La sainteté : une grâce pour tous !

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La sainteté : une grâce pour tous !
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En chaque Eucharistie, la terre est unie à la liturgie céleste qui se dévoile déjà à Isaïe dans le sanctuaire (Is 6,1-3) et tout au long des visions du témoin dans l’Apocalypse : et nous y unissons nos voix à celles des anges pour la louange éternelle de Dieu à laquelle nous sommes tous appelés.

Un peu comme dans ces si belles églises basques ou du nord de la Slovaquie, où certains des fidèles semblent rivaliser avec les anges, sont comme devenus les pierres de l’édifice, cachant les murs, remplissant les tribunes en bois successives qui montent jusqu’aux voûtes ou charpentes.

Oui grande fête aujourd’hui sur terre comme au ciel : fête de tous les saints !

Des saints bien sûr, connus, reconnus, canonisés, donnés par l’Eglise comme modèles sûrs pour suivre le Christ : saints célébrés tout au long de l’année, comme autant de guides vers notre Sauveur.

Et fête de tous ceux encore plus nombreux, inconnus de la plupart, sauf parfois de leur entourage. Nous connaissons tous des personnes qui nous sont proches, qui sont pour nous des guides sûrs, des témoins fiables sur notre route, qui éclairent notre marche de la lumière du Christ, dont nous disons sincèrement : « c’était, c’est un saint, une sainte ! »

La Toussaint : fête aussi de chacun de nous dans l’Espérance, car la sainteté n’est pas réservée à une élite, mais elle est une grâce pour tous, à accueillir fidèlement, en vérité, avec amour, de notre Sauveur.

Ainsi, « nous sommes entourés d’une nuée de témoins » (He 12,1a), déjà au ciel, qui nous ont précédés sur le chemin, de la foi, de l’espérance et de la charité, de la sainteté, ou encore sur terre, qui nous y accompagnent visiblement et invisiblement.

« Foule immense que nul ne peut dénombrer ». Foule constituée aussi de toutes les communautés chrétiennes répandues dans le monde entier, comme notre assemblée en ce jour ici, qui appartiennent, dans l’Espérance que nous donne l’Amour de Dieu victorieux de tout ce qui est mort en nos vies, à cette foule céleste de l’éternité bienheureuse. Oui nous sommes tous appelés à la sainteté depuis le jour de notre baptême, à entrer dans le mystère de la Communion des Saints où nous nous accompagnons et portons les uns les autres sur le chemin du salut. « Où une âme qui s’élève, élève le monde entier », où une âme qui s’avilie, avilie le monde entier, visiblement ou invisiblement, comme les membres d’un même corps les uns à l’égard des autres.

Foule incommensurable qui nous entoure, nous accompagne, nous entraîne, dont celle de tous ceux qui ont priés ici en cette église depuis des siècles : en action de grâce reconnaissante ou en intercession confiante, implorante ... Ecoutez les pierres qui résonnent de toutes ces prières, témoins fidèles et silencieuses : alors combien plus le cœur de Dieu … Ces pierres exhalent le parfum de la foi, de l’espérance et de la charité qui animent la généalogie séculaire de toutes ces prières : prières … des jeunes époux dans l’action de grâce, des pauvres désespérés et suppliants, d’un prêtre au bout du rouleau en son ministère, d’une vielle dame oubliée de tous, des jeunes adorant le Seigneur en son Saint Sacrement, de parents inconsolables dans l’épreuve sans nom de la mort de l’un de leurs enfants, des fidèles de la prière du chapelet, d’une personnes malades qui combat pour garder confiance en Dieu, prières pour un enfant consacré, prières pour tant de baptêmes, pour tant d’eucharisties, de pardons, de mariages, de sacrement des malades, de sépultures, tant de Notre Père, tant de Je vous salue Marie, tant de Magnificat, et tant de grâces reçues : oui « si nous nous taisons les pierres crieront » (Lc 19,40)

Foule innombrable figurée aussi par tous les ex-voto d’intercessions et de reconnaissances qui tapissent les murs et les piliers des églises de certains sanctuaires de pèlerinage.

Et foule à venir d’autant plus grande encore que sera fervent, avec la grâce de Dieu, notre témoignage pour transmettre la Bonne Nouvelle du salut pour la vie éternelle bienheureuse.

Foule innombrable, rassemblée par le seul Juste, tournée éternellement vers le seul Saint, l’unique Sauveur de tous les hommes, au ciel dans l’éternité bienheureuse et déjà sur la terre à travers l’histoire de l’Eglise (comme le contemple Gertrude von Le Fort, la « Claudel » allemande, dans sa nouvelle « La femme de Pilate »). Car Il est la source du salut, de la sainteté, de la joie éternelle de chacun des membres de cette foule innombrable, sauvés par le sang de l’Agneau de Dieu : qui ont confessé par toute leur vie, habités par l’Esprit d’Amour, que Jésus Christ est Seigneur, Sauveur, à la gloire de Dieu le Père.

En notre église pleine comme en ce jour, ou seul à y prier à certaines heures du jour, « nous sommes entourés ainsi de cette nuées de témoins », comme un fleuve de grâce qui nous porte, nous pousse, nous entraîne. Jésus nous l’a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20) : quand tu pries dans le secret de ton cœur, Dieu est là (Mt 6,6) : quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18,20) » et par excellence en chaque Eucharistie. Et alors tous ceux qui sont avec le Seigneur dans gloire sont donc auprès de nous : en Lui, par Lui, avec Lui, qui est parmi nous.

Réunis au nom de Jésus, alors Il est au milieu de nous, nous sommes auprès de Lui sur la haute montagne qu’est chaque lieu où est célébré le très Saint Sacrifice de la messe : laissons-nous enseigner par Lui. Il nous donne la feuille de route de la sainteté pour la béatitude éternelle qui est contemplation éternelle de Dieu.

Tous les saints ont vécu des béatitudes, quelques soient leurs charismes propres, à commencer par Jésus lui-même qui tressaille de joie (Lc 10,21), par la Vierge Marie qui se réjouit (Lc 1,28), exulte de joie (Lc 1,46-55). Alors, fréquentons les Saints, lisons leur vie comme un 5ème évangile, prions-les, vivons chaque jour dans la Communion, l’amitié des Saints, de ses grands frères en Christ crucifié et ressuscité, qui nous sont à chacun plus proches, vénérons leurs reliques : ils nous apprendront d’autant mieux à mettre nos pas dans les pas de Jésus, le seul Saint

Oui « Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui leur furent dites de la part du Seigneur (Lc 1,45) : heureux ceux qui écoutent les paroles de béatitude du Seigneur et les mettent en pratique (Lc 11,28) : heureux ainsi ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29)

« Sachant cela, heureux serez-vous si vous le faites (Jn 13,17) : alors votre joie, nul ne pourra vous la ravir (Jn 16,22) : alors vous aurez en vous-mêmes ma joie en sa plénitude (Jn 17,13) » : pas une petite joie, mais l’unique joie éternelle : alors, « vous vous réjouirez d’une très grande joie » (Mt 2,10), « méga » en grec !

L’appel à la sainteté est pour tous : il est un appel à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, jusqu’à la fin. La sainteté pour atteindre la vision béatifique éternelle n’est pas une matière à option. Elle en est l’unique chemin. Heureux sommes-nous d’y être invités : heureux sommes-nous de connaître cette invitation : heureux sommes-nous d’y répondre avec la grâce de Dieu : heureux sommes-nous de faire connaître cette invitation à nos frères par notre témoignage : comme l’ont fait pour nous tous les saints.

Une vraie joie partagée augmente : une peine partagée, écoutée, diminue.

Une vraie bonne nouvelle, une telle invitation à la béatitude éternelle, il n’est pas possible de la garder pour soi. Les saints l’ont compris : c’est l’histoire de toute leur vie, de tout leur témoignage. C’est l’histoire de notre vraie vie dès ici-bas pour l’éternité bienheureuse avec tous nos frères.

Saint Irénée méditait ainsi : « La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant : et la vie de l’homme, c’est de voir Dieu » éternellement.

Fr. Nicolas-Bernard Virlet o.p.

 

(02 novembre 2017)