Quand notre peu devient l’abondance !

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Homélie pour la fête du Saint-Sacrement Par Jacques Marcotte, o.p.
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Quand notre peu devient l’abondance !
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Tous mangèrent à leur faim. Il en resta douze paniers.  La preuve qu’il y en avait assez, c’est qu’il en a resté beaucoup. Douze paniers ! Cela nous donne à penser qu’il y en a eu pour tout le monde et pour bien plus et pour longtemps après.

C’est cela la grande merveille qu’il nous est donné d’accueillir aujourd’hui : avec le Seigneur Jésus nous en avons pour tout le monde, tout le temps.  N’est-il pas venu pour que nous ayons la vie en abondance, en surabondance ?   Il est lui-même pain de vie offert pour rassasier tout être humain d’une nourriture de sens, de lumière, d’amour dont nous avons besoin pour vivre, pour tenir dans l’espérance, pour avancer dans la vie, pour devenir comme lui des êtres de bonté, d’amour, de compassion, de service.

Aujourd’hui, Jésus nous fait comprendre qu’il prend parti pour l’humanité. Qu’il n’est pas indifférent à notre sort. Qu’il ne nous abandonne pas quand le jour baisse, quand le soir descend sur nos vies, quand il est tard et que les ressources paraissent diminuer ou devenir inaccessibles.  Il est là. Il est toujours là.

Cependant Jésus ne vient pas se substituer à nous dans nos solidarités, nos capacités de nous prendre en main pour assurer notre survie et celle des autres. Il appuie nos efforts, il sollicite notre part et notre bonne volonté. Il veut que nous soyons des gens responsables, artisans efficaces d’un partage équitable des ressources.  C’est à même nos maigres et pauvres mises en commun qu’il a choisi de faire quelque chose. Avec les cinq pains et les deux poissons. Il en a eu suffisamment pour tout le monde, et il peut avec ce qu’il en reste nous assurer que nous pourrons encore et toujours puiser dans ce qu’il nous a donné déjà de lui, dans ce que nous avons bien voulu lui donner de nous-mêmes

Quoi qu’il en soit de la désaffection religieuse actuelle, Jésus n’est pas en panne. Il n’a pas disparu. Son plan d’amour n’est pas fini. Il demeure. Il est toujours là. Lui-même nous rappelle à nos responsabilités. Sa présence nous inspire et nous donne courage. Sa puissance rend féconde nos générosités. Avec sa prière et sa bénédiction nous ne serons jamais en déficit.

L’Eucharistie est là pour nous redire sans fin la sollicitude du Seigneur, pour nous éveiller nous aussi au partage, pour nous rassasier encore et toujours de la présence de celui qui s’est livré pour nous, pour tous une fois pour toutes. En sa passion et sa résurrection, le Christ a vaincu la mort, il a chassé la nuit, la peur, le péché, il fait taire notre égoïsme, il nous tire de notre solitude. Le signe des pains partagés et multipliés annonçait l’œuvre glorieuse de Pâques qui demande à rejoindre désormais tous les temps et tous les lieux, tous les hommes et femmes de bonne volonté. La mémoire pascale que nous vivons de dimanche en dimanche, de jour en jour, nous est précieuse; elle déverse sur nous l’abondance du don que le Christ nous fait de sa vie, elle assure la fécondité du don que nous faisons de la nôtre.

C’est en ce sens que la présence eucharistique dans le tabernacle de nos église, de nos chapelles, nous interpelle. Elle témoigne du fait qu’il est là offert, donné, présent, qu’il reste avec nous. Il est notre réserve, don offert au quotidien, indéfectible, illimité. Sa présence mérite qu’on s’y arrête, pour adorer celui qui a tant fait pour nous. Merveille que fit pour nous le Seigneur !

 

(27 mai 2016)