Né en 1925, le jeune Maurice côtoya dans son lycée l’Abbé Couturier qui fut son professeur de physique. Par chance, l’Abbé avait d’autres cordes à son arc : la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
Est-ce pour cette raison que notre frère, fondateur et toujours animateur du Centre Saint Irénée de Lyon, passa toute sa longue vie à rapprocher les chrétiens encore divisés ? Présent au Groupe des Dombes depuis sa fondation, créateur des équipes de « Foyers mixtes », le frère René Beaupère o.p. est à lui seul un « monument » œcuménique. Il veut encore y croire, même s'il considère parfois que les jeunes ne connaissent plus assez les racines qui les portent et relativisent leurs différences confessionnelles. « Nous sommes à un tournant », aime-t-il répéter.
Interrogé par Beatrice Soltner, René Beaupère raconte son enfance lyonnaise, sa formation, sa vocation, et surtout ses rencontres avec l'abbé Couturier, frère Roger de Taizé, celui qui deviendra le patriarche oecuménique de Constantinople SS Bartholomée 1er, les pasteurs Eberhard, Boegner, Visser't Hooft... Elles marqueront sa quête de l'unité de l'Eglise et conduiront aux nombreux engagements pour la construire : les Voyages oecuméniques Cléo, les foyers mixtes, le Groupe des Dombes, sa participation à la commission Foi et Constitution et à de nombreuses Assemblées générales du Conseil oecuménique des Eglises, ses interventions d'expert à Rome comme à Paris ou Genève... Soixante années d'oecuménisme où le lecteur voit les Eglises changer, s'ouvrir, stagner, rebondir. Des périodes d'enthousiasme, d'autres interrogatives. Un magnifique témoignage humain et de foi qui dit, au-delà des frilosités institutionnelles, toute l'espérance pour aujourd'hui.
Extrait du livre "Nous avons cheminé ensemble"
Enfance
Vous avez passé toute votre vie dans la ville de Lyon, c'est là que vous êtes né le 2 mars 1925, vous portiez alors le prénom de Maurice. Quelles sont vos racines ?
Effectivement je suis un vrai Lyonnais, né dans la presqu'île entre Rhône et Saône et baptisé le 4 mars dans la paroisse Saint-Nizier. Mes parents vivaient à Lyon. Toutefois si je remonte dans le temps je trouve la Saône-et-Loire et, plus anciennement encore, la Franche-Comté jusqu'à Besançon et au-delà. Un de mes frères a scruté notre généalogie et est arrivé à fixer quelques parentés indiscutables dans les quatre siècles qui nous précèdent. Il n'est pas parvenu cependant à remonter de manière précise jusqu'à une personnalité qui m'intéresse fort : Maître Jean Beaupère (vers 1380-1462). Le nom de cet homme, que nous avons en français et en latin, s'écrivait bien Beaupère et non pas Beaupaire. Né probablement à Nevers ou dans le diocèse de Nevers, il a étudié à Paris. Devenu recteur de l'université, il a rempli les fonctions de chancelier en l'absence de Jean Gerson. Après avoir participé au concile de Constance en 1415, il a été impliqué dans le procès de Jeanne d'Arc (1431) par l'évêque Cauchon dont il fut l'un des principaux assesseurs. On ne peut pas dire qu'il ait manifesté de la sympathie pour la Pucelle ! Il a quitté toutefois Rouen avant son exécution. Il fut alors entièrement occupé par des activités à ses yeux plus importantes que d'envoyer une jeune fille au bûcher : il a participé au concile de Bâle où il a servi de médiateur entre différents interlocuteurs.
Un ancêtre intéressant en oecuménisme ?
Non, pas vraiment ! Sauf qu'à Bâle, autour de lui, maîtres et prélats discutaient du rôle relatif du concile et du pape, question qui n'a peut-être pas perdu aujourd'hui toute actualité !
Pour terminer l'histoire de Jean Beaupère avec Jeanne d'Arc, je sais qu'il a été interrogé au moment du procès de réhabilitation, entre 1450 et 1456. On a gardé mémoire d'une formule qui prouve qu'il n'était toujours pas convaincu de la mission de la Pucelle et de son honnêteté. On lui a demandé : «Quant à l'innocence de Jeanne, qu'en pensez-vous ?» Sa réponse fut : «Jeanne était bien subtile, de subtilité appartenant à femme». Jean Beaupère n'en a pas alors dit beaucoup plus. On l'a laissé tranquille : il est mort quelques années plus tard en paisible chanoine.
Du côté de ma mère, Jeanne Leclerc, les origines sont à Ciry-le-Noble, modeste village situé entre Paray-le-Monial et Montceau-les-Mines en Saône-et-Loire. Il existe aujourd'hui, à Ciry, une rue Dr François Leclerc, mon grand-père. Médecin il était une personnalité locale. Il possédait une propriété assez importante avec la jouissance de deux fermes confiées à des métayers. Il a dû quitter Ciry pour faire sa médecine et exercer à Lyon. Lorsque je suis né, il était décédé depuis un an. Mon père a pu profiter de son cabinet de médecine, rue de la République.
Du côté paternel, mon grand-père Eugène a été médecin toute sa vie - à partir de 1889 environ - à Salornay-sur-Guye, un village de Saône-et-Loire situé à sept kilomètres de Taizé où s'installera plus tard la communauté de Roger Schutz. C'est à Salornay qu'est né mon père Louis en 1895.

