Où en est la transition politique en Egypte ?

Sous-titre: 
Analyse du Fr. Jean-Jacques Pérennès, op
Image: 
Corps: 

■ Révolution politique ou révolution culturelle ?

Le ton dominant de beaucoup d’analystes étrangers est pessimiste : pour beaucoup, le « printemps arabe » serait déjà devenu un « hiver islamiste ». C’est également la conviction d’une partie significative de la communauté copte d’Égypte -10 % de la population- qui craint de voir son statut encore plus fragilisé. Trancher si nettement, c’est oublier que l’on est seulement au début d’un processus de transformation qui prendra des décennies. Processus largement initié par une jeunesse mondialisée qui a révélé au grand jour la modernisation en cours des sociétés du sud de la Méditerranée.

Grisés par leur victoire électorale massive, les Frères musulmans sont tentés d’accaparer tous les postes pour promouvoir au plus vite l’État islamique dont ils rêvent. Leurs concurrents salafistes les entraînent volontiers sur le terrain de la surenchère religieuse.

Suivre cette pente est un risque politique car le peuple égyptien attend des réponses sur le terrain de l’emploi, de la qualité des hôpitaux et des écoles, d’un mieux-être au quotidien et c’est à cette aune-là qu’il jugera ses nouveaux dirigeants. Ne pas l’entendre fera le jeu des extrémistes.

La Révolution en cours est autant culturelle que politique ; elle est porteuse d’une grande revendication de dignité et de citoyenneté. La société civile, trop longtemps brimée et étouffée par un régime autoritaire et liberticide, ne demande qu’à mettre en œuvre les espérances qui sont nées à Tahrir. La classe politique égyptienne, toutes tendances confondues, a encore beaucoup de chemin à faire pour entendre une telle attente et savoir y répondre.