Lâcher le corps: Dis-moi où tu l’as mis et j’irai le prendre

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Évangile selon saint Jean, chapitre 20, verset 15
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Lâcher le corps: Dis-moi où tu l’as mis et j’irai le prendre
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Grünewald a peint ce mouvement inouï, où la terre lâche le corps de Jésus crucifié, pour nous faire comprendre comment la puissance de Vie du Christ ressuscité nous libère. Au matin de Pâques, Marie appelle le jardinier pour retrouver la trace du corps qui lui a donné la vie ; Marie, appelée par son nom, se laisse saisir par la Parole qui lui redonne vie.

La Parole ne saurait être tenue ou retenue. C’est elle qui saisit. Vivante, elle se donne sans pouvoir être possédée. Elle échappe. Ce qui est attrapé n’est pas la Parole, mais, peut-être et seulement, sa trace. Elle touche et transforme. Son empreinte fait mémoire comme un parfum diffuse une odeur subtile, comme une vapeur signale la présence d’une source chaude tellurique. Grande serait la tentation de vouloir mettre la main sur le corps.

Dans ce cas, la main saisirait un leurre. Le tombeau est vide de tout cadavre. La Parole en corps vit. Telle est la découverte des femmes portant les aromates au matin du jour de Pâques. Nous aussi, nous devons dénouer les lanières que nous mettons à l’autre si nous voulons le rencontrer.

C’est la condition pour qu’il soit une parole pour nous, pour qu’en nous vive l’Esprit que nul ne peut saisir. C’est notre seule chance de pouvoir être vivant. Ayant lâché l’autre ou ayant été lâchés par lui, nous restons sans prise.

C’est notre libération qui vient. Nous devenons corps en parole quand nous nous laissons être écoute, disponibles à recevoir toute parole qui vient à nous, prêts à nous laisser étreindre par elle sans lui mettre la main dessus, mobilisés pour servir le corps qui nous la donne. Nous pouvons alors reconnaître sur la croix le Verbe venu chez les siens et proclamer avec le centurion : « Vraiment, celui-ci est le Fils de Dieu. »*

Nos corps, dans une envolée spontanée, peuvent à leur tour vibrer à l’unisson sans être confondus. Dans l’étreinte qui les réunit, le souffle de l’Esprit les sépare tout en les rendant proches. C’est le Christ Jésus ressuscité qui réalise notre communion ; celle-là même qui s’appelle Trinité ou encore Amour. Alléluia !

* Évangile selon saint Matthieu, ch. 27, v. 54.

Frère Thierry-Marie Courau Frère Thierry-Marie Courau

 

(16 avril 2017)