Paix et oecuménisme

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Le frère Pierre André Mauduit, op
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Comment le mouvement oecuménique peut-il être porteur de paix dans l'Eglise, mais aussi à l'extérieur de l'Eglise ? Le frère Pierre André Mauduit, op à la maison de Lund (Suède) nous éclaire sur ce sujet.

Comment le mouvement œcuménique peut-il être témoin de la construction de la paix ?

Dans sa deuxième épitre aux Corinthiens saint Paul écrit « [Dieu] nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu, qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2 Co 5,18-20)

Ces quelques lignes de saint Paul résume à mon sens le lien fort qui existe entre le mouvement œcuménique et la paix. L’œcuménisme en quelque sorte précède la paix. L’œcuménisme c’est la recherche de l’unité entre les chrétiens, et l’unité c’est la paix. L’unité signifie dans un certain sens ne former qu’un seul cœur et une seule âme. En partageant cette même appartenance, nos peines et nos joies, on génère d’une certaine manière la paix. La paix ce n’est pas simplement l’absence de conflit, ou l’armistice signé entre plusieurs belligérants mais la paix c’est plutôt l’unité des cœurs. Et l’œcuménisme peut servir à construire et à diffuser cette union des cœurs et donc in fine à construire la paix.

 Deux aspects sont fondamentaux dans le travail œcuménique : la Vérité et la réconciliation. Le chemin vers la Vérité passe par la réconciliation et c’est à mon avis cet aspect qui peut faire de l’œcuménisme un témoin de la construction de la paix.

Il existe une école en œcuménisme « receptive ecumenism » que l’on pourrait traduire par « l’œcuménisme de réception » : au lieu de demander ce que les autres traditions ont besoin d'apprendre de nous, nous nous demandons ce que notre propre tradition pourrait apprendre d'eux, ce que nous pourrions recevoir qui est de Dieu. L'hypothèse est que si tous se posaient cette question sérieusement et agissaient en conséquence, alors tout se déplacerait d'une manière qui à la fois approfondirait nos identités respectives authentiques et nous ancrerait dans des relations plus intimes. Cette école peut à mon sens aider à bâtir la paix puisqu’on ne regarde plus l’autre comme quelque chose de déficient mais au contraire comme quelque chose qui peut m’enrichir et chacun se trouve ainsi valorisé.

A l'inverse, comment les difficultés du mouvement oecuménique peuvent-elles nous instruire sur la difficulté à construire la paix en-dehors de l'Eglise ?

Une des difficultés dans l’œcuménisme contemporain est que nous n’avons plus une vision commune du but de l’œcuménisme : le rétablissement de l’unité des chrétiens. Car si on n’a pas de but, on ne peut pas définir un chemin commun et chaque Église risque d’avancer dans des directions différentes. Le cardinal Koch rappelait que « L’Église catholique envisage comme but de l’œcuménisme l’unité dans la foi, dans les sacrements et dans les ministères. Au contraire, peu de Communautés issues de la Réforme ont la vision d’une mutuelle reconnaissance de toutes les réalités ecclésiales comme parties de l’Église une du Christ. » La raison de ces différences réside dans le fait que chaque Église a sa propre ecclésiologie (théologie de l’Église) et sa propre compréhension de l’unité. Et chacune entend faire advenir son ecclésiologie comme le but de l’œcuménisme. Cette limite souligne combien lorsqu’on nous ne partageons pas la même vision, la même compréhension des choses, il est dur de bâtir quelque chose de commun, et il en va de même pour la paix. Comprenons-nous la paix de la même manière ? En cela, l’œcuménisme peut-être un bon témoin et aussi une bonne méthode pour avancer vers la paix. Car au cœur de l’œcuménisme, il y a le dialogue.

Propos recueillis par Soeur Nathalie de la Miséricorde, op

Rédigé par Fr. Pierrre-André Mauduit, op

(18 janvier 2018)