La crainte peut nous rendre aveugles

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Méditation sur le bon samaritain de fr Radcliffe op
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Le Bon Samaritain voit l'homme couché au bord du chemin, et est pris de compassion. Le prêtre et le lévite ne le voient pas vraiment. Ils voient un problème, c’est-à-dire quelqu'un qui détruira peut-être leur rituel de pureté, ou qui risque de retarder leur retour chez eux.

Jésus est quelqu'un dont les yeux sont ouverts. Il voit Nathaniel sous le figuier et qu'il est un homme sans ruse (Jean 1.48). Il voit Lévi, le percepteur méprisé, caché dans la foule et voit un disciple (Marc 2.14). Il découvre Zachée en haut du platane et voit un ami (Luke 19.5). Il voit la veuve mettre dans le Trésor ses petites pièces de monnaie et sa générosité énorme (Marc 12.42). Le prêtre et le Lévite voient de l'extérieur. Ils voient quelqu'un en fonction de leurs préoccupations à eux. Jésus voit de l'intérieur. Il voit la bonté et la beauté cachées des personnes. Il les voit comme des créations de Dieu, comme des dons.

Comment apprenons-nous à voir avec les yeux de Jésus et du Bon Samaritain ? Cela peut prendre du temps. Quand Jésus a guéri l’aveugle-né (Marc 8.22), il a dû s’y reprendre à 2 fois. Après la première tentative l'homme ne voyait pas les gens, mais les arbres se promener. Parfois je me demande si je ne suis pas dans cette situation Une première étape serait de voir la personne avec qui vous êtes mariés! Quand vous êtes tombés amoureux, vous vous êtes regardé les yeux dans les yeux avec adoration! Vous étiez éblouis par leur beauté et leur bonté. Comment est-ce possible que lui ou elle puisse m’aimer! Mais après quelques années de mariage, certains arrêtent de se regarder de trop près. Nous devenons un peu aveugles. Peut-être pensons-nous que nous le connaissons si bien, qu'il n'est plus nécessaire de regarder! Et alors nous manquons les signes de tristesse, le désir de la tendresse, le mot inexprimé sur leurs lèvres. Et alors quand soudainement l’un quitte le couple, l'autre personne est souvent étonnée. Ils n'ont jamais vu la crise venir parce qu'ils avaient arrêté de regarder !

La crainte peut nous rendre aveugles. Nous avons peur de voir que nous ne nous intéressons plus tellement à l’autre. La jalousie a rendu Othello aveugle et donc il ne pouvait plus voir sa femme ni l’amour qu’elle lui portait. La culpabilité peut nous rendre incapables de regarder l'autre personne dans les yeux.

Voir n'est pas une question de regard intense, de s’examiner sous un microscope. Nous pouvons voir mieux quand nous regardons du coin de l'oeil et entrevoyons leur humanité dans sa totalité. Regardez-les quand ils sont endormis et toutes leurs défenses disparaissent. En Inde il est dit que quand nous dormons notre visage ' est l'ami du monde. ' Le Pape Benoît XVI souligne souvent la liaison entre l'amour et la vérité. Votre regard ne peut être plein de vérité que s’il est un regard d’amour et ne peut-être que vraiment plein d’amour que s’il s’adresse en vérité à l’autre personne. Quelle est la dernière fois où vous avez vraiment pu voir votre mari ou femme de cette façon ?

La grande préoccupation que beaucoup d'entre vous ont exprimée est de savoir comment atteindre les personnes qui vivent des relations brisées ou non engagées. Ne les regardez pas comme un problème à résoudre! Par exemple, ce jeune couple qui cohabite doit se marier! Ce couple divorcé-remarié doit obtenir une annulation. Nous devons régler! Jésus n'est pas un solutionneur de problèmes.

Avant que nous ayons quelque chose à dire, nous devons voir ce qui est bon dans l'amour de ces personnes, même si ce n’est pas l’idéal proposé par l'Église. Nous ne devons pas les regarder comme des personnes ayant connu des échecs, mais comme en chemin vers la plénitude de l’amour, tout comme nous. Nous ne devons pas ressembler à l'homme qui demandait le chemin pour Dublin. On lui a dit que s’il voulait aller à Dublin, il ne partirait pas d’ici! Mais partout où les personnes se trouvent, indépendamment du désordre et de leurs blessures, ils sont capables de recommencer à nouveau leur cheminement vers Dieu.

Le plus grand défi est de voir ceux que nous croyons être des ennemis. Pendant la révolution au Nicaragua, un Dominicain américain a aidé un groupe de jeunes Nicaraguayens à mettre en scène la parabole du Bon Samaritain pendant la messe. Ils montraient comment un jeune Nicaraguayen avait été battu et laissé pour demi-mort au bord du chemin. Un frère dominicain est passé et l'a ignoré. Alors un catéchiste l’a ignoré aussi. Et ensuite l’ennemi, 'un contra', qui portait un uniforme militaire passait par là. Il s'arrêta, mit un rosaire autour du cou du Nicaraguayen, lui donna de l'eau et le porta au village voisin. À ce moment, la moitié de l’assemblée a commencé à crier et à protester. Il était inacceptable qu'un contra pourrait faire cela. Ce sont des personnes épouvantables. ' Nous n'avons aucun rapport avec eux '. La Messe s'est terminée dans le chaos. Alors les personnes ont commencé à discuter sur la signification de la parabole. Parce qu'ils avaient été choqués, ils sont parvenus à comprendre plus profondément. Nous rendons-nous compte que cette parabole peut être choquante ?

Finalement nous devons apprendre à voir le pauvre qui est souvent invisible dans notre société. Les célébrités sont visibles partout. Tout le monde regarde les riches. Juste avant la parabole du Bon Samaritain, Jésus se tourne vers les disciples et dit, ' Béni sont les yeux qui voient ce que vous voyez ' (10.23). Les yeux des saints voient les pauvres. Mère Teresa de Calcutta s’était rendue à une célébration en son honneur à Rome. Il y avait beaucoup de dignitaires importants, des ambassadeurs et des Cardinaux. À la porte elle s’est arrêtée pour parler à un mendiant. Ils n’arrêtaient pas de parler. Finalement quelqu'un est venu pour lui dire, ' Ma Mère, leurs Excellences attendent pour vous rencontrer. ' Et elle a répondu, ' vous ne voyez donc pas que je parle au Christ ?