Le Vicariat d’Afrique équatoriale s’engage dans un processus de guérison des mémoires blessées

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Le Vicariat d’Afrique équatoriale s’engage dans un processus de guérison des mémoires blessées
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Les religieux, les prêtres, peuvent-ils avoir des mémoires blessées ? Ont-ils besoin de guérison des mémoires ? Lorsque l’on parle de guérison des mémoires, on pense souvent que c’est l’affaire des autres (l’Afrique du Sud avec l’Apartheid, le Rwanda avec le génocide, les pays déchirés par les guerres fratricides, les familles qui ont des problèmes, etc.). Rarement on pense à nous-mêmes. Et si l’ignorance et le mépris de cette réalité, le refus ou le manque de courage d’aborder cette question étaient à la base de nos difficultés communautaires, familiales et sociales ! Les frères du vicariat d’Afrique équatoriale (VAE) ont voulu saisir le taureau par les cornes.

A l’issue de la visite canonique de ce vicariat faite par le maître de l’Ordre (27 novembre au 9 décembre 2016), il est apparu indispensable au frère Bruno Cadoré, op, de suggérer dans ses conclusions, l’organisation d’une assemblée du vicariat dont l’objet serait de réfléchir sur une première version du projet vicarial commun, d’élaborer un projet de vie apostolique commun au niveau du vicariat, et d’éveiller chez les frères, « un sens aigu d’appartenance à une seule et même entité ». Le cas échéant, poursuit le maître de l’Ordre, cette assemblée devrait aussi être « l’occasion de réaliser un travail de guérison des mémoires blessées, par des gestes et des actes concrets, avec l’aide, si nécessaire, des frères extérieurs expérimentés dans ce domaine.»

Dans la mise en application des conclusions de cette visite, le frère Jean-Paul Kamaheu, op, vicaire provincial du VAE a convoqué l’assemblée de tous les frères cette entité, qui s’est tenue du 03 au 08 septembre 2017, au Centre Spirituel de Bonamoussadi, à Douala, Cameroun. Au total 52 frères, fils de ce vicariat formé de trois pays (Cameroun, Congo-Brazzaville et République Centrafricaine) ont pris part à cette assemblée qui a eu deux temps forts : l’assemblée proprement dite (du 3 au 5 septembre), et l’atelier sur la guérison des mémoires blessées (les 6 et 7septembre).

Empêché pour raison de santé, le frère Michel Lachenaud, op, provincial de la province de France dont dépend le VAE a adressé une lettre à tous les frères du vicariat dans laquelle il se réjouit de l’organisation de cette assemblée, souhaitant « qu’elle soit un vrai moment de rencontre fraternel… et un lieu d’action de grâce pour le chemin parcouru par le vicariat.» Le provincial a également souhaité que cette assemblée soit « un moment privilégié pour faire renaitre entre [les frères] un climat fraternel », au-delà « des tensions entre frères, des ressentiments, des frustrations, des déceptions, des blessures » constatés lors des visites des communautés mais qui n’ont « rien de dramatique». Aussi le frère Michel a-t-il invité les frères du vicariat à affronter ces difficultés « grâce à l’Evangile que chacun [des frères] a un jour décidé de suivre. Cet Evangile, poursuit-il nous permet de croire que du nouveau peut naître, que la bonté est possible et qu’une vie commune peut continuer malgré les blessures. Le pardon ne change pas le passé, mais il élargit les horizons du futur », conclut-il.

L’atelier sur la guérison des mémoires blessées était animé par le frère Philippe Dénis, op, venu de l’Afrique du Sud et Mr. Vincent Sezibera, venu du Rwanda. A travers un échange fraternel et respectueux entre générations, les frères ont fait la vérité sur les sujets sources de leurs blessures, relevés pendant la première partie de l’assemblée à savoir : le fonctionnement institutionnel, les questions des nationalités et des renvois des frères, la gestion des biens et les élections.

Au terme de l’atelier où s’est dégagé un sentiment général de satisfaction, les uns regrettant de s’être « disputés pour rien », d’autres « d’avoir été pris en otage », les frères ont élaboré une « charte de fraternité et de guérison». Ils se sont engagés à la respecter dans la dynamique de ce processus de guérison, entrevoyant l’avenir du vicariat qui s’achemine vers une vice-province, avec optimisme et espérance.

Après le vicariat du Rwanda et Burundi en 2015, le VAE en 2017, peut-être que l’expérience inspirera une autre entité, et pourquoi pas une étude du sujet en théologie, en lien avec la miséricorde si chère à l’Ordre des Prêcheurs?

fr. Gabriel Samba, op.

 

(22 septembre 2017)