Pourquoi avons-nous besoin de commissions et de promoteurs dominicains de Justice et Paix ?

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Why do we need Dominican Commissions and Promoters of Justice and Peace?
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Justice et Paix représente depuis longtemps une priorité des Dominicains. Toutefois, en dépit de cela, évoquer Justice et Paix suscite bien souvent des réactions ambiguës et même hostiles !

Ces réactions résultent de la perception négative de certains de ses attributs que d’aucuns considèrent comme contraires à la foi chrétienne et associent, in fine, au message de Justice et Paix.  

Par exemple :

  • Dans de nombreux endroits, particulièrement en Asie et en Afrique, les gens l’associent à un activisme politique ou même pro-violence ;
  • En Europe de l’Ouest et en Amérique Latine, notamment, elle rappelle la génération libérale de 1960 réprouvée aujourd’hui par la génération plus jeune ;
  • Spécifiquement en Europe de l’Est, elle est agrégée au discours communiste ;
  • En certains lieux d’Amérique du Nord, elle agirait en faveur d’un programme libéral pro-avortement !

Des associations négatives en ont conduit beaucoup à demander un nouveau nom pour les structures de l’Eglise qui défendent la justice et la paix. Cependant, alors que nous ne pouvons réfuter les expériences humaines à l’origine de ces associations négatives, nous devons faire attention à ne pas "jeter le bébé avec l’eau du bain" ! Ceux d’entre nous qui prient le bréviaire quotidiennement savent qu’il n’y a guère de jour sans prières d’intercession comportant une prière pour la justice et la paix. Dans le cas d’un changement de nom, qu’adviendrait-t-il de ces prières ? Donc relevons le défi de redécouvrir le discours évangélique sur la justice et la paix et d’en découvrir l’ample signification. 

Les Origines du Discours et des Structures de Justice et Paix

Justice et Paix puise sa source dans les réflexions et documents du Concile Vatican II (1962-1965). Un des plus importants documents, la Constitution Pastorale sur l’Eglise dans le Monde Moderne, Gaudium et Spes, souligne que "L’Eglise est dans le monde pour la transformation du monde." (Gaudium et Spes, 1965 : § 40). C’était là une déclaration radicale de la part d’une Eglise qui, depuis des siècles, était assimilée au pouvoir politique (selon les droits accordés par l’empereur romain Constantin au 4ème siècle). Puis, après la persécution de la Révolution française à la fin du XVIIIème siècle, l’Eglise s’était repliée sur elle-même, en refus du monde.

Peu après le Concile, en 1967, le Pape Paul VI établit le Conseil Pontifical Justice et Paix pour rappeler à l’Eglise que servir la justice et la paix est fondamental à l’évangélisation. Toutes les Conférences épiscopales reçurent pour instruction de constituer une commission Justice et Paix ayant le statut d’une Conférence, et les évêques de constituer des commissions Justice et Paix dans leurs diocèses et dans chaque paroisse. De nombreuses congrégations religieuses décidèrent de constituer leurs propres commissions Justice et Paix.

Puis, en 1971, le Synode épiscopal sur "Justice dans le Monde" affirmait qu’ « agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde…(étaient) une dimension constitutive de la prédication de l’Evangile ». La réalisation d’actions en faveur de la justice, qui intègre l’évangélisation est une thématique durablement soulignée dans les encycliques et exhortations des récents papes. Pour exemple :

Pape Jean Paul II : Laborem Exercens, Sollicitudo Rei Socialis, Centesimus Annus ;
Pape Benoît XVI : Deus Caritas Est, Caritas in Veritate ;
Pape François : Evangelii Gaudium, Laudato Si.

Le principe de justice et de paix dans l’évangélisation est ancré dans le récit de Luc relatant la mission première de Jésus qui proclama dans la synagogue de Nazareth :

« Il m’a envoyé

  • Pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres,
  • Pour proclamer aux captifs leur libération,
  • Et aux aveugles le retour à la vue,
  • Pour renvoyer les opprimés en liberté,
  • Pour proclamer une année d’accueil par le Seigneur » (Luc 4-18).

Donc, Jésus est venu "apporter la Bonne Nouvelle" dont la traduction littérale est "Evangélisation". Cette Bonne Nouvelle, développée, comprend :

  • La justice économique pour les pauvres. Les pauvres sont des personnes démunies qui ne pourront entendre la bonne nouvelle que lorsqu’ils auront le sentiment d’une équitable répartition des richesses,
  • Le pardon et la miséricorde pour les délinquants (les captifs, prisonniers, pécheurs, …),
  • La guérison pour les affligés (les aveugles, invalides, malades, …),
  • La justice politique pour les opprimés. Les opprimés sont ceux qui sont privés de leurs droits et de leur pouvoir. Puisque "la politique" est "une manière d’organisation du pouvoir" (dans les relations, les familles, l’Eglise, les communautés, les pays, le monde, …) les opprimés ne retrouveront leur liberté que lorsqu’ils auront le sentiment d’avoir un droit de parole, à savoir une participation significative dans l’exercice du pouvoir.

Ainsi quand sont réunis la justice économique et politique, la guérison, le pardon et la miséricorde, la paix dans notre monde, nos communautés, nos relations et nos cœurs devient possible.  L’Année d’Accueil du Seigneur (le Royaume de Dieu) est chez nous !

Alors, toute discussion à propos de l’évangélisation non centrée sur la justice et la paix est vaine car privée de ses éléments constitutifs.

Cliquez ici pour le texte intégral​.

 

 

Mike Deeb OP
27 août 2017