c’est qu’ils sont là ces pionniers. Qu’ils existent. Nous savons combien il est difficile de sortir des trajectoires toutes tracées par notre société. Avec l’avènement des médias, nos esprits sont plus que jamais formatés à un certain comportement, à une certaine manière de penser. Et pourtant, malgré le rouleau compresseur numérique, des hommes, des femmes résistent. Sans combat héroïque. Presque spontanément. La joie au visage.

Si ces hommes et ces femmes ont réussi à bâtir une œuvre totalement à contre-courant, ce n’est pas parce qu’ils étaient plus courageux que les autres. C’est parce qu’ils étaient poussés en avant par une force intérieure. La force de leur conviction. Ils étaient convaincus d’être dans la bonne direction. Probablement peu d’entre eux sont chrétiens. Pourtant, ils ont vu clairement, plus clairement que les autres, ce qui va dans le sens de la vie et ce qui n’y va pas.

Cela est possible uniquement parce que la vie est comme une lumière qui les guide. Une lumière donnée à tous, riches et pauvres, hommes et femmes, chrétiens et non-chrétiens. Une lumière donnée à tous, mais que certains perçoivent mieux que d’autres dans le brouillard de notre époque troublée. Ils n’ont aucun mérite pour cela. Au contraire. Ils ont une responsabilité. Ce sont les prophètes d’aujourd’hui.

L’histoire d’Israël est jalonnée par ces hommes qui sont aussi appelés guetteurs, messagers ou témoins. Ils sont présents à toutes les époques et dans toutes les cultures. Ils annoncent et préparent la venue du royaume de paix.

Chez Isaïe, ils crient de joie car ils voient, de leurs propres yeux, le Seigneur qui vient. Leurs sens sont mobilisés au point que le récit en devient presque sensuel. Ecoutez la voix, Eclatez de joie, Le Seigneur a montré. C’est par leur corps que cette lumière leur parle. Par leur yeux, par leur bouche. Par leur chair. La lumière de la vie qui les guide est présente dans leur chair. Elle est en réalité présente dans toute chair, dans toute créature depuis la fondation du monde nous dit saint Jean.

Alors me direz-vous pourquoi ? Pourquoi la naissance de Jésus aujourd’hui ? Pourquoi avoir besoin d’un Messie pour nous montrer le Père si la lumière est donnée à tous ? Pourquoi cette lumière-là n’a pas été suffisante pour vaincre l’obscurité du péché ? Et bien frères et sœurs, je n’en sais rien. Mais je constate. Je constate que ces prophètes de l’Ancien Testament, ces hommes et parfois ces femmes qui dénoncent les chemins de mort et indiquent les chemins de vie, ils marquent des points, oui. Mais ils ne transforment pas l’essai. A chaque fois, leur effort produit une flamme qui parfois dure un certain temps, mais qui ensuite s’éteint dans l’obscurité. Jusqu’à la prochaine tentative. Il manque un je-ne-sais-quoi de plus pour que le monde bascule définitivement du côté de la vie.

Il manque la grâce.

C’est la grâce que Jésus nous apporte en naissant parmi nous. Une surabondance qui fait pencher définitivement, irrémédiablement notre monde vers la vie. C’est la grâce qui allume le feu qu’on ne peut éteindre et qui rend féconde l’œuvre des messagers, des guetteurs, des prophètes de tous les temps et de toutes les cultures. C’est la grâce qui donne un avenir ensoleillé à tous ceux qui cherchent à bâtir le monde de demain. Et cette grâce est venue par Jésus-Christ. Cela ne s’explique pas. Cela s’expérimente.

Jean n’explique rien. Il constate. Il témoigne. Ceux qui l’ont reçu. Tous. Nous avons eu part à sa plénitude. Tous. Nous avons reçu grâce après grâce.

Frère et sœurs en ce jour regardons l’enfant bien aimé, accueillons-le. Faisons de nos cœurs et de nos corps le berceau du Christ, du Dieu incarné en chacun. Dans la joie, avec reconnaissance. Accueillons sa grâce. Marie nous ouvre la voie. Elle nous a précédés et elle en a été comblée. Elle que nous avons l’habitude d’appeler la Comblée-de-Grâce.

En ce jour, avec elle, soyons des comblés-de-grâce.

 

(27 décembre 2015)