Prendre soin des frères âgés

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Fr Peter Otillio and brothers from the Province of Nigeria
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Le chapitre général de Trogir en 2013 a exhorté toutes les provinces, vice-provinces et vicariats « de développer des mesures et à procurer des moyens suffisants pour accompagner et prendre soin de nos frères âgés ou malades» (n° 77). Il a aussi demandé à toutes les communautés de « bien faire valoir qu’ils apportent la richesse de toute une vie d’expérience au coeur de la mission de l’Ordre » (n°78). Le Maître de l’Ordre, le frère Bruno Cadoré et le Conseil généralice ont abordé cette question au cours de la Plénière du mois de février 2015. Il a été demandé à chaque Socius régional de dire comment cela se passe dans sa région. Nous vous partageons ici les expériences de l’Afrique.

Les entités dominicaines en Afrique sont jeunes, certaines sont des vicariats provinciaux qui dépendent de la politique de leurs provinces mères. Les frères sont jeunes, avec une moyenne d’âge de 40 ans. Certaines entités n’ont pas d’expérience en ce qui concerne le soin des frères âgés. Cependant, d'autres ont commencé à ressentir les défis de prendre soin des frères qui s’approchent de 70 ans et ceux qui ont atteint 80 ans. Les expériences sont différentes d'une entité à l'autre et d'un pays à l'autre. Les principaux défis par rapport à nos frères âgés concernent les maisons de retraite, la pension et l’assurance maladie. Il n'y a pas de maison de retraite pour eux. Les maisons de retraite ou pour personnes âgées ne sont pas courantes dans la plupart des pays africains. Là où il y a la pension de l'État, elle est insignifiante. Les riches vont se faire soigner à l'étranger, les pauvres qui constituent la majorité de la population sont abandonnés à leur triste sort. Les Congrégations religieuses féminines ou les institutions de l'Église sont souvent les seules structures qui prennent soin de personnes âgées dans de nombreux pays africains.

Les frères essaient d'intégrer les structures locales de santé mais les tentatives échouent parce que les régimes d'assurance santé sont mal gérés par les responsables des compagnies d'assurance au point que les frères se retirent et perdent confiance dans les systèmes. Chaque entité se débrouille à sa manière, certaines en créant un fonds de soutien à la retraite alimenté par une cotisation mensuelle de 5000 Fcfa (8 €) par prêtre et frère coopérateur de voeux solennels. D’autres ont créé une caisse de solidarité alimentée par 10% du salaire des frères et par d’autres taxes. Une entité est en train de construire une nouvelle maison dans un couvent avec des installations adaptées au rez-de-chaussée pour aider les frères aînés à y vivre confortablement.

En effet, s’occuper des frères âgés ne signifie pas seulement avoir une assurance santé, une pension de retraite ou les envoyer dans les maisons pour personnes âgées, mais vivre avec eux dans nos communautés, en leur montrant notre amour, en valorisant leur expérience de vie. Les entités africaines agissent bien dans ce sens, en lien avec leur culture de respect des anciens, et l'importance de la famille. On veille à assigner les frères aînés dans les maisons de formation où par leur simple présence, leur fidélité aux offices et à la vie régulière, ils jouent un rôle très positif dans la vie et la formation des jeunes frères ; ces derniers les entourent d’une affection particulière. On veille aussi à les garder dans les communautés où ils ont pris leur retraite. Les célébrations de leurs jubilés sont mises en valeur. Les communautés s’organisent pour créer des moments de rencontre et de partage où les frères âgés racontent leur vie, l’histoire de leur vocation et leurs expériences dominicaines aux jeunes. Là se joue la transmission de la tradition, de l’histoire et de la sagesse.

Au cours de la plénière de février dernier, le Maître de l'Ordre a souligné certains aspects importants de la prise en charge des frères âgés, en particulier d'être attentif à leurs besoins spirituels. Le frère Bruno a également attiré notre attention sur la formation continue en termes d'aider les jeunes frères à se préparer à l’âge de la vieillesse. Il nous a invités à éviter un regard négatif et moral sur nos frères aînés même si certains peuvent devenir compliqués et résistants à tout changement dans la communauté. Ils méritent le respect et nous devons les aider à être des témoins de la vérité. Le Pape François qui a consacré deux audiences générales à la catéchèse sur les personnes âgées attire notre attention sur l’âge de la vieillesse qui «comporte une grâce et une mission, une véritable vocation de la part du Seigneur. » Le Pape insiste sur le «respect de la sagesse des anciens », et sur leur « témoignage de fidélité ». Contre « la culture du rebut », le Pape François rappelle la sagesse de la tradition de l’Eglise « qui a toujours soutenu une culture de proximité des personnes âgées, une disposition à l’accompagnement affectueux et solidaire pendant cette dernière partie de la vie.» Puissions-nous « réveiller le sens collectif de la gratitude, de l'appréciation, de l'hospitalité, qui font sentir à la personne âgée qu’elle est un membre vivant de sa communauté.»

fr. Gabriel Samba, op.

 

(18 mars 2015)