Lettre du Maître de l’Ordre pour l’assemblée internationale du laïcat dominicain Fatima 2018

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Lettre aux laïcs de l'Ordre des Prêcheurs
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fr Bruno Cadoré, op
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Très chers sœurs et frères laïcs de l’Ordre des Prêcheurs,

C’est dans l’élan de la célébration du Jubilé de l’Ordre que je m’adresse à vous qui, durant ces mois qui vient, allez préparer l’assemblée internationale du laïcat dominicain. Dans toutes les régions, cette assemblée sera sans doute un événement fort important de célébration de la grâce qui est faite à l’Ordre, d’avoir des sœurs et frères laïcs comme membres actifs de sa mission. Selon la spécificité de chaque région, ce sera aussi l’occasion de considérer à nouveau la manière dont la vocation laïque est plus que jamais essentielle aujourd’hui pour que l’Ordre inculture au mieux la proclamation de la bonne nouvelle de la venue du Royaume. Pour l’Ordre tout entier, et dans la perspective ouverte lors du congrès pour la mission de l’Ordre qui a ponctué la célébration du Jubilé en janvier 2017, je formule le vœu que cette assemblée soit l’occasion d’un exigeant appel à une créativité apostolique qui intègre réellement la participation spécifique des laïcs de l’Ordre. C’est ainsi que ce dernier pourra au mieux servir le monde et l’Eglise par la prédication. Huit cents ans après la détermination de Dominique à envoyer ses frères aux quatre coins du monde connu à son époque, il me semble que cet envoi doit aujourd’hui trouver son actualisation, non seulement en gardant le souci d’une dispersion « géographique », mais aussi en cherchant à établir la prédication de l’Ordre en la rendant riche de la diversité des cultures et des états de vie. En découvrant que c’est à travers la richesse de cette diversité que l’Ordre est aujourd’hui appelé à manifester son identité d’être un seul « corps prêcheur », enraciné dans la communion en un seul et même appel à « être totalement député à l’évangélisation de la Parole de Dieu ».

Nous le savons tous, la réalité des Fraternités laïques de l’Ordre est très diverse selon les régions, leur dynamisme est inégal ici et là, et leur pleine intégration dans la vie de l’Ordre est variable. Nous savons aussi combien nous pouvons prendre trop de temps et dépenser trop d’énergie pour nous interroger sur l’« identité » dominicaine des Fraternités, sans que cela apporte toujours les fruits de vie que nous espérons. Mais, avec beaucoup d’entre vous, je suis convaincu que la vie du laïcat de l’Ordre ne viendra pas d’une crispation sur les formalités et les structures, mais bien de l’audace d’entendre l’appel lancé à l’Ordre, parce qu’il est l’Ordre des Prêcheurs, à servir la mission de l’Eglise qui, Peuple de Dieu en pèlerinage dans l’histoire (Lumen Gentium), devient sans cesse ce qu’elle est appelée à être en proclamant la venue du Royaume. N’est-ce pas le chemin sur lequel nous guident tant de laïcs dominicains, comme Pier Giorgio Frassati ou Giorgio La Pira ? Suivant le concile Vatican II, il est essentiel de rappeler que les laïcs, par leur baptême, « sont faits participants à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ » et « exercent pour leur part, dans l’Eglise et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple de Dieu » (Lumen Gentium 31).

Le signe de la fraternité

Le choix de désigner les laïcs membres de l’Ordre non plus en parlant du « Tiers-Ordre », mais des « Fraternités laïques dominicaines » met en lumière un aspect central de la proclamation du Royaume que, avec l’ensemble de l’Ordre, vous êtes appelés à déployer. Pour Dominique, qui dès le début de sa mission en Languedoc voulut être appelé « frère Dominique », la fraternité est intrinsèquement liée à la proclamation du Royaume. Frères et sœurs, qui ne se rassemblent pas après s’être choisis les uns les autres, mais qui se reçoivent mutuellement, comme des amis de Dieu, apprenant les uns des autres comment devenir membres et acteurs d’une famille de fils et de filles d’un même Père. Etre signe de fraternité, au cœur de la vie laïque, c’est être signe que les humains portent en eux une telle capacité de vivre en frères, c’est-à-dire d’établir entre eux des relations qui, assumant leur diversité, les font solidaires en une même filiation, et un même désir d’être envoyés en ce monde comme témoins de la Parole et de la vie de la grâce de Dieu.

Au fil de mes visites dans l’Ordre, je suis de plus en plus convaincu que cela est pour tout l’Ordre, chacune des branches selon son mode propre, une manière de répondre à l’appel de Paul VI lorsque, dans Evangelium nuntiandi, il écrivait : « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres […] ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (EN, 41). Comme « prêcheurs de la grâce », nous sommes appelés à être de ces témoins, « paraboles de communion », éveilleurs dans le monde de toutes les capacités humaines à devenir mutuellement frères et sœurs, au cœur de l’histoire concrète de l’humanité qui, ainsi, est transformée. Ecrivant cela, je voudrais d’ailleurs élargir mon propos au-delà d’une seule « branche » de l’Ordre pour souligner que, considéré sous cet angle, le charisme d’évangélisation propre de l’Ordre ne se laisse pas définir par la somme des différentes « fonctions » d’évangélistes, mais relève bien plutôt de cette réalité « quasi sacramentelle » de l’incessante advenue de la fraternité humaine. C’est d’ailleurs bien souvent l’expérience vivante de la fraternité qui, en retour, nous conduit à approfondir notre désir de la « proclamation du Royaume ». C’est aussi du point de vue de ce signe de la fraternité que, me semble-t-il, nous pouvons considérer la diversité des manières « laïques » d’être lié à l’Ordre : non pas seulement être alliés dans la réalisation d’une fonction, d’un projet ou d’une œuvre, ni non plus seulement être liés dans l’amitié avec tel ou telle individu ou communauté, mais bien être engagé dans l’aventure d’une fraternité qui aspire à parler dans le monde de ce dont ce monde est, essentiellement, capable. En ce sens, je pense que nous devons, plus que jamais, envisager tous ensemble les diverses manières pour des laïcs de souhaiter être « liés » à l’Ordre de Dominique, c’est-à-cire à la fois faire l’expérience de l’Eglise que l’Esprit établit comme Fraternité, et inviter d’autres à trouver leur joie dans cette même expérience.

C’est dans cet horizon que je voudrais mettre en évidence quelques-uns des défis que les laïcs de l’Ordre doivent aider ce dernier à accueillir et à relever, pour le bien de la mission de prédication de tous. 

 

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frère Bruno Cadoré, op

Maître de l’Ordre des Prêcheurs

(7 février 2018)