Grégoire de Nysse, au IV°s., propose dans son traité sur « les noms des psaumes » la comparaison de la sculpture pour amener son lecteur à laisser la Parole le travailler intérieurement de manière mystèrieuse.
Ainsi, il en va comme pour le sculpteur dont le but du travail est de rendre la pierre semblable à un objet existant : l’œuvre n’est pas commencée d’emblée par la fin, mais les règles de l’art imposent à leurs efforts un certain ordre. Il faut d’abord détacher la pierre du bloc attaché à elle, rogner ensuite tout autour les saillies (…), travailler la pierre en creusant ces parties ; et puis, au moyen d’outils plus fins, à la surface plus régulière, racler et lisser les aspérités de la pierre et alors donner à ce qui reste la ressemblance de la forme du modèle, enfin rendre brillante et plus unie la surface de la pierre.
De même, toute notre nature ayant été, pour ainsi dire, pétrifiée par l’inclination vers la matière, la parole qui nous taille à la ressemblance de Dieu suit, pour atteindre la but, un certain chemin et une certaine progression : tout d’abord, elle nous sépare, pour ainsi dire, d’une sorte de bloc de rocher attaché à nous, je veux dire la malice à laquelle nos étions portés par une certaine relation; puis elle rogne tout autour de la matière première le superflu ; après quoi elle commence à façonner l’objet à la ressemblance du but, en faisant disparaitre ce qui s’oppose à l’imitation ; et ainsi, par l’enseignement plus fin des idées, en raclant et en polissant notre pensée, elle dessine en nous, au moyen des figures de la vertu, la forme du Christ à l’image de qui nous étions au commencement et nous sommes à nouveau.

