Le Père Henri Burin des Roziers est mort

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Le Père Henri Burin
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Avocat des « sans terre » au Brésil, le dominicain Henri Burin des Roziers est décédé dimanche 26 novembre à Paris à l’âge de 87 ans.

L’avocat des « sans terre » en Amazonie, le dominicain français Henri Burin des Roziers, est décédé dimanche 26 novembre au couvent parisien Saint-Jacques (XIIIe arrondissement), à l’âge de 87ans. « Il était encore très vif, très blagueur », raconte un membre de sa grande famille, qui avait l’habitude d’aller le voir dans son couvent dominicain. « Il était rentré à Paris il y a trois ans, après trois AVC, et cela avait été un arrachement pour lui de quitter le Brésil », poursuit ce proche.

Né en 1930 à Paris, dans une famille de cinq enfants de la haute bourgeoisie catholique, Henri Burin des Roziers avait été profondément marqué par la guerre d’Algérie, qu’il vécut comme sous-lieutenant (1954-1956). Après avoir obtenu un doctorat de droit en 1957, il entre chez les dominicains en 1958, à la suite d’une rencontre avec le Père Congar.

Ordonné prêtre à Paris en 1963, en pleine période conciliaire, il devient aumônier de la faculté de droit, rue d’Assas. Dans un livre d’entretiens (1), il a raconté comment, en tant qu’animateur du Centre Saint-Yves en Mai 68, il n’hésite pas à cacher des étudiants recherchés et à les transporter dans sa voiture, en habit dominicain.

Sous la pression des politiques locaux

En 1970 et pendant plus de dix ans, il devient travailleur social à Annecy (Hautes-Savoie), notamment auprès des immigrés tunisiens employés dans des petites usines et souffrant du racisme et de problèmes de santé. Épris de justice, il défend ces travailleurs immigrés devant des tribunaux du travail, ce qui ne plaît guère aux politiques locaux. Sous la pression de ceux-ci, qui n’apprécient pas non plus ses engagements pour les clochards et les gens du voyage, il doit quitter sa paroisse d’Annecy.

C’est à ce moment-là que des exilés dominicains brésiliens attirent son attention sur les problèmes de leur pays.

Lorsqu’il est envoyé par sa congrégation au Brésil, en décembre 1978, il se met aussitôt au service de la Commission pastorale de la terre (CPT), créée deux ans plus tôt par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). La mission de cette commission est à la fois d’appuyer le rêve populaire de réforme agraire et d’accompagner les petits paysans dans leur lutte contre les injustices.

Avec d’autres dominicains en Amazonie et quelques syndicalistes qui luttent contre la répression de la dictature de l’époque, « Frei Henri » se lance dans la défense des damnés latino-américains avec la même énergie qu’il avait mise à défendre les immigrés nord-africains. Il travaille sept jours sur sept avec acharnement, animé par son amour des pauvres et sa foi à déplacer les montagnes.

Quatre millions de sans-terre au Brésil

Avec la fin de la dictature et les promesses de réforme agraire, les quatre millions de sans-terre au Brésil mettent leur espoir dans le Mouvement des sans-terre (MST). Mais en Amazonie, face à la brutalité des « fazendeiros », les grands propriétaires fonciers, le MST ne réussit pas à s’implanter.

Ce qui amène le dominicain à s’engager pour faire libérer des paysans emprisonnés et torturés pour avoir occupé des terres en jachère, pour expliquer ce que « porter plainte » veut dire et aider à surmonter la peur des représailles, pour accompagner les paysans à la police fédérale puis chez un avocat spécialiste du droit du travail, pour défendre leur famille quand des paysans sont retrouvés horriblement assassinés…

Ces « fazendeiros » mettront sa tête à prix, si bien que le Père Burin de Roziers doit embaucher un garde du corps pour se protéger d’éventuels « pistoleiros » et autres tueurs à gages.

En 2000, le dominicain obtient la première condamnation d’un « fazendeiro » devant le tribunal de Belém. Et en 2003, il est nommé membre de la Commission nationale brésilienne contre le travail esclave. Pour autant, les choses n’ont guère changé depuis quarante ans. La réforme agraire est en panne, les sans-terre sont toujours persécutés et l’impunité des coupables est totale.

Les obsèques du Père Burin des Roziers seront célébrées vendredi à 15 heures, au couvent Saint-Jacques (20 rue des Tanneries, 75 013).

Claire Lesegretain

 

(28 novembre 2017)