Ouverture d’un procès diocésain en vue de la canonisation du bienheureux Jean-Joseph Lataste

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Le 21 novembre dernier a eu lieu à l’archevêché l’ouverture canonique d’un procès diocésain sur une guérison attribuée au Bienheureux Jean Joseph Lataste. De quoi s’agit-il ?

Pour obtenir la béatification d’un chrétien, la démarche est très longue car il faut, après avoir vérifié que rien dans ses écrits ne s’écarte de la foi de l’Église, apporter la démonstration de ses vertus héroïques et de l’existence d’une réputation de sainteté entrainant des démarches de prière privée. Une fois que cela est validé et que le candidat est ainsi devenu vénérable, s’engage le procès sur un miracle dont la reconnaissance entraine la béatification. C’est ainsi que pour le père Lataste, le procès ouvert en 1937 a abouti à la reconnaissance de ses vertus héroïques en 2008 et à la reconnaissance en 2011 d’un miracle permettant sa béatification le 3 juin 2012 à Besançon.

 

Pour la canonisation, les choses sont plus simples : il suffit d’un miracle…! Il faut en effet présenter à la Congrégation pour la cause des saints un événement susceptible d’être reconnu comme un miracle, et qui ait eu lieu après la béatification, comme une forme de ratification de cette première étape. Lorsqu’un tel événement semble digne d’intérêt au postulateur en charge de la cause, puis à la Congrégation romaine, après avis d’un médecin expert romain, le postulateur est autorisé à solliciter de l’évêque du lieu où cela a eu lieu l’ouverture d’un procès qui vise à recueillir sous la foi du serment les réponses des témoins à un certain nombre de question. Le terme de procès ne désigne cependant pas un processus à l’issue duquel le tribunal ecclésiastique rendrait une décision : c’est un procès informatif, qui se borne à recueillir de la manière la plus sérieuse possible tous les éléments pouvant concourir à l’établissement de la vérité. Sous l’autorité de l’évêque du lieu, il est constitué d’un juge délégué par l’évêque, d’un promoteur de justice, qui veille en particulier à ce qu’aucune pression ne soit faite sur les témoins, d’un expert médical dans le cas d’une guérison, et d’un notaire ecclésiastique qui établit et authentifie les procès verbaux des auditions.

 

Une fois que le procès diocésain est terminé, on est loin d’être au bout du processus. Après validation, par la Congrégation pour la cause des saints, de la manière dont le procès a été mené, le postulateur rédige une positio super miro, un rapport de synthèse qui présente de manière compréhensible l’ensemble des documents et témoignages recueillis et qui met en valeur le caractère inexplicable de la guérison, et sa dimension spirituelle. Comme cela a été le cas dans la procédure pour la béatification, cette positio est examinée par une commission de sept médecins, dont cinq au moins doivent se prononcer favorablement, puis par une commission de cinq théologiens. Des compléments d’information peuvent éventuellement être demandés à cette étape. Si tout se passe bien, le pape décide finalement de reconnaître ou non le miracle, déclenchant par là-même la canonisation. Mais le processus peut aussi s’arrêter à chaque étape, depuis les premières consultations de la Congrégation pour la cause des saints jusqu’au deux commissions.

 

Dans le cas du procès pour la canonisation du bienheureux Jean Joseph Lataste, j’ai reçu depuis la béatification plusieurs récits de guérison qui ne m’avaient pas paru pouvoir être présentés à Rome. La guérison inespérée d’une malade à la suite de prières adressées au P. Lataste, survenue dans le diocèse de Besançon en 2014, avait en revanche plus de chances d’aboutir. Après avoir recueilli les premiers récits des témoins, j’ai été présenter le dossier en novembre 2017 à la Congrégation pour la cause des saints ; ayant été autorisé à poursuivre, un avis médical a été demandé à un médecin expert auprès de cette Congrégation, qui a rendu son rapport, favorable, en mai 2018. C’est ainsi que la Congrégation nous a autorisé à déposer auprès de Mgr Bouilleret un dossier lui demandant de bien vouloir ouvrir le procès diocésain.

 

Pour préserver la liberté des témoins et la tranquillité de la personne qui a été guérie, aucun autre détail ne sera publié sur cette histoire. Tous les participants au procès prête serment de respecter cette confidentialité. C’est pourquoi la postulation vous fait souffrir en vous racontant des histoires de procédure, mais aucun détail concernant la guérison elle-même !

Mgr Bouilleret a nommé le père Georges Mesnier comme juge délégué pour ce procès, le frère Philippe Toxé, o.p., juge à l’officialité de Lyon comme promoteur de justice, Madame Nicole Pillot, notaire actuaire et le Dr Hervé Ducret comme expert médical. Les causes de canonisation dominicaines sont sous la responsabilité d’un postulateur général de l’Ordre, le fr. Gianni Festa ; il confie le suivi direct de chaque dossier à un vice-postulateur qui se trouve généralement sur place. C’est ainsi que j’assume cette charge pour le père Lataste, depuis 1992.

 

L’ensemble des membres du tribunal ecclésiastique s’est réuni le 21 novembre à l’Archevêché sous la présidence du Mgr Bouilleret, en présence du chancelier du diocèse et de la prieure générale des sœurs dominicaines de Béthanie. Cette première audience, purement formelle, était consacrée aux prestations de serment et à la lecture du décret d’ouverture du procès.

Voici que s’ouvre une nouvelle étape de la longue et fraternelle collaboration entre le diocèse et l’Ordre dominicain autour de la cause du P. Lataste, appuyée sur la prière de tous pour que cette belle figure de sainteté soit reconnue par l’Église universelle !

 

Frère Jean-Marie Gueullette, o.p.

Vice-postulateur de la cause du Bx Jean-Joseph Lataste