Si les pratiques religieuses sont aujourd'hui souvent délaissées, la faim d'expérience intérieure, de Dieu n'a jamais été aussi grande. À la source de toute vie spirituelle authentique, il y a la découverte prodigieuse des grands croyants : même dans la nuit, sur nos routes d'insécurité ou d'épreuves, nous ne sommes jamais seuls, abandonnés : un Amour est là qui, mystérieusement, nous protège, nous conduit, nous sauve, à la fois personnellement et en peuple.
Notre vie spirituelle, comme toute notre vie, est une partie qui se joue à deux, mais où c'est Dieu qui a toujours l'initiative. C'est quand on prend conscience de cet amour de Dieu pour nous, qu'il mendie notre amour... : « j'ai soif » ; c'est quand on prend conscience que Dieu veut nous donner quelque chose d'immense, qu'alors on le prie : « si tu savais le don de Dieu... c'est toi qui l'aurais prié... »
Mais notre expérience reste toujours celle du disciple anonyme de l'Évangile : on est pauvre, on ne sait pas, et on crie : « Seigneur, apprends-nous à prier ! »
À vrai dire, il est difficile de parler de la prière. Elle est un secret, un mystère enfoui dans les sources de notre cœur, comme la naissance, l'amour, la mort... Qu'en savons-nous ? Un enseignement est toujours déficient ! On apprend surtout à prier en regardant des visages, en priant soi-même !
Fondamentalement, la prière est « un commerce intime d'amitié, souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé » (Thérèse d'Avila). L'important, quels que soient les tempéraments ou les méthodes, sera de rencontrer Dieu comme on est et là où l'on est, d'entrer en communion avec Lui.
Parce que nous portons tous des blessures difficiles à reconnaître lucidement, la prière sera souvent un cri du fond de l'abîme, l'admission de nos faiblesses devant Dieu. À la manière des priants dans les psaumes, l'expérience de la proximité de Dieu, au cœur des pires contradictions, nous conduira à la louange. Même nos requêtes seront pénétrées d'action de grâces.
Malgré le soupçon qui voit parfois dans la prière une évasion, cette vie sous le regard de Dieu est, au contraire, le lieu où l'on communie le plus intensément à la compassion de Dieu envers les hommes, dans leurs joies ou leurs détresses, en ce qu'ils ont d'unique et d'irremplaçable.
La prière connaîtra ses déserts, ses désolations. Le Pater, la prière de Jésus, sera la prière des moments suprêmes. Tant il est vrai que la prière chrétienne n'est rien d'autre que la prière du Christ en nous.
4. La prière : un cri du fond de l'abîme
3. La prière : une rencontre d'amitié
2. La prière : une soif vitale de Dieu

