Sœurs Dominicaines d’Iraq: “L’ISIS as utilisé nos maisons pour cacher des entrées de tunnels et stocker des armes”

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Sœurs Dominicaines d’Iraq
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Chers Sœurs, Frères, et Amis,

Nous vous écrivons le jour de la Toussaint pour vous informer des derniers développements de la situation en Iraq et commémorer les Chrétiens qui ont été tués en 2009, lors de la Messe à Notre Dame de la Miséricorde à Baghdâd. Cela a marqué le début de temps très difficiles pour tous les Chrétiens d’Iraq.

Il y a maintenant deux ans et quatre mois que nous avons quitté la Plaine de Ninive. Cela a été  une longue période de déplacement, d’humiliation, d’exil. Cependant, les gens ont toujours vécu dans l’espoir que la miséricorde de Dieu leur permette de revenir et de rentrer chez eux. Nous croyons que Dieu ne nous abandonnera pas.

Les opérations de Ninive ont commencé le 17 octobre. Depuis lors, à chaque instant, les gens suivent les nouvelles de l’avancée de l’armée vers la plaine de Ninive. Il y a beaucoup de Chrétiens militants dans l’armée, et nous en connaissons certains. Ils nous ont envoyé des photos de nos villes Chrétiennes qui ont été reprises.

Ces photos nous ont bouleversées, car elles montrent nos églises, maisons, écoles et hôpitaux brûlés et détruits après qu’ils aient été  pillés. Nous avons été choquées du fait que même nos cimetières aient été profanés: Est-il possible que même les morts  subissent les assauts de leur cruauté!

Il est évident que nous suivons tout cela avec un sentiment mélangé. D’une part, nous sommes reconnaissantes que nos villes aient été reprises. D’autre part, cela nous brise le cœur de voir les dommages causés par l’ISIS. Nous savions qu’après notre départ, nos villes n’allaient plus être les mêmes. Mais nous espérions être confortées par le fait de les voir au moins encore sur pied, ce qui nous aurait encouragées à revenir.

En réalité, l’ISIS a utilisé nos maisons pour cacher des entrées de tunnel et des dépôts d’armes. En outre, ils ont disséminé des bombes dans les maisons, prêtes à exploser à l’ouverture des portes, et les mines sont partout à l’extérieur. Certaines d’entre nous qui voient leurs maisons encore debout pourraient être reconnaissantes d’avoir un abri, mais en même temps, elles craignent que nos maisons ne soient un piège qui se referme sur nous.

Jusqu’à présent, peu de gens sont retournés contrôler leurs maisons et ils sont rentrés choqués par ce qu’ils ont vu. Il ne sera pas possible de rentrer dans les villes libérées sans une annonce du gouvernement proclamant qu’elles sont sûres.

La question la plus urgente que les personnes posent actuellement est la suivante : A qui appartiendrons-nous, en tant que peuple et territoire ? Car il y a plusieurs forces qui combattent pour défendre cette terre. Il y a l’armée Kurde, l’armée Iraquienne, les Unités de Protection de la Plaine de Ninive, et d’autres. Nous espérons que notre terre ne sera pas un territoire contesté. C’est un point qui préoccupe tout le monde.

Mais ce n’est qu’une question parmi d’autres. Les gens se demandent comment ils rentreront chez eux car il n’y a pas de structure physique ou organisationnelle,  ni d’équipements (ex : bâtiments, routes et distribution de nourriture) dans les villes dévastées, dans un pays où il n’y a pas d’assurance, où les gens se demandent qui va les aider. D’autre part, s’ils rentrent, quelle garantie ont-ils que les lieux soient sûrs.

En tant que sœurs, nous sommes préoccupées par  l’héritage de notre terre. Nous ne voulons pas que notre héritage soit anéanti quand le processus de nettoyage commencera. Nous espérons que quelqu’un nous aidera à documenter l’histoire.

Au milieu de tout cela,  le 21 octobre, nos sœurs de Kirkuk, ainsi que d’autres personnes dans le voisinage, et parmi elles un certain nombre d’étudiants déplacés à l’intérieur du pays, ont vécu une expérience particulièrement douloureuse  et terrible.

Ces étudiants se trouvaient à Kirkuk car ils étudiaient à  l’Université de Mossoul, qui a été réinstallée à Kirkuk après la prise de Mossoul par l’ISIS, en 2014. Alors que les gens écoutaient les nouvelles, des hommes de l’ISIS sont entrés de façon inattendue dans la ville de Kirkuk, qui se trouve à 100 kilomètres d’Irbil. Bien que par l’armée Iraquienne soit présente, ils s’abritèrent dans l’une des maisons des étudiants de l’autre côté d’une rue où vivaient sept jeunes filles Chrétiennes.

Ces jeunes filles ont pu se cacher pendant de longues heures sous les lits et, avec l’aide de personnes de bonne volonté, elles ont pu s’échapper et quitter la maison, alors que les membres de l’ISIS étaient déjà dans la pièce adjacente. Tout le monde  a considéré cela comme un miracle.

Les survivantes ont parlé ensuite de leur expérience, et elles nous ont assuré que Dieu était présent et qu’elles avaient survécu grâce aux prières de leurs parents et de leurs amis. Elles étaient bien sûr en état de choc, et elles avaient peur de rentrer à Kirkuk, car elles considéraient que la ville n’est pas sûre pour le moment.

Il semble en vérité que nous vivons dans un espace liminal. D’un côté, on voit des gens frustrés et qui veulent quitter le pays,  d’un autre, des gens qui ont hâte de rentrer et de reconstruire leurs maisons, même si elle est détruite. D’autres sont découragés devant une situation sans fin, et d’autres encore sont prêts à rentrer et à tout recommencer à zéro. Nous attendons que le “décret de Cyrus” (qui permit aux Juifs de rentrer de l’exil) soit à nouveau annoncé, pour que nous puissions rentrer et reconstruire nos églises et nos maisons.

Merci d’être avec nous, nous continuerons de vous tenir au courant. Priez pour nous. Nous comptons sur vos prières.

Les Sœurs Dominicaines de Ste. Catherine de Sienne

 

(11 novembre 2016)