Marie-Joseph Lagrange, op « L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique »

Picture: 
Marie-Joseph Lagrange, op « L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique
Body: 

Au printemps de 1926, malade à l’hôpital Saint-Joseph de Marseille, fondé par l’abbé Fouque de sainte mémoire, le père Lagrange formule le vœu de rédiger une vie de Jésus s’il retrouve ses forces et sa santé .

Il en commence la rédaction le 22 juillet, en la fête de sainte Marie-Madeleine, et ses commentaires évangéliques avancent à grands pas dans un climat de prière.

Il tourne ses yeux et son cœur vers la Vierge Marie, Notre-Dame des commencements , en implorant son intercession : « Très douce Mère, Marie Immaculée, Reine du Très Saint Rosaire, c’est pour vous plaire que je commence, et par vous à votre Fils : aidez-moi. Faites-le moi mieux connaître, donnez-moi de l’aimer et étant devenu uni à ses sentiments, d’avoir pour vous son amour, sa tendresse, et comme étant aussi votre esclave, la docilité et le dévouement d’un bon serviteur … Suppléez à tout ! S. Joseph, priez pour moi, S. Dominique, aidez votre enfant. Ave Maria ! » .

Ce qui fait la grandeur du père Lagrange c’est l’harmonie entre sa science exégétique et sa foi ardente. Attaché au sens littéral des Écritures et à la méthode historico-critique qu’il a développée, le père Lagrange ne recherche pas la seule érudition mais le salut des âmes. En bon dominicain, son travail intellectuel au service de l’intelligence de la foi aboutit à la prédication et à l’union intime avec Dieu .

« L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique » se présente comme la vulgarisation des travaux scientifiques du père Lagrange, notamment de ses commentaires volumineux des quatre évangiles à partir du texte grec qu’il avait pris soin de traduire.

Les éditions avec la synopse en français facilitent la proximité avec le texte des évangélistes synoptiques – Matthieu, Marc et Luc – et de Jean.

Une première synopse en grec avait été publiée à Barcelone en 1926 . Un an plus tard, en 1927, le père Lavergne prépara l’édition de la traduction française de la synopse grecque du père Lagrange en reprenant les traductions des commentaires des quatre évangiles. C’est pourquoi il s’agit aussi d’une œuvre du père Lagrange. Le père Lavergne publia cette synopse en français en l’enrichissant d’enseignements du père Lagrange et de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face , la sainte qui aurait aimé apprendre le grec et l’hébreu pour lire la Bible dans le texte original.

Le père Lagrange avait dédicacé en 1928 « L’Évangile de Jésus-Christ » au pape Léon XIII, apôtre du Rosaire. Plus tard, le 25 mars 1930, le cardinal Pacelli, secrétaire d’État du pape Pie XI, futur pape Pie XII, remercia chaleureusement le père Lagrange pour « le beau travail » en lui accordant au nom du pape Pie XI une Bénédiction apostolique particulière.

Le bienheureux pape Paul VI et le saint pape Jean-Paul II ont mis en lumière l’œuvre du père Lagrange, pionnier de l’exégèse catholique, dans le contexte difficile du modernisme qui privait la Bible de sa dimension surnaturelle en tant que révélation divine dans l’Histoire.

La Commission biblique pontificale dans son document, publié le 21 septembre 1993, « L’interprétation de la Bible dans l’Église », préfacée par le cardinal J. Ratzinger, devenu ultérieurement le pape Benoît XVI, a rendu hommage à l’œuvre du père Lagrange le citant comme un bibliste de référence dans l’histoire de l’exégèse catholique à la suite d’Origène et de saint Jérôme . D’ailleurs, le père Lagrange a souvent été appelé « le nouveau saint Jérôme » à tel point qu’il apparaît comme un docteur dans l’interprétation fidèle, scientifique et innovante des Saintes Écritures.

Le pape Benoît XVI, dans son Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, exhorte les chrétiens à nourrir leur foi de la lectio divina, c’est-à-dire de la lecture priante de la Parole de Dieu de manière à vivre le dialogue vivifiant et sanctifiant avec Dieu : « Je voudrais rappeler brièvement ici ses étapes fondamentales: elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu: que dit en soi le texte biblique ? Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées. S’ensuit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique ? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et se remettre en question, car il ne s’agit pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent. L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre question: que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme. Enfin, la lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? »

C’est ce cheminement d’écoute, d’approfondissement, de dialogue, de contemplation et de conversion dans la relation à Dieu que nous espérons favoriser par cette réédition de « L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique ».

Puisse le serviteur de Dieu, le père Marie-Joseph Lagrange, dont la cause de béatification est en cours , intercéder pour chaque lecteur et lui obtenir les grâces dont il a besoin.

Saint-Denis (La Réunion), le 30 septembre 2016, en la fête de saint Jérôme.

Fr. Manuel Rivero O.P.

Vice-postulateur de la cause de béatification du père Lagrange

 

(18 décembre 2017)