Moniales catholiques en monde luthérien: un chemin de paix

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Moniales catholiques en monde luthérien: un chemin de paix
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Comment vivre de la paix dans nos relations entre chrétiens ? C'est une question à laquelle est confrontée la communauté des moniales dominicaines d'Oslo, en Norvège, pays de tradition luthérienne. Soeur Ingeborg-Marie, op nous livre son témoignage ici.

Depuis le début, notre communauté a eu un souci particulier pour l’unité des chrétiens. Fondée en 1951, dans un pays de majorité luthérienne, elle a été marquée par le même esprit que l’Abbé Couturier, Taizé et Vatican II. Plusieurs sœurs ont porté cette intention au cœur déjà en arrivant au monastère, d’autres l’ont découverte en Norvège, vivant parmi des chrétiens d’autres confessions. Sr. Ida, la première Norvégienne, était fille de pasteur et deux de ses frères étaient évêques luthériens. Sr. Marie-Thérèse, une autre fondatrice, raconte :
« Une fois la retraite [à Lourdes] fut prêchée par le p. Le Guillou qui a fondé Istina. À la fin de la retraite, nous avons eu une récréation avec lui où il nous a expliqué qu’Istina était constituée pour l’unité des chrétiens. Ce fut un bon choc pour moi, car je me suis toujours demandée pourquoi les chrétiens étaient séparés. À partir de ce moment-là, je priais toujours pour l’unité des chrétiens. »
En 2008, sr. Anne-Lise, prieure à l’époque, a reçu un prix pour son travail pour l’unité et les bonnes relations entre chrétiens. L’idéal monastique de saint Augustin, de n’avoir qu’un seul cœur et une seule âme en Dieu, est une bonne base pour un engagement œcuménique. Selon nos constitutions, les moniales dominicaines « construisent d’abord dans leur propre monastère l’Eglise de Dieu que, par l’offrande d’elles-mêmes, elles font grandir dans le monde" (Constitutions des Moniales 3, §II). Pour nous, construire l’Eglise de Dieu et la faire grandir, cela veut aussi dire s’engager pour que tous ceux qui confessent le nom de Jésus soient un, comme il l’a voulu. Notre vie commune « exemple de la réconciliation universelle dans le Christ » (Constitutions des Moniales 2, §2). qui nous apprend à vivre en sœurs, ne dépose-t-elle pas en nous comme un germe d’espérance que tous les baptisés puissent un jour se retrouver autour de la même table eucharistique ? Nous pensons que les paroles du frère Timothy Radcliffe à propos de l’Ordre valent pour tous les chrétiens : « Nous ne pouvons à la fois prêcher le Royaume de Dieu » – ce Royaume, j’ajoute, qui est justice et paix – « et être divisés" (cf. Glorifier, bénir, prêcher – La mission de la Famille dominicaine, Manille 2000).

Quant à notre engagement concret, il arrive qu’une sœur participe à des rencontres ou des dialogues plus formels, mais le cœur de notre démarche se situe au niveau de la prière, l’accueil, la rencontre et l’amitié. Les jeudis, nous prions plus particulièrement pour l’unité des chrétiens. Une cierge brûle toute la journée pour cette intention. Depuis 1972, nous célébrons chaque année dans notre chapelle un service de prière œcuménique en commun avec nos frères et sœurs de la paroisse luthérienne voisine pendant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Ensemble, nous louons Dieu et nous prions les uns pour les autres, pour une unité toujours plus vraie et plus parfaite entre les chrétiens, mais aussi pour notre communauté locale et pour le monde.
La plupart de ceux que nous accueillons au monastère, qu’il s’agisse des groupes ou des personnes individuelles, ne sont pas catholiques. Les paroisses luthériennes voisines viennent régulièrement avec des groupes de préparation à la confirmation, pour les personnes âgées ou des bénévoles. Nous avons aussi des bonnes relations avec des pasteurs et des religieux protestants et orthodoxes, ainsi que des amitiés avec les chrétiens de toute confession autour de nous.
La présence des sœurs dont les familles sont des chrétiens non-catholiques nous sensibilise à la manière dont nous pensons et parlons des autres. Quand il ne s’agit plus simplement d’un « frère séparé » abstrait, mais des vrais frères, sœurs, pères et mères, on supporte plus difficilement des généralisations et des jugements téméraires. Ceci pour souligner l’importance de la connaissance réciproque et la rencontre dans l’œcuménisme : démarche ouverte à chacun(e).
Avec la visite du pape François en Suède en 2016, des perspectives nouvelles s’ouvrent. Nos frères et sœurs dominicains à Rögle/Lund, avec leurs rencontres d’œcuménisme réceptif et des Vêpres en commun avec la paroisse luthérienne là-bas, sont une inspiration pour nous.
Pour ceux qui souhaitent approfondir ce sujet, nous recommandons par exemple l’encyclique Ut unum sint du pape Jean-Paul II, le Manuel d’œcuménisme spirituel du Cardinal Walter Kasper et le document Du conflit à la communion de la Commission internationale de dialogue entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale.

Rédigé par Soeur Ingeborg-Marie, op

(18 janvier 2018)