Le laïcat dominicain : Partie intégrante de l’enracinement culturel de l'Evangile

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- Réflexions à partir de la perspective d'un frère prêcheur -
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fr. David M. Kammler OP
Promoteur Général du Laïcat Dominicain


Introduction

En 2011, en tant que sœurs et frères de St. Dominique, nous allons déjà vers la deuxième moitié des “années jubilaires”, vers notre pèlerinage spirituel commun de renouvellement qui culminera en 2016, quand nous célèbrerons le 800ème anniversaire de l’approbation officielle de notre Ordre des Prêcheurs. C’est avec plaisir que je remarque d’année en année, au sein de notre famille dominicaine, une prise de conscience croissante concernant les slogans annuels et une réponse active à ces derniers (ex.: 2007 = Contemplation / 2008 = Rosaire / 2009: St.Dominique, Prêcheur de la Grâce / 2010 = Mission de Prédication).  Donc, dans les programmes de formation provinciaux et locaux, ces thèmes sont traités de plus en plus, comme l’avait proposé il y a quatre ans le précédent Maître de l’Ordre, Fr. Carlos: « Je souhaite inviter chaque entité de l’Ordre ainsi que chaque communauté et individu à commencer le long processus de renouvellement à travers des réflexions, des décisions et des actions entreprises se rapportant à notre façon de vivre en tant que prêcheurs de l’Evangile. »  Comme vous le savez, dans la liste des thèmes annuels déjà publiés jusqu’en 2016, le Thème du Jubilée suivant:  “Prédication et Culture / Prédication Communautaire” a été assigné à cette année 2011.  “Comment prêchons-nous, en tant que communauté, et en tant que membres de notre Ordre dans ses différentes branches, est-ce que nous prêchons en tant que communauté? Nos prêches tiennent-ils compte de diversités culturelles?” – le fait de réfléchir à ces questions et d’en discuter encouragera et renforcera notre mission actuelle de prédication, essentielle à notre vocation chrétienne dominicaine.

Inculturation dans l’histoire du salut

Comme titre biblique du thème du Jubilée 2011, ce sont les célèbres vers des Actes 2:11 qui ont été choisis: “Nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu”. Le miracle de la Pentecôte, le jour de l’évènement qui donna naissance à l’Eglise, souligne la diversité des “langues” culturelles , dans laquelle Dieu lui-même veut s’incarner. Le Saint Esprit agit comme un réel “interprète interculturel”. Dès le commencement, Dieu a choisi dans sa création des interprètes pour révéler et traduire son amour incompréhensible pour l’imagination humaine. Les merveilles et la variété de la création (cf. Ps 19: “Les cieux proclament la gloire de Dieu ...) et à travers elle, l’être humain à son image, parlent dès le début de la puissance des actes de Dieu. Dans l’histoire du saint peuple de Dieu, des expressions caractéristiques comme “Père”, “Berger”, “Roi”, “Amant”, “Marié”, et beaucoup d’autres, ont été prises à partir de leurs contextes socioculturels respectifs comme moyens pour inculturer la relation entre Dieu et l’humanité.
Le langage de la liturgie était à l’origine le lieu de prédilection de l’inculturation, comme on le remarque de façon évidente dans la connexion verbale entre “cultus” (culte) and “culture”! D’autre part, chaque terme religieux est une interprétation, et donc n’est pas identique avec l’original, mais s’en approche plus ou moins. Notre langage de la foi est toujours symbolique. Le dicton italien “traduttore - traditore” (“traducteur  = traître”) souligne le fait que les contaminations d’une culture à l’autre ne se produisent jamais sans altérations. Les célébrations liturgiques hébreux-juives et chrétiennes, y compris nos sacrements chrétiens, sont un exemple qui montre à quel point les symboles traditionnels peuvent prendre une signification nouvelle, actuelle et modernisée. En outre, normalement, un écrivain ou un poète n’invente pas un nouvel alphabet en créant un nouveau texte, mais en décrivant une situation, il/elle met des mots traditionnels dans un nouveau contexte. L’esprit saint est une garantie que même avec un registre de mots humains limité, coloré de différences culturelles, l’ineffable réalité divine éclate au grand jour. Dans nos doutes humains compréhensibles sur la façon dont articuler les mots appropriés dans une situation spécifique, Jésus confirme déjà: “Ce ne sera pas toi qui parle mais l’esprit de ton Père qui parle à travers toi” (Mat. 10:20). A l’encontre de la tendance actuelle favorisant la méditation approfondie et l’étude, les vieux prophètes osaient formuler:  Ainsi parle le Seigneur: “ I  ....” – et suivaient les mots de mise en garde, accusant ou réconfortant, dans un discours direct.  

Si l’on réfléchit à “l’inculturation” de la présence de Dieu dans la condition humaine, pour nous chrétiens, l’Incarnation personnelle de l’Eternelle Parole de Dieu en Jésus Christ est l’unique, l’inégalable événement de l’histoire du monde. Quand il prêche son message du “Royaume des Cieux”, il ne prêche pas avec des expressions philosophiques abstraites. Ses paraboles sont tirées de situations ordinaires de tous les jours. Pour s’adresser à Dieu, il nous invite à utiliser les mêmes expressions qu’un enfant aimant qui s’adresse à son Père avec le mot de "Abba". Le fait qu’il y ait quatre Evangiles canoniques nous indique que les évangélistes parlaient déjà de différentes situations sociales et cultures. Dans les Actes des Apôtres, le célèbre discours de St. Paul aux Grecs à l’Areopage d’Athènes (Actes 17,22-33) pourrait être considéré comme la première tentative d’inculturation. Environ en l’an 50 av. J.C, au Conseil de Jérusalem, l’inclusion des païens et l’inculturation de la culture païenne était confirmées. La philosophie grecque fit son apparition  à l’époque où le christianisme trouvait sa formulation théologique. Pour inculturer la foi parmi les citoyens de l’empire romain,  le langage latin fut adopté; des titres et des fonctions de l’Empereur Romain furent même transférés  au pape et à la structure de l’Eglise. Afin d’obéir aux instructions de Jésus après sa résurrection pour prêcher la Bonne Nouvelle à toutes les nations, la Bible a été traduite de nombreuses fois (De nos jours il existe des éditions de la Bible complète en 451 langues, du Nouveau Testament en 1185, de traductions partielles en 2454!). Chaque traduction des Ecritures est un exemple d’inculturation. L’influence entre la prédication de l’Evangile et la culture est réciproque, comme on peut le voir, par exemple, dans ma langue maternelle, l’allemand:  grâce aux mystiques Dominicains du Moyen Age dans la région du Rhin et, plus tard, grâce à martin Luther, le vocabulaire du langage commun a été enrichi par de nouvelles expressions. Après la découverte de nouveaux territoires, l’Eglise a dû réfléchir et apprendre à évaluer les éléments de la culture ancienne non chrétienne. Il y a d’innombrables témoignages s’inculturation, provenant de laïcs et  inspirés par la source de créativité qu’est la Bible,  en architecture, peinture, poésie, musique et dans d’autres arts !

De nos jours également, l’inculturation de l’Evangile suit  le modèle suprême de l’Incarnation de la parole de Dieu. Créée par l’Esprit Saint, la Parole de Dieu devient chair, elle libère et affine les valeurs spécifiquement humaines sommeillant à la base de chaque culture. C’est un dialogue continu, qui apporte le pouvoir de l’Evangile au cœur des cultures, et, en outre, l’Evangile devient un mot concret pour chaque culture. Notre prédication, en tant que membres de la famille dominicaine, suit donc la logique de l’incarnation, comme une façon d’“enraciner” l’Evangile dans un temps et un lieu spécial.

Après ce “voyage accéléré” à travers l’histoire chrétienne et biblique du salut, il est maintenant temps de demander:  Quelle pourrait être la contribution spécifique des laïcs dominicains impliqués dans l’enracinement culturel de l’Evangile, afin que les gens qui vivent en 2011 puissent nous entendre publier dans leurs langues les merveilles de Dieu?

Laïcs dominicains impliqués dans l’enracinement culturel de l’Evangile

Tout d’abord, mon rôle n’est pas de vous donner de sages conseils pour vous dire qu’il ne vous reste plus qu’à ramasser les miettes pastorales, après que nous, les frères, ayons terminé notre banquet de cinq plats. Au contraire, en tant que membres religieux de la famille dominicaine, nous devrions vous regarder et vous écouter, pour discerner quelle sorte de “langue” l’Esprit Saint vous a spécialement confiée en tant que citoyen laïc du peuple de Dieu royal, sacerdotal, et prophétique. Le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique  “Redemptoris Missio” (1990), aborda les aspects de l’inculturation en disant que “l’inculturation doit impliquer tout le peuple de Dieu et pas seulement quelques experts, car le peuple reflète l’authentique sens de la foi (sensus fidei) qu’il ne faut jamais perdre de vue (No. 52)”. C’est donc avec admiration et beaucoup de respect que je veux m’intéresser à ce qui est déjà en train de se passer ! Je suis convaincu qu’il y a beaucoup à apprendre de vos expériences, par exemple en tant que grands-parents, enseignants et catéchistes, en tant que personnes engagées en politique et dans la société, dans les arts et les métiers, dans les paroisses et grâce aux contacts avec les non-chrétiens et même les non-croyants !

Vous êtes les véritables interprètes de l’inculturation de la foi dans les familles et  leur entourage, dans vos cercles d’amis et de connaissances,  dans votre vie professionnelle. Les qualités essentielles que nous attribuons à Dieu, comme “Amour, Protection, Solidarité, Pardon, Libération, Compassion ...” ne restent que de vains mots, s’ils ne se traduisent pas par l’expérience humaine vécue. Cela sera l’inculturation la plus intense, beaucoup plus convaincante que des paroles ou des écrits. Nous devenons nous-mêmes des “paroles de Dieu” vivantes, aussi dans nos comportements imparfaits, “mais ce trésor nous le portons en des vases d’argile (2Cor 4,7a)” et donc toujours dépendants de la Grâce de Dieu  indulgente et complémentaire. Quand la situation le permet, nous aussi nous pouvons oser “donner une explication “à quiconque vous demande une raison de l’espérance qui est en vous (1 Pierre 3, 15b)”. Il est certain que la capacité  de donner des témoignages de foi appropriés nécessitent une formation et doit être pratiquée. Le récent Chapitre Général des frères, qui s’est tenu le 20 septembre 2010 à Rome, a demandé que toute la famille dominicaine, y compris les personnes laïques, reçoivent une documentation pour la prédication et promeuvent la création d’écoles et de centres de prédication régionaux dans l’ordre (Actes CG/Rome, No.149+170). Rétrospectivement, nous sommes souvent surpris de réaliser  que nous avons donné une réponse appropriée dans une situation imprévue. Pendant plus d’un an, le Conseil des Fraternités Laïques Européennes a recueilli de courtes histoires de prédication laïque de laïcs dominicains sur le site web (www.laicatuspraedicans.net). En partageant leurs expériences de prédication dans leur environnement professionnel, leur famille, paroisse, communauté locale, ils encouragent et stimulent leurs frères et sœurs laïcs dans leur prédication. S’il y a de plus en plus de laïcs européens motivés pour apporter leur contribution (- d’autres régions pourraient installer un site web semblable -), leur exemple créera un précédent.  Il faut souhaiter que ces témoignages d’inculturation stimuleront notre Famille Dominicaine pour la prédication. La vigne du Seigneur, où nous nous trouvons, a besoin de façon vraiment urgente de collaborateurs  capables  de travailler en équipe. En outre, il y a de plus en plus de sociétés “postchrétiennes” (par exemple: dans mon pays l’Allemagne, seulement un enfant sur sept est baptisé !).  

Vous êtes des interprètes appropriés pour inculturer les valeurs de l’Evangile dans la société, l’économie et la politique.  Les laïcs sont les premiers à être appelés à transformer la société, en collaboration avec les  évêques, le clergé et les religieux, en divulguant l’Evangile dans les mentalités, les coutumes, les lois et les structures du monde  laïc dans lequel il vivent. Au cours des siècles, de nombreux Dominicains laïcs, hommes et femmes, ont transmis le message libérateur de Paix et de Justice dans les structures de leurs sociétés. Il ne s’agit pas seulement de personnes laïques connues comme feu le Maire de Florence/Italie, Giorgio La Pira (+1977). Beaucoup d’autres, anonymes, se sont engagés dans des projets sociaux de bénévolat, et ont découvert que la laïcité leur permettait d’exercer véritablement la prédication. Une organisation internationale comme notre ordre, est appelée à agir localement et à penser (et aussi pourquoi pas à agir) globalement. Les membres de la Famille Dominicaine en Irak, au Pakistan, à Haïti, et ailleurs sur d’autres continents, doivent savoir que nous ne les oublions pas dans nos  prières ni, si possible,  dans notre soutien actif! Notre solidarité est demandée collectivement, comme nous exhortait la lettre aux Galates: “Faites du bien à tous, mais spécialement à ceux qui appartiennent à la famille de la foi. (Gal 6,10b)”.  Il ne faut pas nécessairement y travailler à temps plein, je connais certains frères et sœurs laïcs dont l’apostolat  est d’écrire, de temps en temps, des lettres à des rédacteurs de journaux; “plus c’est court et mieux c’est !” – ni détenir un charisme spécial ou être particulièrement instruit ou intelligent.  En somme, en tant que laïcs dominicains vous pouvez aider les frères à ne pas prêcher d’une façon trop éloignée des préoccupations essentielles des laïcs !  Nous sommes dans la même barque, nous avons besoin de votre formation et collaboration pour que nos sermons liturgiques gardent les pieds sur terre et ne s’envolent pas comme des ballons de spéculations théologiques. 

Vous êtes des interprètes adéquats, comme Jésus l’était avec ses paraboles, pour trouver dans notre vie de tous les jours les paraboles modernes cachées, même dans le monde laïc, et qui révèlent les qualités du “Royaume des Cieux”. Jésus prenait comme modèle la vie quotidienne de sa société et de sa culture pour la dimension religieuse, par exemple  le boire et le manger (vin /levain), la nature (graine de moutarde /  le semeur / figuier stérile / vigne et branches), les animaux (brebis égarée / filet des poissons / oiseaux du paradis), les professions (semeur/ berger / juge injuste / serviteur impitoyable / bâtisseur improvisé), économie (argent perdu / perle d’une grande valeur / dix talents / les deux débiteurs / trésor caché) ou la communauté sociale (ami à minuit/ enfants au marché / invitation à une fête / invités à dîner / cérémonies de mariage). Il n’est pas déraisonnable d’affirmer que dans ses paraboles, Jésus, de nos jours, aurait employé lui aussi nos mots actuels – y compris ceux liés aux nouvelles technologies. Les jeunes générations, vivant dans un monde différent de leurs parents, ont leur “culture” spécifique :  un monde de communication digitale interactive, navigation sur Internet, téléphones portables, i-Pad, facebook, twitter etc. Comment trouver un accès au “langage” des jeunes adultes qui vivent souvent comme “des brebis sans berger”(Mk.6:34c) – pour employer les termes bibliques traditionnels – ? En ce qui me concerne, j’ai grandi à une époque antérieure à la télévision, et j’ai beaucoup d’admiration pour toutes les opportunités offertes par les  miracles de la technique moderne. Pourquoi devraient-ils être exclus de la Proclamation de la Gloire de Dieu (cf. Ps. 19)? Par exemple: J’utilise parfois une parabole technique pour décrire la relation entre Jésus Christ et son église, en disant que chacun de nous est un “Pixel”: un point tout petit mais important dans la composition de l’écran dans son ensemble, pour former une image qui révèle la face de Jésus Christ dans notre monde.  Chacun de nous a une couleur et une position différentes dans l’entière “mosaïque”. Elles sont différentes dans leur fonction mais de valeur égale, et cela caractérise aussi la structure de notre famille dominicaine entre ses différentes branches et entités. Donc, les paraboles biblique classiques de l’église vivante décrite comme  “un édifice construit de différentes pierres” –  avec le Christ comme  “pierre angulaire”  (cf. Eph. 2:20b) ou encore la comparaison bien connue avec les  “différents membres d’un corps” – avec le Christ comme “tête” (Col. 1:18)  peuvent trouver une corrélation contemporaine actualisée.

Vous êtes des interprètes qualifiés en ce qui concerne la dimension religieuse de l’inculturation à travers les arts dans toutes leurs multiples manifestations  - visuelles, auditives et que l’on peut appréhender avec tous nos autres sens. La créativité humaine, qui nous est confiée par Dieu le Créateur, donne naissance à des “langages” artistiques qui vont bien au-delà de la perception rationnelle et nous laissent approcher les sources les plus profondes de la vie. La culture des arts permet la communication de cœur à cœur, en dépassent les barrières géographiques et sociales. Au cours de mes visites, j’ai le privilège d’entrer en contact avec de nombreux membres de la famille dominicaine qui prêchent par le biais de l’art. Ils n’ont pas l’intention d’obtenir une célébrité internationale, comme feu nos frères Fra Angelico, Maître Francke, ou l’écrivain et Prix Nobel Norvégien Sigrid Undset (+1949). La plupart des frères et sœurs dominicains laïcs qui sont artistiquement doués, ne sont connus et estimés que par  un cercle limité d’amis et admirateurs.  Mais ils sont tout de même d’importants prêcheurs du mystère divin. Même s’ils ne produisent pas de l’art à proprement parler, ils prêchent pour éveiller les gens à la dimension de la foi dans les d’œuvres d’art. Je connais, par exemple, en Europe et en Amérique Latine, des membres de Chapitres laïcs auprès d’églises et musées connues, qui servent de guides aux touristes. En expliquant la signification des différentes œuvres d’art, ils délivrent une véritable catéchèse, spécialement pour les enfants et à tous ceux qui ne participeront jamais à une cérémonie liturgique régulière. Les laïcs dominicains sont aussi impliqués dans les arts contemporains. Par le biais du cinéma, ils invitent les gens à des projections de films qui traitent de sujets humainement émouvants ; ensuite, ils engagent un débat avec l’assistance.  Les témoignages de prédication dominicaine à travers les arts sont nombreux. Au cours de ma visite au Vietnam, j’ai reçu en cadeau un livret avec des textes de chansons modernes, écrites par des frères et des sœurs laïcs dominicains. Des travaux similaires ont été produits par des frères et des sœurs également dans d’autres pays. Enfin, comme vous le savez, sur le site web official de notre ordre (www.op.org), sous le lien du Jubilée Dominicain, il y a aussi une galerie d’art et une section de poésie où figurent les réalisations  artistiques sur les thèmes différents du Jubilée par les membres de la famille dominicaine, comprenant également celles des dominicains laïcs.

Vous êtes des interprètes authentiques, de la crucifixion et de la résurrection de Jésus Christ. Dans la partie de l’Evangile concernant la Passion, des femmes laïques ont été les seules à rester en bas de la croix, et ce sont elles aussi qui ont proclamé sa résurrection
(-“Les femmes dominicaines et la prédication” sera le thème de l’année prochaine!). La “proximité compatissante” de Dieu, même dans la faiblesse et la souffrance,  peut être prêchée de façon plus convaincante  par ceux qui sont faibles et qui souffrent, sachant garder la foi et l’espoir. Quand au cours de mes rencontres avec les Fraternités/Chapitres je demande combien de membres il y a dans un groupe, on me répond souvent: “Oh, en fait nous sommes ... (= et on me donne le nombre de membres enregistrés) .., mais malheureusement, certains d’entre nous sont vieux, malades et ne peuvent pas  se déplacer.” Ma réponse est toujours la même: “Ne vous en faites pas, même les absents restent des membres de prédication pleinement actifs de votre groupe ! Plus que nous ne le faisons, en tant que personnes plus ou moins en bonne santé, ils prêchent, dans leur appartement ou même dans leur lit, le Christ compatissant et crucifié.” L’activité de prédication des laïcs dominicains ne doit donc pas être concentrée seulement sur une mobilité externe – sinon les sœurs dominicaines contemplatives ne pourraient pas appartenir  à l’Ordre des prêcheurs ! En suivant Jésus dans sa Passion, il peut y avoir aussi dans notre “Chemin de Croix” personnel et collectif une prédication authentique de la présence compatissante et de l’amour de Dieu, dans un monde de violence, de souffrance et de destruction.

Laïcs Dominicains – inclus dans la prédication communautaire de l’Evangile

Il existe un dicton, attribué à feu l’évêque brésilien Dom Helder Camara: “Si l’on rêve tout seul, c’est seulement un rêve, si l’on est nombreux à rêver, c’est le début d’une nouvelle réalité”. Le rêve de St. Dominique était d’“enraciner” la vision de l’Evangile dans les communautés de son temps. Il a confié cette vision, à vous aussi, en tant que personnes chrétiennes laïques.  Proclamer la Grâce de Dieu “en priant, bénissant, prêchant” est notre vocation commune. Les Actes du Chapitre Général des frères,  Rome/2010, soulignent: “les laïcs dominicains, en tant que membres de l’ordre Dominicain, forment une seule famille avec les moniales, les frères et les sœurs  et partagent la mission apostolique de l’Ordre et de l’Eglise (Actes CG/Rome, No.148).” Au cours de cette année, des exemples déjà mis en pratique de prédication communautaire seront recueillis. Partout dans le monde, des communautés dominicaines de frères, de moniales, de sœurs et de laïcs annoncent de plus en plus la Bonne Nouvelle d’une façon communautaire, ou dans un contexte interculturel, œcuménique ou interreligieux. La publication de ces histoires sera réalisée par l’IDI (International Dominicain Information) sur le site web de l’Ordre. A travers ce partage, la volonté de lancer des projets communs au sein de la famille dominicaine pourrait se développer. Nous sommes unis sous le même toit, soutenus par nos quatre piliers classiques:  Prière, Etude, Communauté et Mission. Le dernier pilier, la Mission, n’a naturellement pas la même valeur que les trois autres, elle est le plier clé, décisif; pour la Mission de Prédication, la prière, l’étude et la communauté sont les éléments essentiels de notre identité dominicaine au sein de la communauté de l’Eglise.
A la fin de l’année dernière, en visitant la famille dominicaine d’Afrique du Sud,  j’ai appris à décrire ces éléments constitutionnels de notre Ordre avec un symbole interculturel typiquement Africain: c’est le “firepot” (le pot que l’on met sur le feu), un point essentiel de rassemblement. Autour de ce pot qui sert à cuisiner, la communauté se rassemble non seulement pour se nourrir, mais aussi pour communiquer, partager ses expériences et discuter, célébrer  et faire des projets. Le pot, au-dessus de la flamme, est maintenu par trois pierres (dans sa forme moderne par un trépied préfixé) . Notre mission de prédication dominicaine est comme le “firepot”, soutenu par les “trois pierres” : prière, étude et communauté. La nourriture contenue dans le pot est la Parole de Dieu qui donne la vie. Les épices et les autres ingrédients peuvent être culturellement différents. En tant que disciples de Jésus, nous sommes appelés à ne pas nous contenter de l’autosatisfaction, et pour remplir la mission de Jésus : “donnez-leur vous-mêmes à manger ! (Mat. 14,16b)” aux gens de notre temps qui ont faim et qui ont soif. En distribuant la nourriture de la vie, bénie par Jésus, vous, les laïcs dominicains, avez une tâche spéciale dans notre “équipe” au service de l’inculturation dominicaine et de la distribution physique et spirituelle!