La question fondamentale que pose tout humain concerne son bonheur. Évangéliser signifie apporter réponse à cette question existentielle.
L’évangélisation se doit de se faire entendre d’un monde qui ne prête plus l’oreille à l’évangélisation classique. Le monde d’aujourd’hui a besoin de personnes qui savent lui parler d’un Dieu d’amour et témoigner par leur vie que le Christ, fils du Père, nous enseigne le chemin du bonheur véritable. Tel est le but de la nouvelle évangélisation, nouvelle dans son ardeur, ses méthodes et expressions.
Pourquoi parler de nouvelle évangélisation? L’Église évangélise toujours et n’a jamais interrompu le cours de l’évangélisation. Chaque jour, l’Église célèbre le mystère eucharistique, administre les sacrements, annonce la parole de vie, s’engage pour la justice et la charité, ainsi évangélise-t-elle. S’accroissent malgré tout un processus de déchristianisation et une perte des valeurs humaines. L’évangélisation n’apporte plus une réponse convaincante à la question comment vivre. Pourtant l’Évangile est puissance de renouvellement.
Une nouvelle évangélisation devient nécessaire. Quatre ou cinq «croisades d’évangélisation» ont précédé au cours des millénaires passés, approfondissant non seulement les dogmes mais surtout l’engagement des chrétiens dans leur monde et la culture contemporaine.
L’évangélisation fut avant tout le fait de Paul et des Apôtres. Les trois premiers siècles de l’expansion du christianisme jusqu’à l’édit de Constantin, les personnes clés de l’évangélisation furent les Pères de l’Église. Les VIe-IXe siècles, après les invasions barbares, nous assistons à l’évangélisation de l’Europe grâce à Benoît de Nursie et Grégoire le Grand. Après la rupture du schisme d’Orient entre Rome et Constantinople (1504), une autre vague de renouveau spirituel se prépare avec Bernard de Clairvaux, Dominique et François. Aux XIVe et XVe siècles, les premiers humanistes chrétiens tels Érasme, Thomas More, et autres grands artistes comme Fra Angelico, Raphaël, Michel Ange, Léonard de Vinci livrèrent au monde par leurs œuvres et leur vie un vibrant témoignage évangélique de sagesse et de beauté, un art de vivre incomparable. Hélas, les responsables de l’Église ne surent toutefois profiter de leur vie évangélique. Suivit alors l’effritement de l’unité chrétienne avec Luther, Calvin et Henri VIII (1521-1583).
L’essor du protestantisme avait fait perdre à l’Église de son influence en de larges couches sociales. Ce qui n’empêcha pas la conscience chrétienne de s’affiner et le christianisme de progresser dans le monde grâce au Concile de Trente (1545-1563) et saint Charles Borromée. De Léon XIII au Concile Vatican II (XIXe-XXe), l’Église connaît un renouveau spirituel et missionnaire. Une lame de fond se fait sentir un peu partout. Peut être pas genre tsunami, mais une remise en question à tous les niveaux. D’où la nouvelle évangélisation relancée par Jean-Paul II en Pologne, en 1979.
Quel peut être l’objectif de cette nouvelle évangélisation? De nouveaux dogmes, une nouvelle façon de vivre son engagement chrétien, ou à la lumière de l’évangile, la source d’un bonheur véritable?
Jean-Paul II ne cessait d’utiliser le concept de nouvelle évangélisation. Un grand texte prophétique, Evangelii nuntiandi de Paul VI (1975) avait préalablement présenté une vision globale pour un renouveau de l’Église par une évangélisation présentée avec clarté.
La nouvelle évangélisation vise les personnes qui ont déjà eu contact avec l’Évangile et l’Église. Son but est de présenter une Bonne Nouvelle qui donne le goût de vivre en plénitude sans écraser ou condamner personne. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, xar je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,28s). La nouvelle évangélisation veut imprégner et transformer tout l’ordre temporel : le politique, l’économique, tout, même les cultures. « À nouveau monde, nouvelle évangélisation. » Le contenu de l’évangile demeure le même mais la façon de le proclamer change : « À vin nouveau, outres neuves. »
La nouvelle évangélisation doit chercher des médiations nouvelles pour rendre plus accessible le message chrétien, message de justice, de paix et d’amour, message de vie.
« On observe à tous les niveaux et à tout âge, écrivait le cardinal Honoré, une certaine déficience sinon une certaine carence dans l’aptitude à parler de la foi, on esquive la question qui dérange, on en reste à des clichés qui reflètent la pauvreté du langage » (les mots qui disent la foi). Fondée sur l’évangile, en contradiction avec l’individualisme contemporain, la nouvelle évangélisation insiste sur la valeur de la communauté, surtout ecclésiale. Cette évangélisation mise aussi sur l’engagement des laïcs et se veut attentive aux cheminements personnels et est ouverte à l’inter culturalité.
De même veut-elle rejoindre l’humanité par tous les moyens des communications sociales. Les gens ne viennent plus à l’Église; il faut donc les rejoindre dans la rue grâce à l’Internet, Face book, Tweeter, la TV, le cinéma et autres à venir.
Pour terminer, n’oublions jamais, pour ne point céder à quelque impatience, que les grandes réalisations commencent dans l’humilité. « Ce n’est pas parce que tu es grand que je t’ai élu, bien au contraire, tu es le plus petit des peuples. Je t’ai élu parce que je t’aime » disait Dieu à son peuple. « Le succès n’est pas un nom de Dieu ». La nouvelle évangélisation doit se soumettre au mystère du grain de sénevé et ne doit pas prétendre produire tout de suite un grand arbre. N’oublions jamais : « Jésus prêchait le jour et priait la nuit ». Ainsi en était-il de Dominique.
RESEAU octobre 2012 - Volume 24 – Numéro 3 - Courriel 35 - p. 24

