Le secret de S Thomas d'Aquin

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S Thomas d'Aquin
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D'après fr Torell op

 Il était grand et gros. Les témoignages sont concordants: il était de haute taille et avait de l'embonpoint; brun de teint et blond de cheveux, mais le front dégarni. L'apparence devait être harmonieuse car, lorsqu'il passait dans la campagne, le bon peuple abandonnait ses travaux et se précipitait à sa rencontre "admirant sa stature imposante et la beauté de ses traits". Sauf peut-être aux tout derniers temps de sa vie, on aurait donc tort de s'imaginer un obèse impotent.

 

Il devait au contraire posséder une certaine robustesse. Même s'il n'a pas fait à pied l'intégralité des 15.000 kilomètres qu'il a parcourus durant ses voyages (il a pu en faire une partie par voie maritime ou fluviale), dans les conditions de l'époque cela représente pourtant une réelle endurance. Il a même laissé le souvenir d'une certaine force physique puisqu'on le voit, à moment donné, aider à remorquer une péniche contre le vent qui empêcher d'avancer à la rame. Cela ne l'empêchait pas d'être en même temps très délicat et sa sensibilité à la douleur (cautère ou saignée) a frappé ses contemporains.

 

Nous sommes assez bien renseignés à son sujet par ceux qui l'ont connu durant les derniers temps de sa vie. Parmi les 42 témoins qui ont déposé au procès de canonisation à Naples en 1319, 35 ans après sa mort, 16 étaient des témoins oculaires directs (anciens élèves le plus souvent, qui pouvaient avoir entre 50 et 65 ans), et 13 autres sont des témoins qui tiennent leurs informations de personnes l'ayant directement connu. Leur témoignage semble crédible car, à de rares exceptions près, ils ne décrivent rien d'autre qu'un religieux de vie exemplaire.

 

Comme maître en théologie, Thomas était dispensé de la récitation chorale de l'office ; on l'y voyait seulement le soir, à Complies. Il se levait très tôt, célébrait la messe, assistait à une seconde messe, et se mettait déjà au travail à l'heure où les autres descendaient pour l'office. Au réfectoire, son "socius" devait veiller à son régime, mais lui ne prêtait aucune attention à ce qu'on lui servait. On pouvait lui enlever les plats sans qu'il s'en aperçoive. Des anecdotes savoureuses témoignent d'une distraction monumentale. Mais on a aussi gardé le souvenir d'une rare humilité et d'une grande patience, d'une attention à ne blesser personne par des paroles hautaines ou injurieuses. On semble en avoir retenu un trait majeur d'après lequel on jugeait que "le Saint-Esprit était vraiment avec lui": il était "toujours gai de visage, doux et affable" ; il inspirait la joie à ceux qui le regardaient. Il n'aimait pas perdre son temps et il quittait la récréation dès qu'on s'y perdait en propos inutiles, mais il ne répugnait pas à la vie en société; on le voit en promenade avec ses étudiants qui plaisantent avec lui; on sait aussi qu'il leur offrit un repas à l'occasion de la fête de sainte Agnès.

(28 janvier 2014)