L’Église d’Algérie reporte la béatification de ses 19 martyrs

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Mgr Pierre Claverie, O.P.
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Depuis la publication samedi 27 janvier du décret de béatification de Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran, et de ses 18 compagnons tués en Algérie dans les années 1990, l’Église d’Algérie s’interrogeait sur les modalités de la célébration proprement dite.

Réunis le 18 juin, les évêques et vicaires généraux ont reconnu que leur proposition d’une célébration « à Oran à l’automne 2018 » n’était plus réaliste, compte tenu des « délais d’organisation ».

Photo non datée montrant sept moines du monastère de Tibhirine, en Algérie. Dans la nuit du 27 mars 1996, sept moines trappistes français ont été enlevés puis égorgés par le Groupe islamique armé (GIA), à environ 100 km au sud-ouest d'Alger. / AFP

Lundi 18 juin, les évêques d’Algérie et leurs vicaires généraux se sont réunis à Alger avec le nonce apostolique. Ils ont, entre autres sujets, évoqué la question de la célébration des béatifications de Mgr Pierre Claverie et de ses dix-huit compagnons, assassinés dans les années 1990 et reconnus martyrs par Rome le 27 janvier dernier.

« Jusqu’ici, nous étions dans l’attente d’une réponse du Saint-Siège sur les propositions que nous avions faites en vue de les célébrer à Oran à l’automne 2018. À ce jour, les délais d’organisation ne rendent plus cette proposition de date réaliste », écrivent-ils dans un message commun diffusé auprès des membres de l’Église d’Algérie.

Associer largement

« Cela nous offre la possibilité de disposer de davantage de temps pour associer plus largement à la réussite de cette célébration tous ceux qui sont concernés : Saint-Siège, congrégations, familles, pouvoirs publics, communautés locales… De ce fait, la décision concernant la date de cette célébration ne pourra pas être prise avant cet automne. Nous vous la communiquerons aussitôt que nous la connaîtrons », écrivent également les évêques.

Le délai que s’étaient imposé les évêques après la publication du décret romain fin janvier était court pour organiser une célébration de cette ampleur, qui plus est en Algérie.

En principe, une béatification est célébrée dans le pays où a vécu le bienheureux. En l’occurrence, elle aurait particulièrement de sens là même où ces 19 religieux et religieuses – Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran, les moines de Tibhirine, mais aussi quatre pères blancs, un mariste et six religieuses de différentes congrégations (Notre-Dame des Apôtres, Augustines missionnaires, Petites sœurs du Sacré-Cœur ou encore Petites sœurs de l’Assomption) – ont vécu, là aussi où ils ont choisi de rester aux côtés de leurs amis algériens et musulmans, malgré la menace.

Nombreuses questions

Mais le contexte politique et religieux algérien complique les choses. L’Église catholique est numériquement très fragile et, même si elle se veut aujourd’hui « citoyenne », encore souvent perçue comme une réalité étrangère dans ce pays majoritairement musulman.

De plus, la volonté des autorités de privilégier « la réconciliation nationale » après cette décennie de violences entre l’armée et les islamistes qui a causé la mort d’environ 150 000 Algériens – le chiffre exact des victimes n’est pas même connu – a conduit à occulter la mémoire des « années de braise ». Enfin, 2019 sera une année d’élection présidentielle.

 

À l’intérieur de l’Église d’Algérie aussi, des questions se sont fait jour, sur la date, le lieu et les modalités de la célébration. Beaucoup tiennent à prendre le temps de rappeler qu’il ne s’agit pas d’honorer « des chrétiens tués par des musulmans mais avec des musulmans », ni de souligner leur seul témoignage mais d’englober aussi celui donné aussi par tous ceux – médecins, journalistes, enseignants mais aussi imams algériens – qui ont payé de leur vie leur opposition au fanatisme islamiste.

Besoin de temps

« Le choix de célébrer la béatification en Algérie a beaucoup de sens mais il est aussi plus compliqué », reconnaît l’évêque d’Oran, Mgr Jean-Paul Vesco.

« Il aura forcément une incidence sur la célébration elle-même : nous souhaitons qu’elle soit aux couleurs et à la dimension de l’Église d’Algérie, qu’elle mette les Algériens musulmans au centre. Il y a le temps de l’Église (l’Église universelle, l’Église d’Algérie, les congrégations impliquées), le temps du pays, le temps des mentalités… Nous mesurons que nous avons besoin de temps pour les faire coïncider, parvenir à une forme d’unanimité et partager notre choix au-delà ».

Par ailleurs, Rome n’a toujours donné aucune indication quant à l’éventuelle venue du pape, que les évêques d’Algérie ont invité à venir lors d’une audience avec lui le 1er septembre 2017.

Fin avril, l’ambassadeur d’Algérie à Rome, Abdelhamid Senouci Bereksi, avait annoncé au grand quotidien arabophone Echourouk que son pays avait « donné son accord » à ce sujet. « La visite [du pape] est importante et c’est pour cela qu’elle doit être saluée par l’ensemble des Algériens parce qu’elle porte en elle un caractère humanitaire et tolérant, de même qu’elle donnera une image positive de notre pays », avait-il également souligné.

 

 

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Monde/LEglise-dAlgerie-re...

Foto> Pierre Claverie reçu par le pape Jean-Paul II à Rome dans les années 1980.

Archives dominicaines de la Province de France/Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule (dir.), Dictionnaire biographique des frères prêcheurs en ligne