Pour mon enfant : baptême ou poney?

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Une Homélie du fr Nicolas Burle op
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Pour mon enfant : baptême ou poney?
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Aujourd’hui nous fêtons le baptême du Christ alors parlons baptême. Et parlons même de notre baptême ! Ce jour peut-être lointain, peut-être proche, où un diacre, un prêtre ou un évêque a versé trois fois sur nous de l’eau en nous appelant par notre nom : « Nicolas Louis Marie, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Que s’est-il passé ce jour-là ? Ce jour dont nous ne nous souvenons peut-être même pas.

En fait, tout a changé dans notre vie ce jour-là. Tout. Absolument tout. Et définitivement. Écoutez à nouveau saint Paul : « Par le bain du baptême, Dieu notre sauveur nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit Saint Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur. » (Tite 3,5) Il nous a rendus justes par sa grâce et héritiers de la vie éternelle. Nous avons tout reçu le jour de notre baptême. Tout. Nous sommes nés pour la vie éternelle, nous sommes morts et ressuscités avec le Christ, nous sommes désormais fils et filles de Dieu, nous avons reçu en abondance l’Esprit Saint qui nous donne la foi, l’espérance et la charité. Nous avons tout reçu le jour de notre baptême gratuitement, gracieusement, sans aucun mérite de notre part. Car Dieu est bon et généreux.

Il n’y a pas de plus grand don que le baptême. Pourquoi alors attendre ? Quelle drôle de conception du baptême serait-ce de dire : « Moi je laisserai mes enfants choisir quand ils seront plus grands : ils seront libres de choisir entre baptême et poney. » Il n’y a pas de plus grand don que le baptême. Par la naissance, les parents ont transmis à leur enfant une vie mortelle. Par le baptême, Dieu nous donne la vie éternelle. Les enfants ont le droit de recevoir ce qu’il y a de meilleur : donnez-leur le baptême et soyons fiers et reconnaissants pour notre baptême. Car Dieu est bon et généreux. Hier nous avons eu la présentation devant Monseigneur Aubertin des 30 adultes qui vont être baptisés à Pâques dans le diocèse. Ainsi que des 50 collégiens et lycéens. Eux ont bien compris qu’il n’y a pas de plus beau cadeau que le baptême. Il y a André qui a été catéchisé par sa fille (baptisée bébé). Et Claire évangélisée par sa grand-mère. Olivier dont le baptême est une libération après tant d’échecs dans sa vie. Kévin qui, dans la rue et au travail, demande aux passants et à ses collègues : « Dis, tu connais Jésus ? ». Murielle et Vanessa qui prient matin et soir depuis leur plus tendre enfance. Et ils ne sont même pas encore baptisés ! Isabelle qui cherchait des réponses et qui dans l’Église a trouvé des questions. Hélène et tous ceux qui ont rencontré Jésus leur sauveur à la mort d’un proche. Paulette 89 ans qui avait peur de demander le baptême à cet âge mais qui a osé et qui a demandé à son petit-fils d’être son parrain. Je rends grâce à Dieu aujourd’hui pour chacun de ces visages. Chacune de ces saintes faces.

Nous avons tout reçu le jour de notre baptême et pourtant une des objections principales que nous entendons à longueur de journées est : « Nous les chrétiens ne sommes pas meilleurs que les autres. Je connais des athées qui vivent de façon beaucoup plus aimante que les chrétiens. » Tout d’abord rendons grâce à Dieu : « la grâce de Dieu s’est manifesté pour le salut de tous les hommes » nous dit Saint Paul. Tous les hommes. Réjouissons-nous car Dieu est bon et généreux. Mais cette excuse de la vie parfaite des païens est trop facile lorsqu’elle nous conduit à la paresse. C’est l’équivalent intellectuel de : « Vous savez moi je ne suis pas raciste, j’ai un très bon ami noir. » Connaître des saints païens ne fait pas de nous des saints chrétiens. Nous avons tout reçu le jour de notre baptême. Alors comment expliquer une telle médiocrité des chrétiens en France ? Et je m’inclus dans cette médiocrité. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres certes mais comment se fait-il que nous soyons encore plus tièdes et plus peureux que nos compatriotes ? Que faisons-nous de notre baptême? Nous avons tout reçu en abondance. Vous vous souvenez de l’interpellation de Saint Jean-Paul II en 1980 : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Le Pape François a confié en juin dernier à des jeunes Français qu’il trouvait que la France était une fille ainée bien infidèle. Il a raison et quelle tristesse !

Frères et sœurs,

Nous sommes faits pour être des saints et des saintes. C’est la seule chose qui compte dans notre vie. Les carrières professionnelles n’auront qu’un temps. Les enfants quittent toujours trop tôt le berceau familial. Les responsabilités remplissent plus l’agenda que le cœur. Seul Dieu peut combler notre cœur. Tout le reste est trop petit pour notre cœur qui est fait pour l’infini. Qu’est-ce qu’un saint ? C’est d’abord une personne qui demande à Dieu chaque jour la grâce de devenir un saint. La sainteté n’est pas une perfection que l’on se donne, un accomplissement d’une brillante carrière chrétienne. C’est une plénitude d’amour que l’on reçoit de Dieu. « Toi tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. En toi j’ai mis tout mon amour. » (Luc 3,22) Où sont les saints et les saintes du XXIe siècle ? Ils sont ici ce matin dans cet oratoire. Mais si vous vous dites en ce moment « la sainteté concerne une élite, ce n’est pas pour moi. J’ai renoncé. », alors j’aurai prêché en vain sur le baptême. Et nous sommes tristes tous les deux. Mais si vous vous dites : « le secret de la joie se trouve là. Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas lui. Oui Seigneur fais de moi un saint, fais de moi une sainte. Fais de mon mari, de ma femme, de mes enfants, de mon voisin de chaise des saints. Seigneur je t’offre ma vie. Donne-nous ta grâce. Fais de nous tous ici des saints pour que nous mettions le feu au monde » Si une personne aujourd’hui se dit cela, alors je n’aurai pas prêché en vain. Amen.

 

(17 janvier 2016)