L’Ecole biblique en Jordanie de passage à Notre Dame de la Paix

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L’Ecole biblique en Jordanie de passage à Notre Dame de la Paix
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Pendant près d’une semaine, étudiants et volontaires de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem ont parcouru le pays, guidés par le père Dominique-Marie Cabaret, qui y enseigne la topographie, en passant notamment par le centre Notre Dame de la Paix. Un voyage au cœur de l’Histoire tant biblique qu’archéologique, à la rencontre des civilisations préchrétiennes et des premières églises.

 

 

 

Un voyage biblique et archéologique d’Aqaba à Umm Qeis (Gadara)

Ce vendredi 18 mai, volontaires et étudiants de l’École biblique et archéologique de Jérusalem écoutent attentivement Cassiel, jeune prêtre étudiant, exposer quelques notions fondamentales sur la Décapole, au cœur des ruines antiques de la splendide Jerash. Pour ce voyage pour le moins particulier, ils sont quinze et leurs profils sont aussi variés que leurs motivations. Dans la troupe, on compte neuf prêtres ayant choisis de prendre une année d’étude à l’École biblique, que ce soit juste après leur ordination ou à un stade plus avancé. Le reste de l’équipe se compose de volontaires ou d’étudiants, à l’image de Mathilde venue à l’école pour poursuivre sa thèse portant sur les chrétiens melkites. Ce voyage est organisé dans le cadre des cours de topographie dirigés par le père Dominique-Marie. « Il s’agit d’entrer dans une connaissance historique, géographique et archéologique du pays. Ce circuit en Jordanie constitue ainsi l’un des trois voyages réalisés par les étudiants dans l’année. Le fait d’aller sur les lieux permet de comprendre dans quel contexte les récits bibliques ont émergé. Le fondateur de l’École biblique, le P. Marie-Joseph Lagrange avait cette intuition : étudier la Bible dans le pays dans lequel elle a été écrite ».

Si la Jordanie possède quelques lieux proprement « bibliques », c’est surtout pour son foisonnement archéologique que l’École biblique lui accorde tant d’intérêt. « Le fait d’étudier les civilisations qui ont marqué la Terre Sainte des deux côtés du Jourdain nous aide à entrer dans l’intelligence des Écritures » explique le père Dominique-Marie. La ville de Jérash offre ainsi, à travers ses ruines, un formidable pan de l’histoire, du néolithique à l’avènement du christianisme. Elle porte la trace de l’établissement des premières communautés chrétiennes dans la région. C’est avec émotion que les étudiants découvrent, au milieu des herbes folles, les vestiges d’églises byzantines, érigées bien souvent sur d’anciens temples païens.

Parti lundi matin du centre Notre Dame de la Paix qui a parfaitement répondu à sa mission d’accueil, le groupe a ainsi pu faire escale dans des lieux significatifs, à la rencontre des grandes civilisations qui ont façonné cette terre, entre la cité nabatéenne de Pétra, le château croisé de Shobak, les ruines romaines de Jerash, le bourg byzantin d’Umm Rasas, les célèbres mosaïques de Madaba ou encore l’église pré-constantienne d’Aqaba. En plus des informations présentées par le guide jordanien, les journées de voyage sont rythmées par de petits exposés présentés par les étudiants sous l’œil attentif du père qui apporte ses précisions.

« L’EBAF » : de l’art de la fouille aux prouesses numériques 

Si ce voyage a d’abord pour vocation d’éveiller les étudiants aux merveilles archéologiques de cette terre, il est facile de comprendre que l’École a apporté une grande contribution à l’archéologie de la Jordanie. Le Jordan Museum (le nouveau musée archéologique d’Amman) consacre ainsi une petite salle au fameux « rouleau de cuivre » trouvé en 1952 par l’équipe du Père dominicain Roland de Vaux, célèbre pour ses fouilles archéologiques à Qumrân. L’étude des manuscrits, des grottes et des restes archéologiques de Khirbet Qumrân a en effet largement contribué à la réputation de l’École. Parmi les autres fouilles de l’École biblique en Jordanie – plus récentes – citons également celles réalisées par le père dominicain Jean-Baptiste Humbert à Mafrak (palais omeyyade), sur la citadelle d’Amman ou à Khirbet Samra (un bourg byzantin avec 11 églises).

Ces fouilles en Jordanie se poursuivent au sens où elles n’ont pas toutes été publiées. « Pour deux mois de fouilles, il faut ainsi compter en moyenne cinq ans de travail » résume le père Dominique-Marie. « La priorité en Jordanie reste donc le traitement de ces fouilles, chose qui a été compliquée ces dernières années par les événements politiques ». Reconnue pour ses compétences en archéologie, l’École a aussi une longue expérience de la transmission des Écritures au public. Au XXème siècle, elle réalisa et publia la fameuse Bible de Jérusalem (la première bible en français avec des notes scientifiques). Aujourd’hui, elle travaille à un nouveau projet intitulé « La Bible en ses traditions ». Il s’agit d’une nouvelle Bible numérique collaborative qui met en dialogue l’étude historique des Écritures avec la richesse de leurs interprétations au fil des siècles. Il s’agit de comprendre la manière dont la Bible a été reçue et interprétée à chaque époque. Les chercheurs agréés par l’École biblique peuvent ainsi collaborer selon leurs compétences (patristique, théologie, histoire de l’art…), le but étant de fournir aux lecteurs la vision la plus enrichie des textes bibliques. Ce projet d’envergure constitue ainsi l’un des plus grands chantiers numériques ecclésiaux au monde avec plus de 50 chercheurs mobilisés. Le plus ancien centre archéologique et biblique de Terre sainte ne risque pas de faire taire sa renommée.

Claire Guigou

 

(26 mai 2017)