La nouvelle Evangélisation : acteurs d'avenir

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Réflexions du fr Jacques Sylvestre, o.p.
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On parle  « à temps et à contretemps » de Nouvelle évangélisation tout en se défendant bien de lancer un Nouvel Évangile dans le paysage ecclésial. Il est plutôt question de nouveaux mots et nouvelles méthodes destinés à transmettre aux hommes de notre temps le message de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus Christ.
 
Une question toutefois demeure: tout au long de son histoire, l’Église missionnaire, portant à bout de bras l’Évangile de lumière, ne fera-t-elle jamais qu’accompagner l’homme de son temps aux prises avec des découvertes qui ne cessent de le rendre presque étranger à ce qu’il est, ou des situations dont le réalisme lui échappe, ne vivant pas à proprement parler sur le terrain? L’Église ne pourrait-elle voir  plus loin, prévoir et débroussailler un sentier de vie nouvelle, devenir « acteur d’avenir »? Accompagner ou précéder, tel peut être le dilemme de notre Église contemporaine. Prolongerons-nous davantage le diagnostic d’un prélat, le cardinal Martini. L'évêque ambrosien appelle l'Église à reconnaître ses propres erreurs, « L'Église a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? Avons-nous peur ?»  Et l’Ordre de saint Dominique !
 
Lorsque Jean XXIII  lança l’idée d’un Concile, il voulait non seulement ouvrir les fenêtres de l’Église sur le monde de ce temps, mais davantage répondre aux signes des temps, à l’avenir comme du présent. Revient ici la réflexion du père de Lubac, s.j. : « Celui qui répondra le mieux aux besoins de son temps sera celui qui n’aura pas essayé d’abord d’y répondre ». On sait que le Concile voulut lui-même corriger l’objectif habituel dont certains pères tentaient de faire la promotion: reprendre et corriger si nécessaire la foi et l’engagement chrétien.
 
 Si l’Église était ouverte sur tous les plans, économiques, politiques, scientifiques et humains sans oublier les nouvelles technologies pour les éclairer de la lumière d’une foi créatrice (Sir.17:1+), ne pourrait-elle en profiter au lieu de spontanément toujours mettre en garde. Pour planifier l’avenir, ne serait-il pas  souhaitable de tenir compte entre autres de l’éventualité de progrès spectaculaires en toutes matières, progrès susceptibles d’accroître les  bienfaits de l’existence.
 
Nombreux sont les chercheurs talentueux, annonciateurs d’une ère radicalement nouvelle qui ne cessent de prévoir l’avenir possible. L’avènement de ce que d’aucuns appellent la post-humanité est à nos portes. L’humanité n’est pas menacée mais transformée, voire presque transfigurée  par la technologie. Les recherches méthodiques pour comprendre les futurs changements et leurs conséquences à long terme sont habituellement menées consciencieusement.  Nous ne sommes pas en science fiction mais sérieuse réflexion, même s’il peut survenir quelques dérapages. Heureusement pour nous, les réflexions concernant l’avenir de nos couvents au sein de la Province dominicaine canadienne ne concernent pas le présent seul, mais davantage l’avenir. L’Esprit du Christ  semble aux rendez-vous du 2715 et autres lieux dominicains.
           
L’appel de Jésus au publicain Lévi n’était pas « viens avec moi », mais « viens et  suis-moi ». L’Église de ce jour ne peut-elle faire davantage que d’accompagner l’homme sur ses routes cahoteuses? Le Christ n’est-il pas venu  sortir l’homme de ses routines légalistes et habituelles dévotions.  N’est-il pas venu proclamer avec un Royaume de justice, de paix et d’amour, une nouvelle forme d’incarnation? « Venez et voyez », invitait-il ses premiers disciples. Pareil projet ne pourrait-il inspirer vraiment notre actuelle réflexion? N’est-ce pas pareille vision inspirée du présent qui a enflammé l’âme et le cœur de Dominique?
 
Alors que la cybernétique, soucieuse de connaître nos origines, trace pour les modules des routes infinies dans l’univers astral, peut-on douter de ses capacités de collaborer à l’avenir de l’humanité et peut être quelque peu éclairer l’Église dans sa pastorale? Si la convergence de toutes les sciences a la possibilité de prévoir un avenir insoupçonné,  la foi ne pourrait-elle  de son côté  admirer avant tout les découvertes insoupçonnées, le travail des  chercheurs et l’attente des hommes, tout en présumant pertinemment  et prudemment des limites à ne pas franchir. Il ne s’agit pas de mettre un frein à la connaissance et de tiédir la vie, mais bien de la protéger contre toute restriction à une vie encore « plus vivante », fut-elle surtout dominicaine.
 
Mais quelle serait la  vraie vie?  Ne serait-il pas quelque peu déplacé de croire que nous en gardons jalousement le secret depuis des millénaires et un centenaire célébré dans la joie comme un trésor sauvegardé, alors que les signes des temps en demandent plus encore. Une oreille attentive et des technologies des plus prometteuses n’ouvrent-elles pas  des horizons jusqu’ici insoupçonnés mais probables? La raison ne peut-elle offrir à la foi un bras secourable? Nouvelle renaissance due aux progrès de l’intelligence et de la foi.
 
 « Et Dieu dit à l’homme: soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-là. »  (Ge. 1.27-28). Puisse l’Église synodale et notre Ordre, notre Province, « acteurs d’avenir », déblayer avec confiance et en « sainte prédication » des voies d’avenir!