Homélie prononcée par le frère Thierry Hubert le jeudi 9 mai 2013 en la solennité de l'Ascension du Seigneur Lc 24,46-53
Quoi de plus ordinaire, frères et sœurs, qu’être absent sous la mode de la présence ?
Vous êtes ici à la messe, ou bien vous êtes avec votre famille, vos amis, vos collègues de travail ... Physiquement, vous y êtes. Naturellement ou en vous efforçant, vous êtes à l’écoute, votre regard cherche à trouver les portes de l’âme de celui, de celle qui vous parle. Vous tentez peut-être même de comprendre quelque chose de son mystère et puis, … plouf … un geste, une parole, un regard, un mot, et voilà que vos pensées vous amènent ailleurs, très loin de ce que l’on vous raconte. Vous n’y êtes plus. Plus du tout. Vous êtes présent mais en fait absent. A cet instant, par exemple, vous pouvez déjà être absent. Repenser précisément à la dernière fois où vous avez vécu cette absence alors que vous étiez présent, peut-être quand votre conjoint vous ressortait pour la N° fois la même remarque, quand votre frère par une parole mesquine vous a fait replongé dans les ténèbres, quand votre banquier vous a sorti son verbiage à un euro cinquante, ou plus heureusement quand vous avez retrouvé la joie de votre jeunesse grâce à quelques mots qui vous ont entraîné ailleurs. Être absent sous la mode de la présence : une situation ordinaire que l’on expérimente. Alors, si vous êtes déjà parti, je vous laisse le temps de revenir.
Revenez, car à l’Ascension, on inverse les choses. Non plus être absent sous le mode de la présence mais bien l’inverse. Voilà qui sort de l’ordinaire. Jésus, lui, désormais devient présence sous le mode de l’absence. Ce qu’on appelle une présence invisible. Totalement présent alors qu’il apparaît à nos yeux sensiblement absent.
Comment envisager cette nouvelle manière d’être présent ? Saint Augustin nous offre une magnifique direction : le Fils de Dieu ne s'est pas éloigne du Ciel quand il est descendu parmi nous et Il ne s'est pas éloigné de nous quand il est monté au ciel.
La fête de l’Ascension nous place radicalement dans la contemplation du mystère de Jésus. Non pas seulement homme, non pas seulement Dieu, mais homme et Dieu. On le répète ce credo et l’on finit par ne plus s’en étonner. Mais cela n’a rien d’ordinaire.
Le Fils est descendu dans la chair, lui de condition divine, sans faux semblant, en vérité. Il est descendu dans l'histoire, sur un petit lopin de terre de Galilée et on le vit au milieu de la banalité du quotidien guérir, purifier, réveiller, relever. Une vraie présence en ces jours-là. Autant de signes, des touches de la grâce, pour témoigner, marquer dans la chair, rendre visible dès ici bas la vie en abondance, au Ciel, dans la maison du Père. Cette descente du Fils signe la naissance de Dieu dans la glaise humaine, et mit le Ciel à portée de main, à vue d’œil, de regards et de paroles offertes, échangées, partagées. « Il ne s'est pas éloigné du Ciel quand il est descendu parmi nous ».
ET Il ne s'est pas éloigné de nous quand il est monté au ciel.
Le Fils de Dieu n’a pas laissé sa carcasse d’homme, son épaisseur humaine à la porte du Ciel, la maison de son Père. Son corps, il ne l’a pas déposé comme un paquet d’ordure comme s’ils avaient jugé ensemble son humanité indigne, trop sale pour entrer au Ciel. Si tel avait été le cas, en retournant sans sa chair à la droite du Père, Jésus nous aurait été véritablement absent. Plus rien entre Lui et nous. Sa venue dans la chair se serait limitée à une tragique descente sur terre corrigée par l’happy-end de la résurrection sans que cela ne changeât quelque chose ensuite entre Dieu et nous. Mais ce ne fut pas cela le dessein de Dieu, envers nous.
Son humanité entre totalement au Ciel. Pour hisser toute l’Église et toute l’humanité à cette vie divine. Avec lui, c’est la chair et le sang, la peine et la sueur, la blessure et la vulnérabilité qui entre en Dieu. Il nous est désormais toujours présent car il est assis à la droite du Père avec son humanité et sa chair.
Rappelez-vous déjà ! " Ne me touche pas" dit Jésus relevé de la mort à Marie Madeleine au matin de Pâques. « Ne me touche pas » car désormais c'est moi qui vais te toucher. Mon absence apparente est ce qui permet ma présence au plus intime de chacun. On me croira totalement absent, mais je serai avec vous, avec chacun de vous dans le fin murmure de vos paroles et de vos pensées amoureuses, dans chacun de vos actes de charité pour guérir, purifier, réveiller, relever. Je serai avec vous plus réellement encore dans votre cœur, cette demeure invisible et intérieure, créé pour être le siège du Ciel sur la terre. Je serai avec vous plus réellement encore dans le partage modeste du pain et du vin, de mon corps et de mon sang pour faire de chacun de vous les tabernacles de ma présence dans le monde.
Il n’y a donc plus à regarder comme les apôtres vers le ciel. L’infini invisible est en nous. Le Ciel est en toi. Pour le reconnaître, Jésus ne nous laisse pas seul avec nos aveuglements déboussolés. Il nous donne son souffle invisible, son esprit de sainteté. Celui dont nous fêterons la descente en nos cœurs dans 10 jours. Viens, Esprit de lumière !
Quoi de plus ordinaire?
Sous-titre:
Homélie pour la Solennité de l'Ascension
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