La fraternité n’est pas un vain mot

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Richard Lavigne
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Rencontre avec... Richard Lavigne, 62 ans, journaliste. S’il vit à Périgueux, chaque mois il se fait un plaisir de rejoindre la fraternité saint Dominique de Poitiers dont il est membre depuis 2004.

Comment en êtes-vous venu à vous engager au sein des fraternités laïques dominicaines ?

Par la rencontre d’une fraternité dans un couvent, tout simplement. Mais dans les faits cette rencontre fut l’aboutissement d’une longue quête intellectuelle et spirituelle. Il se trouve que j’ai fini par trouver ce qui me convient chez les dominicains.

Qu’est-ce qui vous convient en matière de vie spirituelle ?

L’équilibre entre la contemplation et l’engagement, mais aussi le rapport de cet Ordre au monde. Lors d’un chapitre des fraternités, j’ai beaucoup aimé à ce sujet la remarque du frère Bruno Cadoré aujourd’hui maître de l’Ordre des dominicains : « Le monde est aimable parce qu’il est aimé de Dieu qui lui a donné son fils ! ». J’apprécie aussi beaucoup chez les dominicains l’ardent besoin de témoigner, d’annoncer le Christ, de livrer le fruit de notre contemplation par la parole bien sûr, mais aussi - dans une société laïque comme la nôtre - dans le plus grand respect de l’autre par le geste, la présence, le service du frère. Je suis en revanche plus rétif à une certaine forme de prosélytisme issue de la nouvelle évangélisation...

Quels ont été les temps forts de votre vie en fraternité depuis votre engagement en 2003 ?

Avant même d’intégrer les fraternités ma rencontre avec le Père Lataste* à travers un livre du frère Jean-Marie Gueulette a beaucoup compté. J’ai été très touché par sa miséricorde pour ceux qui peinent, qui souffrent en prison. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, depuis trois ans, je suis devenu aumônier de prison. Dans ce monde de violence, je rencontre la souffrance et la révolte, mais j’y vis aussi des rencontres humaines très profondes qui vont, parfois, jusqu’à parler en mots très simples du Christ. Etre aux frontières de notre société est pour moi très dominicain. Le contact avec l’athéisme, la « mal-croyance », les fragilités me correspond beaucoup car c’est là que je me sens bien. D’ailleurs, quand je pense à mes amis personnels je ne peux que constater qu’ils se situent majoritairement ici. Mais pour revenir à ce qui a le plus compté pour moi jusqu’à maintenant au sein des fraternités laïques dominicaines, je dirais que c’est la fraternité qui existe entre nous. Le fait que l’on s’écrive, se téléphone, qu’on partage nos joies et nos peines. Je trouve qu’entre nous la fraternité n’est pas un vain mot. C’est donc toujours avec beaucoup de joie qu’une fois par mois je fais deux heures et demie de route depuis Périgueux où j’ai déménagé pour rejoindre mes frères et soeurs dominicains en fraternité à Poitiers.

Vos amis non croyants comprennent-ils votre engagement de laïc dominicain ?

Tout à fait ! Parfois, ils ne manquent pas de m’interpeller : « Toi qui est engagé dans le monde associatif, comment peux-tu être dans cette Eglise ? » A chaque fois, je ne manque pas de leur répondre que si je ne suis pas d’accord avec tout, notamment avec la morale sexuelle de l’Eglise, je suis néanmoins très bien dans cette même Eglise qui confesse le Christ, qui fait Eucharistie.

Le pape François doit donc vous ravir, non ?

Ce qui me touche chez lui c’est sa simplicité, son humilité. Je ne sais pas s’il pourra aller au bout de ce qu’il cherche à mettre en place en termes de dépouillement de l’Eglise, mais je le souhaite profondèment.

 

(10 mai 2014)