Pakistan Dialogue interreligieux : un rêve devenu réalité

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Pakistan Dialogue interreligieux : un rêve devenu réalité
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À Lahore au Pakistan, la violence interreligieuse et les périodes de persécution surviennent souvent : trop souvent ! c’est pour cette raison que l’ordre des prêcheurs a fondé le centre pour la paix (Peace Center). Le père James channan en est le directeur, en plus d’être engagé dans cet apostolat depuis maintenant 30 ans. Son travail facilite le « champ noble » du dialogue interreligieux. Aide à l’Église en Détresse canada (AeD) lui a demandé quels sont les défis et l’importance d’une tâche comme celle de rêver la paix entre les religions, dans un pays en proie aux violences issues du fondamentalisme religieux.

AeD : Quels sont les types de défis que vous rencontrez?

Père Channan : Il y en a plusieurs que nous rencontrons, comme nation et comme minorité. Avec un minuscule 1,8 % au Pakistan, la minorité chrétienne appartient à la classe économique la plus pauvre, une discrimination directement liée à la religion.

Il y a aussi plusieurs cas d’enlèvements de jeunes filles chrétiennes et de conversions forcées à l’Islam. Les chrétiens en général sont aussi la cible d’une mauvaise utilisation des lois sur le blasphème. Quand un chrétien est accusé, c’est toute la communauté où réside cette personne qui en souffre. Alors, les chrétiens sont attaqués par une foule de musulmans en colère, et leurs maisons et leurs églises sont démolies. Cela est terrifiant !

La communauté chrétienne fait également face à des difficultés dans le monde professionnel et manque des opportunités d’emplois, parce que souvent, la preference n’est pas donnée aux chrétiens.

Enfin, les chrétiens ne se sentent pas assez en sécurité pour parler de leur croyance et de leur pratique religieuse sur la place publique. En effet, ils ont peur que leur conviction religieuse soit mal interprétée [comme étant trop apologétique]. Nous faisons également face à des défis dans le monde de l’éducation, car ce qui est enseigné à l’école ne représente pas nos croyances, et notre religion est vue avec condescendance.

AeD : est-ce que le dialogue interreligieux fonctionne à Lahore?

Père Channan : À Lahore, nous avons brisé la glace avec succès et nous avons plusieurs histoires de réussite à ce chapitre. Des séminaires, des conférences et des ateliers de dialogue interreligieux et de dialogue entre chrétiens et musulmans sont organisés au Centre pour la paix.

Il y a plusieurs résultats positifs à ce travail de dialogue. Seulement au Pakistan, j’ai mis sur pied 45 groupes. Nous appelons ces groupes Initiative des Religions unies (United Religions Initiative, URI) – laquelle est maintenant une organisation internationale qui travaille dans 93 pays afin de promouvoir le dialogue entre les cultures et les religions, mais qui fait aussi la promotion de la guérison, de la justice et de la réconciliation. J’ai créé des groupes dont l’objectif est l’apprentissage de la coexistence pacifique. Ils sont destinés aux jeunes, aux enfants, aux femmes, aux avocats et aux chefs religieux.

Il vaut la peine de mentionner qu’en dépit d’une situation difficile et extrêmement exigeante, il y a environ 200 groupes de dialogue qui travaillent au Pakistan, et plusieurs chefs religieux musulmans qui font partie de notre mission de dialogue.

AeD : comment les chrétiens des pays développés – comme le canada – peuvent-ils soutenir le dialogue interreligieux?

Père Channan : Nous avons besoin et apprécions grandement le soutien moral, spirituel et matériel (dont celui de l’AED), et des gens du Canada que nous recevons déjà. Travail très difficile et exigeant pour apporter des changements positifs dans notre pays, dans la pensée des gens, spécialement parmi les chefs religieux qui, souvent, vont causer les obstacles que l’on rencontre dans notre travail.

Amanda Griffin: AED Canada – Adaptation française : Mario Bard, AED Canada

Rencontre (Mars-Abril-Mai 2916)

 

(08 mars 2016)